
Les violences conjugales et le viol deviennent des sujets, malheureusement, trop ordinaires en France. Gisèle Pelicot a décidé de mettre ce qu’elle a subi sur le devant de la scène pour changer la situation en France. Les violeurs ne sont pas des monstres, ils sont des êtres ordinaires présents partout.
4e de couverture
Une bande dessinée découpée en trente séquences, chacune dessinée par un auteur différent, couvrant les moments clés du procès des 51 hommes reconnus coupables d’avoir violé Gisèle Pélicot à son domicile.
A travers des histoires individuelles, des portraits et des pages documentaires, la culture du viol et de la violence masculine est dénoncée, avec le procès d’Avignon comme fil conducteur.
Mon avis
Quel courage a eu Gisèle Pelicot d’avoir voulu un procès ouvert afin que le monde entier puisse voir que les violeurs ne sont pas des monstres hideux, des fous, des cinglés, des pauvres… Les violeurs sont des hommes ordinaires de toutes classes sociales. Il faut arrêter de jouer des clichés d’autant plus quand ils sont portés par des populistes ainsi que des extrêmes droites. Juste une façon de rajouter une pièce dans leurs discours haineux, racistes et misogynes. Parce que les faits disent vraiment autre chose et ce procès en est la preuve la plus flagrante. Un mari drogue sa femme afin que des inconnus puissent violer sa femme endormie pendant qu’il filme. 51 hommes sont venues profiter de la proposition et ont trouvé ça tout à fait nornal de vider leur bourse dans une femme inconsciente. Leurs témoignages est navrant car presque aucun ne reconnaît l’avoir violé. Les excuses vont le mari a donné son accord à elle ne semblait pas dormir. Même quand les vidéos sont présentés devant tout le monde où le malentendu n’est pas possible. Le pire, c’est quand vient le réquisitoire de leurs avocats qui plaident leurs innocences avec des motifs pitoyables tels que il a eu une enfance malheureuse, on a abusé de lui enfant, il n’est pas intelligent, il a des besoins à satisfaire, la testosterone est élevé… Les peines resteront assez légères et tous reprendront une vie presque ordinaire. Quelques uns ont perdu leur compagne mais relativement peu face aux actes qu’ils ont fait. Le déni c’est quelque chose de puissant. Et d’autres trouveront d’autres compagnes par la suite pour qui avoir un compagnon violeur est quelque chose de tout à fait normal. Cela reste quand même un homme gentil ou bien intentionné.
La finalité est de montrer la colère des femmes et aussi que l’Etat trouve ça normal. Il met en place des choses mais pas trop car cela coûte de l’argent. Et cela ne sert pas forcément un discours quand on veut séduire des électeurs qui tentent vers des extrêmes droites à des discours radicaux et simplistes. Alors sans souci, le président soutien Depardieu accusé d’agression sexuel et un ministre aussi toujours en place. Donc, on ne fait pas trop de prévention, pas trop de loi pour condamner et protéger et pas d’aide aussi bien à destination des victimes que des agresseurs. Cela a pu être une cause nationale avec de l’argent donné à des associations. Cela a conduit à aider des femmes un temps et d’avoir des chiffres sur lesquels s’appuyer pour dénoncer les vss. Avec des chiffres qui empirent d’année en année, rien n’est vraiment fait pour changer les choses. On humilie les victimes. On les traite de menteuses. On plaint les hommes accusés pour qui la vie continue comme avant. Elles doivent expliquer encore et encore et encore les violences subies car si quelque chose, les adversaires peuvent s’en saisir et la traiter de menteuse.
« Les recettes de soumission chimique circulent sur internet. En Allemagne, un groupe de 70 000 hommes partageait sur une messagerie cryptée le récit de leurs viols, parfois sur leur épouse, leur soeur ou leur fille. Ainsi que des adresses pour se procurer les substances destinées à les endormir. (…) Faute de plaintes, il est impossible de comptabiliser toutes les victimes. Les mouvements #balanceton bar et l’association M’endors pas, créée par Caroline Darian. En 2022, le CEIP-A a enregistré une augmentation des signalements de 69% par rapport à 2021. Les femmes représentent 89% des victimes. » (pp. 30-31).
