Molitor, ceci n’est pas une piscine – Ludovic Roubaudi et Thomas Jorion

Comme on le dit, il y a piscine et piscine. Et la piscine Molitor était un lieu très particulier qui a su marqué son époque. De 1929 à nos jours, le site a changé de visage, Ludovic Roubaudi et Thomas Jorion ont décidé de nous raconter ces changements. Attention, vous allez en prendre plein les yeux. 


4ème de couverture
« Que fut donc Molitor pour continuer à déchaîner les passions vingt-quatre ans après sa fermeture ? Ceux qui connaissent son histoire, ceux qui ont remonté les lignes d’eau l’hiver, traîné sur les plages du bassin d’été ou patiné sous le ciel ouvert le savent bien : ce qui a été classé, c’est le souvenir. Ce ne sont pas des murs que l’on a inscrit au titre des bâtiments historiques, mais ce qu’ils ont abrité, abritent encore et abriteront à jamais : une incroyable insurrection de liberté. » Ouverte aux Parisiens en 1929, la piscine Molitor construite par l’architecte Lucien Pollet a connu bien des situations : lieu de présentation des premiers bikinis en 1946, elle se fait centre artistique imprévu et clandestin après sa fermeture avant d’être réhabilitée aujourd’hui par Colony Capital, Accor et Bouygues avec les architectes Alain Derbesse, Jacques Rougerie et Alain-Charles Perrot. Retraçant l’épopée d’une piscine parisienne mythique et explorant sa renaissance tant attendue, Ceci n’est pas une piscine satisfera votre curiosité et réveillera votre imagination grâce aux textes entrainants de Ludovic Roubaudi et aux photographies étonnantes et ensorcelantes de Thomas Jorion.


Ce que j’en ai pensé? 
Pendant 60 ans, la piscine Molitor a été un lieu très couru de tout Paris réputée pour ces deux bassins et ses galas. En 1989, la piscine ferme ses portes tout en étant classé aux Monuments historiques. Une belle occasion pour des artistes d’avoir un grand espace pour s’exprimer. L’underground se retrouve. Ainsi en 2014, une association PoolArtLife prend vie, elle s’occupe aussi bien de la préservation du lieu et d’organiser des évènements. Le livre retrace tout l’aventure du lieu jusqu’à son renouveau. 

Après l’avant propos, on peut lire une interview de l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë. Il parle avec passion du projet de rénovation de la piscine Molitor qui faisait partie de ces engagements de compagne. Trois architectes ont redonné une nouvelle vie à ce lieu chargé d’histoire : Alain Derbesse, Jacques Rougerie et Alain-Charles Perrot. La critique se fait quand même un peu entendre car le site ne devient pas une piscine municipale. Dans le cadre d’un partenariat public/privée la gestion du lieu est confié à Colony Capital, Accor et Bouygues pour 54 ans. On y trouve un hôtel, un club, un restaurant, un bar et deux piscines. Tout le monde ne peut pas y accéder, il faut mieux avoir le porte feuille chargé pour y rentrer.

Le nom de la piscine vient de Gabriel Jean Joseph Molitor (1770 – 1849)


Mais d’où vient l’idée de faire du sport? 
Le 2 septembre 1870, défaite de l’armée française face aux prussiens. En plus, la chute du second empire et l’occupation de Paris par les prussiens n’aide pas. Léon Gambetta signe la capitalisation le 4 septembre 1870 et donne naissance à la Troisième République. La question se posa sur la raison d’un tel échec. La réponse a été la cause d’instruction des français. Jules Ferry alors ministre de l’Instruction publique fait voter la loi George imposant l’enseignement de la gymnastique. Un projet politique qui trouva également un écho dans les premières associations et patronages paroissiaux. En 1921, naquit la première administration chargée de l’éducation sportive rattaché au ministère de la Guerre. Toutefois, l’éducation sportive est uniquement orientée vers les hommes parce que sont eux qui vont sur les champs de bataille. Il a fallu attendre 1936 pour que le sport possède son ministère.


Où faire du sport?
L’engouement de vient de plus important mais les structures ne sont pas présentes. Le 19 avril 1919, l’Etat vend à la commune de Paris pour 100 millions de francs, les 33 kilomètres de l’enceinte Thiers. Voilà de l’espace pour construire des logements sociaux, des stades et des piscines. En 1920, MM. Heubès et Girard pose les bases d’un programme balnéaire à Paris avec des cabines pour se changer, des maillots de bain et l’ancêtre de la douche. Et puis Pierre de Coubertin a tout fait pour que Paris gagne les jeux olympiques de 1924. Pas le choix de construire des piscines à la hauteur de l’évènement. Ainsi on voit apparaître la piscine de la Butte-aux-Cailles, des Tourelles ou celle de Georges Vallerey.


Et Molitor dans l’histoire? 
Le contexte est propice aux bonnes idées sportive. Antoine Belverge, entrepreneur privée présente en 1928 un projet au conseil de Paris : « Les piscines plages d’Auteuil ». Une piscine certes mais avec deux bassins, un d’hiver et un d’été dans les nouveaux terrains où étaient les fortifications. Le projet tombe à point. Le vélodrome du parc des Princes a été agrandi en 1924. Et le stade Jean-Bouin et le Rolland-Garros viennent tout juste de sortir de terre. Dans la nuit du 31 décembre 1928 au 1er janvier 1929, le conseil municipal accorde les 5 300m2 de l’îlot à Antoine Belverge.

