Alice Coffin propose de livrer une réflexion personnelle autour de son travail de journaliste et de lesbienne. Un choix risqué lorsqu’on voit les salves des opposants violents et des menaces qu’elle a reçue. Il n’est pas sans risque de critiquer le patriarcat.

4e de couverture
« Enfant, je m’imaginais en garçon. J’ai depuis réalisé un rêve bien plus grand : je suis lesbienne. Faute de modèles auxquels m’identifier, il m’a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. Puis j’ai découvert une histoire, une culture que j’ai embrassées et dans lesquelles j’ai trouvé la force de bouleverser mon quotidien, et le monde. »

Journaliste dans un quotidien pendant plusieurs années, la parole d’Alice Coffin, féministe, lesbienne, militante n’a jamais pu se faire entendre, comme le veut la sacrosainte neutralité de la profession. Pourtant, nous dit-elle, celle-ci n’existe pas.

Dans cet essai très personnel, Alice Coffin raconte et tente de comprendre pourquoi, soixante-dix ans après la publication du Deuxième sexe, et malgré toutes les révolutions qui l’ont précédé et suivi, le constat énoncé par Simone de Beauvoir, « le neutre, c’est l’homme », est toujours d’actualité. Elle y évoque son activisme au sein du groupe féministe La Barbe, qui vise à « dénoncer le monopole du pouvoir, du prestige et de l’argent par quelques milliers d’hommes blancs. » Elle revient sur l’extension de la PMA pour toutes, sur la libération de la parole des femmes après #Metoo ; interroge aussi la difficulté de « sortir du placard ». Et sans jamais dissocier l’intime du politique, nous permet de mieux comprendre ce qu’être lesbienne aujourd’hui veut dire, en France et dans le monde.
Combatif et joyeux, Le génie lesbien est un livre sans concession, qui ne manquera pas de susciter le débat.

Mon avis
« Le génie lesbien » d’Alice Coffin a eu un grand échos négatif dans les médias à cause du titre, tout comme « Moi les hommes, je les déteste » de Pauline Harmange. De nombreux journalistes critique le livre sans l’avoir lu et enflâmes des débats avec des citations du livre, sortis bien souvent de leur contexte. En effet, elle a écrit qu’elle ne voulait lire que des autrices. Est-ce si gênant? Presque toute sa vie, elle a lu des auteurs, sans vraiment se préoccuper du sexe de celui qui a écrit. Maintenant, sa conscience politique est éveillé et elle peut aussi faire des choix sur sa lecture. Elle peut dorénavant du temps perdu. En quoi est-ce si polémique? En quoi, ne sommes nous pas libre de choisir nos lectures?

Dire que les hommes sont des agresseurs ou qu’ils monopolisent les prix, les récompenses, les jurys c’est que l’on peut le prouver avec des chiffres éloquents. « Le prix Goncourt a été attribué dans 90% des cas à un homme, 105 sur 117. En vertu de la cooptation masculine et du machisme qui sévissent dans toute la société, maisons d’édition comprises. » (p. 26). « Jusqu’en 1897, seuls les hommes pouvaient accéder à l’Ecole supérieure des beaux-arts, fondée cent ans plus tôt. Jusqu’en 1972, seuls les hommes pouvaient accéder à l’Ecole supérieure des beaux-arts, fondée cent ans plus tôt. Jusqu’en 1972, seuls les hommes pouvaient entrer à Polytechnique, créé deux siècles auparavant (lors du premier concours sans exclusion sexiste, une femme arriva en tête des épreuves). Jusqu’en 1984, seuls les hommes pouvaient participer au marathon olympique. » (p. 28).

« Leur faut-il des explications? L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime recense les dix raisons de tuer une femme dans son « Etude globale sur les meurtres liés au genre » parue en 2018. Les femmes sont assassinées à cause des violences conjugales, des crimes d’honneur, des crimes de dot, des crimes de guerre, des crimes d’ultra-violence, parce qu’elles sont des femmes aborigènes, des lesbiennes, des sorcières, des bébés filles ou des travailleuses du sexe. » p. 199

D’autant plus que le livre n’est pas un pamphlet anti-homme comme certains l’annoncent. Bien entendu qu’elle évoque le patriarcat même si le mot ne figure jamais ainsi que l’organisation systémique autour des hommes. Elle ne dénonce pas gratuitement. Tout ça est très documenté et depuis bien longtemps. Avec le collectif La Barbe, des femmes débarquent dans des réunions de grands groupes, des réunions de politiques, de médias où il n’y a que des hommes et où les responsables ne sont aussi que des hommes et blanc de préférence. Des femmes débarquent en portant une moustache pour dénoncer cette phallocratie détendue. L’accueil qui leur est réservé reste emprunt de violence aussi bien physique qu’orale. Une fois, les videurs ont été de grandes violences et du sang à couler. Bien entendu que c’était disproportionné et gratuit. Mais il est important d’avoir des actions artistiques de désobéissance civile. Une façon très judicieuse et créative de dénoncer, en espérant que les médias fassent le relais pour rendre plus visible ce qui est malheureusement risible.