La bd est découpée en 30 séquences, chacune dessinée par un bédéaste différent, avec un style différent et des chapitres en rapport avec le procès ou les vss. Bien que tous les chapitres soient intéressants la disparité surprend. On passe du procès avec les réquisitoires des avocat.e.s, des témoignages des compagnes des violeurs à une famille en Argentine qui entend les informations sur le procès qui créé une discussion houleuse en famille à l’histoire du viol en France. « Avant le mouvement féministe, c’était un poème de la Mexicaine Susana Chàvez, une femme Ciudad Juàrez : « Ni una mujer menos, ni una mujez màs ». (p. 87). Tout est très intéressant pourtant le fait de ne pas voir de fil continue dérange. Il avait tellement à dire sur ces violeurs, l’acceptation de ces agresseurs, le non-changement de posture des not all men, les peines très basses… Cela interroge sur la commande en amont auprès des bédéastes car cela n’est pas expliqué. L’attente était aussi très présente avec la présence de Mathieu Palain qui a écrit un livre sur les hommes violents. La fin du livre ne met pas en joie car au final, les mecs ne changent pas. Ils continuent à battre leur conjointe, leurs enfants et ils n’y sont pour rien. Les femmes restent et souvent elles meurent. Le moral était au plus bas. Donc, il connaît le sujet. On aurait pu aussi s’attendre à plus d’informations sur comment aider les agresseurs au-delà d’une ligne téléphonique? Ces hommes ordinaires ne sont pas atteints de troubles mentaux donc il faut les aider autrement. Comment? Est-ce possible de changer un violeur? un agresseur? qui trouve ses actions tout à fait normal? Il faut permettre aux garçons d’arrêter d’aduler les mascus, les agresseurs, les violeurs et cacher ses sentiments. Le rêve des femmes n’est ni d’être un objet sexuel, ni rabaisser, ni battu, ni humilier, ni un objet que l’on refile aux potes.
Les plaintes pour viol sont perçues comme très difficile. C’est pour ça que l’on estime que seule 8% des victimes déposent plaintes. Et il faut être assez prêtes car les questions posées par les représentants de la loi sont assez déplacées : « bah il ne faut pas laisser des individus venir chez vous mademoiselle!, c’est pas la peine, vous n’avez pas assez de preuves, et ça n’aboutit jamais, de toute façon, pourquoi vous venez porter plainte seulement maintenant?, avez-vous vraiment dit « non »?, comment étiez-vous habillée?, vous êtes sûre de vouloir porter plainte? vous pourrez gâcher la vie de cet homme, jolie demoiselle, entre vous et moi, quand on rentre tout seule si tard, faut quand même pas s’étonner, madame, on ne reste pas quand ça se passe mal, votre mari a prise pour une actrice porno, pourquoi vous n’avez pas essayé de crier?, vous êtes sûre que vous avez eu mal? » (p. 117). Les sources sont données avec une enquête « prends ma plainte » du collectif Nous toutes, #doublepeine, rapport du défenseur des droits de mars 2025 et « Affaires de femmes » d’Anne Bouillon.
Le consentement a un sens et il doit être respecter. Il faut l’apprendre très jeune d’où l’importance des ateliers en éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité. Tellement décrié par les conservateurs qui préfèrent l’augmentation des incestes et des vss et que cela restent tabous. Avec le changement de la fenêtre d’Overton, les haineux deviennent choses ordinaires et acceptables. Donc il va falloir lutter pour ne pas perdre à court terme tous nos droits et l’adelphité doit devenir une vraie règles pour se préparer aux injustices qui nous attendent.
Une lecture coup de poing qui provoque indignation, dégoût et admiration pour une femme qui a osé mettre au regard du monde des violeurs trop ordinaires.
Laisser un commentaire