Les conditions sont :
– que le bail lui est consenti pour 30 ans,
– il devra verser pendant cette période 40 000 francs à la ville,
– la piscine devra être ouverte avec un tarif réduit pour les scolaires et structures sportives,
– à la fin du bail, la ville sera propriétaire du bâtiment sans contrepartie financière.

Le bail de la « Piscine Molitor Grands Etablissements de Bains d’Auteuil » et l’inauguration se fera en août en présence de Johnny Weissmuller, septuple médaillé olympique, Aileen Riggin Soule, triple médaillé et Jean Taris, plus nageur français futur recordman du monde. Puis le site évolue et accueille un bar tabac, un restaurant, un salon de coiffure…  Et même d’une patinoire qui sera installée sur la piscine d’hiver pour que le site vive toute l’année.

Thomas Jorion


Une piscine populaire? 
La première viendra à dire non. On ne se déplace loin pour aller à la piscine quand on en a à proximité. Toutefois, cela va changer avec l’extension du métro. La ligne 9 va relier la porte de Montreuil à la station Excelmans en 1933, puis Marie-de-Montreuil en 1937 et la ligne 10 la gare d’Austerlitz à Michel-Ange-Molitor en 1939. Un public plus large que cela d’Auteuil, Neuilly, Passy et Boulogne va venir. Le Front Populaire va arriver avec des idées novatrices avec l’idée de loisirs et de temps libre.

Un lieu toujours ouvert à tous mais pas vraiment quand même. Mais le lieu a toujours voulu être précurseur. Le curling sur le toit n’a pas rencontré de succès contrairement au solarium seins nus. Et que dire de ce fameux bikini? Louis Réard avait une boutique de lingerie près des Folies Bergères. Il inventa le bikini. Et trouver une clientèle pour ce nouveau produit n’est pas évident. Pourquoi ne pas le faire présenter dans ce haut lieu branché? Le 5 juillet 1946, Michel Bernardini, danseuse nue du Casino de Paris le présenta. Le nom vient de l’atoll où quelques jours avant avait eu lieu une explosion nucléaire. Il espérait ainsi que sa création allait couper le souffle comme la bombe. Il a du être content car sa création a séduit.

Thomas Jorion


Pourquoi a t’elle fermé ces portes? 
Le bassin d’été se transformait en patinoire l’hiver. Mais il fallait trois semaines pour l’installer et autant pour le retirer pour moins de cinq semaines d’exploitation. Le coup de revient devenait trop important. Alors la patinoire disparue au grand damne de nombreux clients. De plus, la piscine aussi était un gouffre financier avec la réfection de la verrière, les chapes… La structure en béton était mise en cause également. La direction demanda alors une prolongation du bail qui a été refusé. Le 1er octobre 1929, conformément aux closes, la piscine ferma ses portes et les clés ont été remise à la mairie. Seul le bar reste ouvert, son bail a lui n’est pas arrivé à terme. Le rideau de fer se ferma une dernière fois en 2000.


Inscription au Monuments nationaux
Le 27 mars 1990, l’arrêté d’inscription à l’inventaire des Monuments nationaux est promulgué. Les avis d’inspecteurs ou d’architecte de l’institution nationale sont assez partagés. Le site est-il si représentatif de l’architecture de l’entre deux guerres? Pourquoi le classement alors? Certains diront que c’est une guerre de chaumière droite/gauche. La mairie de droite avait un projet de modification et le gouvernement de gauche voulait s’y opposer. Son seul moyen alors a été de le protéger.


Qu’est-ce qu’est devenu le site alors? 
Ils sont venus de Paris, de banlieues, de province, d’Europe, du monde pour laisser une trace sur ce béton abandonné. Les artistes viennent et s’approprient le lieu qui devient leur terrain de création. Aujourd’hui, il en reste des témoignages et surtout des photographies. D’ailleurs, le livre recueille les magnifiques photos de Thomas Jorion qui illustre le texte de Ludovic Roubaudi.

Thomas Jorion


Et maintenant? 
En 2008, Colony Capital (propriétaire du PSG) remporte l’appel d’offre lancée par la mairie de Paris pour la réhabilitation du site. Il faut fermer les portes pour protéger le site. Mais avant, ils vont les ouvrir pour organiser des défilés, des raves, des mariages… bref des évènements en tout genre. Derrières murmurent au coeur du béton avant de pouvoir tout démolir pour reconstruire presque à l’identique (obligation du classement). Sera quand même conservé une partie de la façade et certains éléments de décors.

Alain Derbesse, Jacques Rougerie et Alain-Charles Perrot propose un nouveau projet pour un nouvel avenir. Faire totalement à l’identique, c’est impossible. Nous ne sommes plus en 1929. Deux ans de bataille juridique pour une validation de projet. Quand l’état et la ville n’ont pas d’argent certains ont plus facilement gain de cause.

Ainsi un hôtel a pris vie en 2014 avec 124 chambres s’ouvrant vers l’eau et le ciel avec un solarium sous les toits, un spa, un restaurant, un bar, une salle de culture physique et bien entendu, deux bassins.

Thomas Jorion

Une aventure assez intéressante d’une piscine qui a laissé son nom dans l’histoire. On y suit l’Histoire de France, le combat de certains hommes et la capacité de se réinventer. Un livre qui se dévore d’une traite.

2 réflexions sur “Molitor, ceci n’est pas une piscine – Ludovic Roubaudi et Thomas Jorion

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