Femme rebelle – L’histoire de Margaret Sanger – Peter Bagge

Le nom de Margaret Sanger(1879-1966) vous est peut-être inconnu. Pourtant cette militante engagée a joué un rôle crucial dans la libération de la femme. Elle a mené un combat énergique pour le droit à la contraception.

Tout commence chez les Higgins, à Corning, état de New-York dans les années 80. La jeune Margaret possède un sacré caractère. Il faut dire qu’avoir un père libre penseur athée alcoolique et une mère fervente épuisée à faire des enfants aident à mal se faire voir dans une société de biens pensants très médisants. Un jour à l’école, son enseignante se moque d’elle car elle a des jolis gants. Une réprimande de trop pour cette jeune fille qui en a marre de faire face à la stupidité humaine. Grâce à deux de ces sœurs, elle va étudier dans une école privée où elle travaillera pour payer son gîte et couvert. On la trouve brillante et maligne. Elle pensait avoir trouver une échappatoire à sa vie merdique. Mais c’était avant qu’un appel téléphone l’oblige à rentrer à la maison familiale car sa mère est mourante. A peine a-t-elle le temps de se remettre d’un accouchement (11 enfants et 18 grossesses) qu’un autre est déjà en cours de fabrication. Ce n’est pas une vie d’être une telle esclave de la nature suite aux assauts incessants du mari. Une vie qui dissuade toutes les filles de la famille de vouloir se marier.

Devoir tout abandonner pour gérer un père alcoolique négligeant, des frères et des petits comme une maman, ce n’est pas la vie qu’elle rêvait. Alors un jour, elle décide partir et devient infirmière. Elle tombe amoureuse d’un architecte socialiste : William Sanger. Le mariage d’accord, pourquoi pas les enfants mais hors de question de rester enfermé à la maison. Il y a sûrement un moyen de contrôler les naissances pour ne pas laisser les femmes à la merci des giclés fécondes des hommes. Quand on voit la misère dans lesquelles vivent des familles, les enfants abandonnés, malades, jetés… A partir de ce constat elle décide de mener un combat tambour battant pour trouver quelque chose pour permettre le contrôle des naissances et ce à l’aube du XXème siècle. La contraception est illégale et les religieux veillent à ces que leurs ouailles se reproduisent généreusement. Un contrôle sur les femmes qu’ils tiennent fermement et feront tout pour barrer la route à Margaret Sanger. Ils mettront du temps à s’en rendre compte, elle n’est une femme qui baisse les bras devant les obstacles.

« Aucune femme qui ne possède ni ne dispose de son propre corps ne peut prétendre être libre. Aucune femme ne peut prétendre être libre tant qu’elle ne peut choisir délibérément d’être mère ou non. »

Elle va fonder une association qui deviendra plus tard le planning familial américain. Sur ces deniers personnels, elle financera la recherche sur la pilule contraceptive. Une parole sur la libération de la femme et des plaisirs qu’elle mènera partout dans le monde même en Inde où elle rencontre Ghandi. Jamais Margaret n’a baissé les bras. La lutte a toujours été plus importante que son mariage, que ses enfants, que sa famille et aujourd’hui nous voyons où son travail a abouti. Difficile de tout raconter et de tout dire tellement les rebondissements, les interdictions, les emprisonnements sont nombreux.

Peter Bagge a essayé de mettre tout ce qu’il a pu trouver car il s’est vraiment documenté en amont. Il passe au-dessus de ceux qui essaient de ternir l’image de cette femme qui a osé changé le rôle de fabrique à bébés en femme libérée qui peut choisir. Car ceux qui veulent noircir le tableau sont encore trop nombreux. Les biens pensants n’ont pas disparu après le XXème. Alors j’applaudis le choix audacieux du dessinateur en choisissant cette femme important qui n’était pas très commode et qui avait des idées très arrêtés. D’ailleurs, il ne fait de compromis avec la réalité. Le comics se lit très bien et trouve le bon rythme entre récits entrecoupés d’action. Son style dans la verve de bd américaine s’identifie tout de suite avec le dessin assez cartoonesque et des couleurs vives. L’introduction de Tom Spurgon (rédacteur en chef de The Comics Reporter), les précisions historiques du scénariste et la note de Angeline Durand-Vallot, maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Lyon 1 apportent beaucoup d’informations très intéressantes dont il serait dommage de se passer. Une biographie très complète s’étend sur une vie intense qui montre sa richesse et sa complexité. Et puis, c’est intéressant d’avoir un regard d’homme sur un combat de femmes. Beaucoup se sont opposés de façon très virulente et parfois violente à elle.

Peter Bagge dresse le portrait d’une pionnière du droit des femmes à disposer librement de leur corps et de prendre du plaisir dans l’Amérique conservatrice du début du XXe siècle.

Il ne faut jamais oublier la phrase de Simon de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.  Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. ».

4 réflexions sur “Femme rebelle – L’histoire de Margaret Sanger – Peter Bagge

  1. Pingback: Challenge lecture 2019 – 250 chroniques livres | 22h05 rue des Dames

    • on n’oublie souvent le combat des femmes qui ne sont d’ailleurs jamais appris à l’école. Il ne manquerait plus que les jeunes croient que les femmes aussi peuvent faire des choses qui changent une société à part faire des enfants.

  2. Pingback: Terrible vertu – Ellen Feldman | 22h05 rue des Dames

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