A la découverte de la librairie Le livre et la tortue

Au coeur du Fort d’Issy-les-Moulineaux est lovée une librairie, Le livre et la tortue, qui a su conquérir le coeur de ces habitants depuis 4 ans. François Groff et Sasha Le Paih ont pris un peu de temps pour répondre à mes questions. Prêt à rencontrer des libraires passionnés et curieux? 


Pouvez-vous vous présentez brièvement ?
FG : Je suis François Groff et je suis le gérant de la librairie Le Livre et la Tortue. Ca va faire bientôt dix ans que j’ai la chance de faire ce magnifique métier. J’aime surtout les romans noirs et la littérature espagnole.

SLP : Je suis Sasha Le Paih, nouvelle libraire au Livre et la Tortue. Je fais ce métier depuis 9 ans, avec une prédilection pour le rayon Jeunesse, la BD et la SF/Fantasy.


Quand vous étiez petits, vous vous disiez quand je serai grand je serais libraire ?
FG : Pas du tout ! Je me suis projeté dans à peu près tous les métiers possibles sauf celui-là !

SLP : Pas vraiment… Je voulais être restauratrice de tableaux… mais je ne regrette pas du tout le changement de direction !


La lecture a toujours été une passion pour vous ?
FG : Encore une fois, pas du tout ! Je détestais lire quand j’étais à l’école. Comme beaucoup d’enfants, j’associais la lecture à l’obligation liée à l’école. C’était une contrainte et non un plaisir.

SLP : J’aime lire depuis toujours. J’ai une famille bibliophile donc le virus m’a été passé très très vite. C’était rare de me voir sans un livre à la main.


Quel est le livre qui vous a donné envie de continuer à lire ?
FG : Le premier livre qui m’a mis sur la voie de la lecture est « Le liseur » de Bernhard Schlink. J’ai lu ce livre par moi-même et ça a été une sublime découverte !

SLP : LE livre qui m’a conforté dans la lecture c’est « La Mort est mon métier » de Robert Merle. Ce livre m’avait été conseillé par une prof de Français formidable que j’avais en 1ere. Il m’a lancé dans la littérature plus adulte.


Qu’est-ce qui vous a incité à ouvrir une librairie ?
FG : Les deux choses qui m’ont incité à ouvrir ma propre librairie étaient le fait de ne plus avoir de patron (d’avoir une vraie liberté dans mes décisions) et de pouvoir travailler dans un lieu qui répond à 100% à mes envies.


Et plus particulièrement une librairie au cœur du fort d’Issy ?
FG : Avec Eva, mon ancienne associée, nous cherchions à ouvrir une librairie assez proche de Paris et plus particulièrement dans le sud, sud/ouest de Paris. Le fort d’Issy a été une opportunité qui s’est présentée au bon moment et qui répondait à nos critères. La spécificité du fort et de son réaménagement a été un plus « qualité » par la suite dans les nombreuses présentations de notre projet.


Pour vous quel est le rôle d’une librairie ?
FG : Le rôle d’une librairie est d’incarner un lieu de vie, chaleureux et apaisant. Un lieu d’échange et de rencontres.

SLP : Une librairie c’est un refuge. On doit pouvoir y trouver de tout, sans jugements, et y rencontrer des personnes qui partagent la passion de la lecture quel que soit le genre de livres.


Comment définiriez-vous votre librairie ?
FG : Si un livre peut changer une vie, notre librairie peut changer la vôtre grâce à son canapé super moelleux où vous pouvez vous asseoir ! Sinon je définirais notre librairie comme un lieu de bonne humeur et de partage. 🙂


Vous avez choisi comme nom Le livre et la tortue, pouvez-vous nous en dire plus sur le choix de ce nom ?
FG : Le choix du nom fait suite à un douloureux et interminable brainstorming qu’Eva a remporté haut la main ! Pour d’obscures raisons, nous recherchions un nom impliquant une tortue et bien sûr, la littérature. La solution était, en fait, juste sous nos yeux ! Pour confirmer notre choix, il s’est avéré que le Fort d’Issy vu du ciel avait une forme de tortue, un hasard ? Je ne crois pas !


Qu’est-ce que ce vous appréciez le plus dans votre métier ?
FG : Il est difficile de ne citer qu’une seule chose ! J’adore découvrir en amont des pépites littéraires que je vais défendre avec joie. J’adore conseiller au mieux les clients et toucher juste. J’adore transmettre mon enthousiasme tout simplement.

SLP : J’aime faire découvrir un auteur, un genre à quelqu’un qui, de prime abord, ne se serait pas tourner vers ça. J’aime le fait que l’on puisse surprendre et se renouveler.


Comment faîtes-vous pour lire autant de livres en si peu de temps ? Avez-vous un secret ?
FG : Je ne lis malheureusement pas autant que je le voudrais, surtout depuis que je suis à mon compte. A défaut de lire plus vite j’affine surtout mon choix littéraire de manière plus drastique !