« L’auteure de bandes dessinées La p’tite Blan a écrit une phrase éloquente à ce sujet : « On ne naît pas supérieur. On devient homme. » (p. 29).

Elle interroge également le mot lesbienne. Il est peut utilisé comme s’il était tabou. Le mot ne fait pas forcément consensus non plus dans le monde de la communauté lesbienne. Il est important de discuter pour se définir. Cela est complémentaire avec le sujet de le représentation. On voit peu de lesbiennes dans les médias en général. Le fait que leur présence reste assez minimum sous entend qu’il faut que cela soit caché. Voir la diversité comme elle existe dans le monde, permet à des individus à se trouver normal. Elle évoque la série « The L World » qui est la première série qui met en avant que des lesbiennes avec chacune, en effet une personnalité un peu caricatural. On peut en discuter mais quelle belle visibilité tout de même qui a permis des discussions, des rencontres, des débats… En France, les personnalités osent assez peu dirent ouvertement leur homosexualité. L’argument de ce qui se passe sous la couette est privée est assez fallacieux. L’orientation sexuelle n’est pas lié aux pratiques sexuelles. Et pourquoi alors les hétérosexuelles se montrent avec leur moitié dans les évènements et se pavanent dans des journaux dit à scandale. La normalité sera quand tout à chacun y sera représenté et sans risquer des menaces de mort.

Et enfin, le sujet qui amène à beaucoup réfléchir est la posture de journaliste. On lui a souvent répété que les journalistes doivent être neutre. Par conséquent, quand il est question d’homosexualité, de PMA, de la manif contre tous… elle ne peut pas traiter ces sujets. On les confit à des personnes qui n’y connaissent rien et viennent vers elle pour avoir des informations, comprendre et avoir des contacts. La logique se fait aussi par exemple avec un.e journaliste noir.e qui ne pourrait pas traiter le sujet du colonialisme contrairement à un.e journaliste blanc.he. C’est totalement absurde. D’autant plus quand on voit que les journalistes ne posent pas de questions sensibles à des politiques ou personnalités pour ne pas trop les déranger. Ainsi comme on peut facilement le voir, les interviews sont toujours des façons de les mettre en avant. Qui ose vraiment dénoncer l’hypocrisie des politiques et leurs aisances à mentir ainsi que véhiculer des fakes news? L’autrice nous incite à réfléchir à l’information. Et aussi d’intérroger les médias engagés, militant qui eux n’ont souvent pas à satisfaire de puissants financeurs de type Bolloré. « Je suis devenue une bonne journaliste en devenant activiste. J’ai pris la mesure de toutes les histoires que je ne lisais jamais dans la presse, de toutes les personnes que je ne voyais jamais à la télévision, grâce à l’activisme. » (p. 46) Etre journaliste militant est mal perçu en France contrairement aux Etats-Unis à cause de cette neutralité. Est-ce vraiment possible d’être neutre? C’est au lecteur de trancher et de se faire son opinion. Alice Coffin partage ici son opinion.

Une lecture assez intéressante qui permet de conclure qu’il n’y avait aucune polémique dans ce livre. Qu’encore une fois des hommes montent sur leurs grands chevaux quand on remet en cause leurs privilèges.

Les mots bonus :
Androphobie : Aversion pour les hommes; haine du genre humain.
Stonewall : se traduit de l’anglais par faire obstruction, qui fait référence aux émeutes lesbiennes, trans et gays new-yorkaises de 1969.

Recos lectures
– Manifeste cyborg – Donna Haraway
– Scum Manifesto – Valérie Solanas
– Une chambre à soi – Virgine Despentes
– Ne suis-je pas une femme? – bell hooks

Film
– 120 battements par minute, célèbre l’héroïsme des activistes d’Act-up de Paris, primé à Cannes en 2017.

Pourquoi le titre?
C’est en référence au slogan de la deuxième conférence européenne lesbienne.

Question ouverte que l’autrice pose : « Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes? »

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