
Les Françaises ne veulent plus les même choses avec le temps. L’envie de plus d’autonomie financière et ne plus être soumise à leur mari s’imposent. Françoise Giroud propose une exploration de ces mutations sociétales.
4e de couverture
C’est une évidence : les Françaises ont changé.
Leurs idées, leur comportement, leur place dans la société n’ont plus grand-chose à voir avec ce qu’ont vécu leurs grands-mères ou même leurs mères.
La pilule, les combats pour l’égalité, l’accès élargi au savoir et aux responsabilités ont bouleversé le paysage. Pour le meilleur ou pour le pire ?
A ce stade de la longue lutte sans cesse recommencée pour être reconnues comme des personnes humaines, où en sont exactement les Françaises ? Et qu’ont-elles encore à gagner ou à perdre ?
A ces questions, Françoise Giroud, écrivain et journaliste, ancien ministre de la Condition féminine, tente de répondre au fil d’une enquête où interviennent le rappel historique, la statistique, l’aspect sociologique, les témoignages vécus.
Alors que se multiplient les débats – sur l’égalité des salaires, sur l’accès aux fonctions politiques… -, cet état des lieux mené sans préjugés, et appuyé sur une information abondante, s’impose d’emblée comme un indispensable.
Mon avis
Quand on voit le titre et l’autrice, on s’attend à se plonger dans un vrai pamphlet féministe engagé. La déception se trouve assez vite. Mais Françoise Giroud a plus de 90 ans et on peut comprendre qu’elle a intégré certains principes de son époque. Avant de rentrée plus à même dans ces sujets qui méritent d’être critiqué, il faut évoquer la structure du livre. La forme est assez atypique. Au début, une vraie Histoire féministe suivi d’une interprétation de résultat d’une étude de l’IFOP, le portrait de 20 personnes pour finir sur une conclusion pleine de jugements.
L’Histoire de France est racontée à travers l’angle des femmes à partir des Celtes qui envahissent la Gaule jusqu’en 1975 avec l’autorisation de l’IVG. Ce partie prie est assez originale et reste différent de l’approche de Titiou Lecoq, « Les Grandes oubliés ». On apprécie par exemple l’évocation de la loi Salique, une vieille loi du Ve de l’envahisseur germanique pour empêcher les femmes d’accéder au trône. « Il n’en était pas question, à l’époque de la Couronne de France! Le chroniqueur Froissart exprime sa satisfaction : « Le royaume de France est si noble qu’il ne peut aller à femelle. » (p. 23). Pourtant, elles sont toujours été présentes dans l’Histoire de France et ont permis d’arrêter des conflits avec par exemple le traité de Cambrai, appelé aussi la « Paix des dames ». Des femmes ont été présentes à toutes les périodes. Ainsi par exemple pendant la Terreur, pendant les 12 mois, d’avril 1793 à juillet 1794, 374 femmes furent exécutées à Paris qui se composent d’une centaine d’ouvrières, un quart d’aristocrate, 28 servantes et 28 religieuses ainsi que 200 femmes en province. Des noms ressortent comme celui d’Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Sophie de Méricourt, Charlotte Corday, Christine de Pizan … Elle donne à voir aussi une autre facette de la Révolution. La Révolution a été bourgeoise donc antiféministes avec des propos violents comme bacchantes ou grenadiers femelles prononcées par les députés. Condorcet a tenté de proposer une autre façon de penser « déclarant que même les hommes les plus éclairés « ont violé les droits de l’égalité en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois. » Il réfute les arguments habituels et lance cette flèche : « En jetant les yeux sur la liste de ceux qui les ont gouvernés, les hommes n’ont pas lieu d’être si fier… » (p. 56). Puis on évolue dans le temps et on se rend compte que la bravoure des femmes n’est jamais démentie. Dorénavant, on sait que ces luttes doivent perdurer surtout avec la montée des extrémistes qui veulent un retour en arrière avec la gloire à l’homme blanc.
Ce choix de présentation de l’Histoire est très enrichissante et nous prouve qu’il y a une vraie volonté d’effacer les femmes. A l’école, on parle de quelques femmes comme Jeanne d’Arc en oubliant les autres. Comment ne pas croire que c’est un choix stratégique du ministère de l’éducation nationale?