SLP : En utilisant la plupart des moments libres pour lire : les jours de repos, les transports, les vacances. C’est le truc étrange avec ce travail, on ne le quitte jamais tout à fait.


Quand vous partez en vacances, prenez-vous des livres avec vous ? ou c’est repos total ?
FG : Je prends toujours plein de livres dans l’espoir d’avoir le temps de lire … et finalement je n’ai jamais le temps d’en ouvrir plus d’un.

SLP : Comme François j’en prends toujours beaucoup trop ! Mais j’ai peur de manquer.


Si vous deviez conseiller trois livres qui vous ont touché, que leur conseilleriez-vous ?
FG : Il y a deux livres qui m’ont mis sur la voie de la lecture c’est, comme je l’ai dit, « Le liseur » de Bernhard Schlink mais également « Des souris et des hommes » de Steinbeck. J’en garde un souvenir bouleversant, mais peut-être parce que c’était mes premières lectures. Dernièrement j’ai eu un gros coup de cœur pour deux livres qui sont sortis en janvier (ça fera quatre en tout mais un libraire ne peut jamais choisir …) c’est « K.O. Debout » Mahault Mollaret et « Papillon » d’Andrus Kivirahk ! De belles découvertes pleines de poésie et de tendresse.

SLP : Il y a énormément de livres qui m’ont touché mais puisqu’il faut en choisir trois… Ce serait « Incendies » de Wajdi Mouawad. La pièce de théâtre la plus marquante de ma vie et qui se lit comme un roman ; « Le garçon » de Marcus Malte qui, à mon sens, regroupe toutes les qualités d’un roman extraordinaire, écrit comme de la dentelle et qui donne la sensation d’avoir vécu une vie le temps de la lecture ; « Silo » de Hugh Howey, un roman d’anticipation que l’on a envie de lire, relire et relire encore.


On entend dire que le livre papier va mourir au détriment du livre numérique, qu’en pensez-vous ?
FG : Je pense que le livre numérique prend une part de marché logique mais pas envahissante. Les européens sont plus conservateurs sur le livre que les américains et je pense que le livre papier va encore survivre un petit moment. Les libraires savent s’adapter. Notre plus gros problème en tant que libraire indépendant ce n’est pas le livre numérique mais plutôt la vente par correspondance.

SLP : Je suis d’accord avec l’analyse de François. Le lectorat français est très attaché au livre papier, à l’objet livre, nous ne courrons pas le même risque qu’outre Atlantique.


Pensez-vous que le numérique (site web, Facebook, Instagram…) fasse partie aussi du monde de la librairie physique ?
FG : De nos jours, la librairie n’est pas une exception dans le commerce et nous faisons face aux mêmes problématiques. Pour cela il est vital d’être « connecté », pas juste présent en façade mais de proposer du contenu, du mouvement, de la vie comme dans la boutique ! Une nouvelle génération de libraires arrive avec son énergie et son lot d’idées rafraichissantes pour donner encore plus de mouvement à la librairie indépendante.

SLP : La librairie c’est la culture, le livre, les lettres mais c’est aussi un commerce. Et comme tout commerce il faut se faire connaitre et communiquer autour d’évènement ou de la vie de la librairie pour faire venir les gens. Aujourd’hui la majeure partie des choses passent par le net et ces outils numériques sont fantastiques pour faire tout ça !


Pouvez-vous nous parler des actions que vous menez dans votre librairie ? (animations, dédicaces, rencontres…)
FG : Nous essayons d’être le plus actif possible dans les animations que nous proposons. Le quartier du Fort étant très familial nous avons pu dès le départ nous appuyer sur cette clientèle pour proposer beaucoup de rencontres avec des illustrateurs jeunesse, des lectures pour les enfants … Depuis quelque temps, nous nous appuyons aussi sur notre clientèle littéraire fidèle et organisons des rencontres avec des auteurs. A chaque fois, nous cherchons à faire venir des auteurs que nous aimons dans le but de partager notre plaisir de lecture.


Comment choisissez-vous les artistes que vous exposez ?
FG : Nous avons démarché des associations d’artistes d’Issy-les-Moulineaux mais sans suite pour le moment. C’est donc plutôt le hasard et les artistes qui nous proposent, ensuite ça dépend si ça nous plaît ou pas ! Nous avons une exposition permanente d’une illustratrice jeunesse que nous adorons et qui est un peu la marraine de la librairie, c’est Solenn Larnicol.


Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui vous dit qu’il souhaite devenir libraire ?
FG : C’est du cas par cas, il n’y a pas de conseil type mais je commencerai par lui dire de m’offrir un café pour qu’on puisse prendre le temps de discuter !


Que répondez-vous à ceux qui disent que la culture ne sert à rien ?
FG & SLP : Que la culture, c’est vaste et qu’il faut parfois essayer une multitude de choses avant d’y trouver un quelconque intérêt.

Un grand merci aux libraires qui ont eu la gentillesse de répondre à mes questions et qui m’ont laissé prendre autant de photos que je veux. 

Vous pouvez les suivre sur leur site internet ou sur Facebook.

 

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