Par contre, pour le reste du livre, cela détonne assez. Françoise Giroud est une femme au parcours étonnant et par conséquent, son analyse possède une valeur. On vient à s’interroger que cela soit dans l’analyse vue de l’autrice ou soit des datas proposés. Le regard est uniquement hétéronormé et vue à travers le biais du summum avec l’image du couple marié. Pourquoi croire qu’une femme puisse être heureuse uniquement à travers le mariage et avec un homme? Même l’épanouissement sexuel doit passer forcément par un partenaire mâle et de préférence son époux. Le plaisir seule n’est pas une chose récente. Certes tabou mais l’omettre à quelque chose de dérangeant. A croire que le plaisir féminin ne peut se faire que grâce à un pénis est réducteur. Certes, on n’avait pas vraiment identifié le clitoris. Mais on savait que c’était une zone de plaisir. Faut-il poursuivre avec l’idée que si l’homme à éjaculer et qu’il a fini son boulot, bobone doit être heureuse de la satisfaction de son époux, qu’importe si elle est mise de côté et insatisfaite? Servir son époux reste le plus important. Peut-être qu’il faut accepter l’échangisme pour que Monsieur reste heureux. Après on reprend Travail, Famille et Patrie et on glorifie le réarmement démographique?
Même dans les distinctions dans les couples, il est soit maritale ou non maritale cela souligne que le couple ne se définit qu’autour du mariage. Pourtant, la vie de couple existe depuis l’essor des usines au 19e siècle. Dans les entretiens, elle juge les femmes qui ont choisi de vivre sans mari et d’avoir une liberté économique.
De même pour les femmes qui ne veulent pas d’enfants ou qui élèvent seules leurs progénitures. On revient à une vision assez rétrograde qu’il faut la présence d’un papa et d’une maman pour élever un enfant. Qu’importe si l’homme est volage, violent, pédocriminel ou autre, il devrait être présent. « Ce que l’on ne dira jamais assez, c’est qu’un garçon ou une fille qui ne voient pas leur père deviennent des infirmes psychiques. Ils marchent sur une jambe. » (p. 109). Il y a aussi : « Mais on prive facilement ses enfants de leur père par le divorce. » (p. 229). C’est horrible. Sans deux parents, l’enfant sera traumatisé plus que d’être avec un parent qui l’aime et le considère.
A cela se rajoute des commentaires péjoratifs sur les hommes qui écoutent leurs sentiments, Ils sont faibles. Pire, ils se transforment en homosexuel. « Ils ont l’impression qu’ils n’ont plus leur place, quelquefois. D’ailleurs, on rencontre de plus en plus d’homosexuels, parce qu’ils se tournent vers l’homme; ils n’ont plus envie de découvrir la femme… » (p. 154). C’est hallucinant. On ne choisit pas d’être gay. Et c’est aussi juger péjorativement la communauté LGBTQIA+ qui sont absents de toute vie en couple d’ailleurs.
Il y a aussi le fait que le harcèlement au travail ou dans l’espace public ne sont pas problématiques. C’est quelque chose d’ordinaire. Pour le risque de Sida, les femmes prennent deux contraceptifs avec la pilule et un préservatif pour le partenaire. Après, c’est aussi si elles arrivent à le convaincre car beaucoup n’apprécie pas. D’ailleurs, il est même normal que la contraception soit aussi une affaire de femme. Pourquoi? Trop difficile pour lui? Dans les loisirs pour femmes, il doit y avoir lire la vie des peoples comme si c’était incontournable. A quoi ça sert cette superficialité?
L’interprétation des chiffres est très partisane et avec une vision très réductrice. Même chose dans les 20 portraits où elle se permet même de juger les femmes qu’elle interview en critiquant leur maquillage ou le fait qu’elle n’a pas compris que son mari avait une amante. Il faut aussi qu’elles restent belles pour plaire aux hommes car sans homme, elles n’ont pas de valeur. Alors il faut continuer à rester un produit de convoitise pour exister, sinon elles n’existent pas. Une féministe qui valorise la femme objet, cela à de quoi laisser pantois.
Et la fin qui est vraiment la cerise sur la chantilly. Quand les femmes auront les mêmes droits que les hommes, elles se comporteront comme des égoïstes narcissiques ne pensant qu’à leur profit. Pourquoi si les femmes acquièrent l’équité, elles suivront l’exemple des hommes? Pourquoi croire qu’elles ne feront pas en sorte que les choses se passent mieux? Pourquoi ne pas penser que les hommes, les masculinistes tuent des femmes pour retourner dans une société discriminante pour qu’ils gardent leurs privilèges? Une lecture qui nous interroge et nous pousse à réfléchir entre l’acquisition des droits et des luttes pour.
Une lecture enrichissante et questionnante sur le droit des femmes et leur rôle dans la société. Même parfois avec la bonne volonté, on est tributaire de la pression.
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