Les féminicides sont de plus en plus présents dans la société. Le sujet mérite d’être plus visible pour éveiller les consciences. Alors les collages dans l’espace public pour remettre la violence là où l’invisibilise s’impose.

4e de couverture
Fin août 2019, une militante propose sur les réseaux sociaux à des inconnues de se réunir pour un premier collage collectif contre les féminicides, sur les murs de Paris. En quelques semaines, le mouvement s’étend comme une traînée de poudre.
La journaliste Paola Guzzo enquête sur le mouvement, tient un journal, et récolte des témoignages des “colleureuses”. Elle rencontre la dessinatrice et autrice de documentaires animés Cécile Rousset, et, ensemble, elles co-scénarisent cette BD (Cécile Rousset en est également l’illustratrice), pour raconter cet évènement qui marque notre époque en pleine transformation.
A l’origine de ce récit : le procès, reporté à plusieurs reprises depuis cinq ans, de quatre femmes accusées de s’être rebellées contre les forces de l’ordre lors d’un contrôle alors qu’elles collaient, sur les murs de Nantes, un 14 juillet, les mots “Liberté, égalité, impunité”.

Mon avis
Tout le monde a déjà entendu parlé des collages sur les féminicides dans toute la France. Pourtant, leur taux de vie dans l’espace public est de 24h00. De gêne, ils sont arrachés ou détournés pour valoriser la viol, l’agression, l’inceste… Pourquoi ces affichages dérangent autant? Pourtant, c’est assez simple une colle assez simple avec des papiers légers qui se composent de lettres noires sur fond blanc appliquées sur les murs des villes. Le but est de proposer un message percutant, choquant, factuel parfois provoquant sur les violences faites aux femmes. Les collages féministes ont débuté en 2019 en France et aussi dans d’autres pays. Quel pays ne souffre pas de violence sur les femmes? les enfants? les gens différents d’une norme restrictive? Ils dénoncent avec force, inventivité et courage la culture du viol et l’acceptation de la part de l’Etat, du gouvernement et de la société. La journaliste Paola Guzzo et la dessinatrice Cécile Rousset s’allient pour raconter cette aventure humaine pleine de solidarité, de sororité, d’adelphité, de partage, d’amitié et aussi de disputes et de conflit. Dès le début, on nous partage un témoignage : « Mon premier rapport sexuel, c’était un viol. A 14 ans. Mais j’ai mis 38 ans à le réaliser. C’était un gars que je connaissais un peu, qui m’avait entraînée chez lui. Et voilà, je me suis retrouvée en train d’être violée, mais sans conscience de l’être. Comme beaucoup de femmes à l’époque. La question du consentement, on ne savait même pas ce que c’était. Dans les années 80, ça n’existait pas. Après, dans ma vie amoureuse, il y a eu plus insidieuse : les viols conjugaux. C’était notre quotidien, même si on ne les qualifiait pas comme ça. On se disait : « Faut que je passe à la casserole, comme ça, j’aurais la paux pendant peut-être une semaine. C’était vraiment quelque chose d’intégré, pour ma génération. J’ai aussi été victime de violences conjugales pendant 2 ans. Les flics sont venus 2 fois, appelés par les voisins. Monsieur a dit que tout allait bien, et les 2 fois ils sont repartis. En laissant la porte se refermer sur le bourreau et sa victime. C’était indicible. Surtout que j’étais très politisée, grande gueule… Mais ces mecs-là ciblent aussi les femmes comme moi, pour les « mater ». Ca peut arriver à n’importe qui? » (pp 11-12). Les collages ont permis à cette femme une prise de conscience. Ainsi elle a intégré un groupe de collages à Nantes. Le collage féministe n’est pas récent comme pratique. L’imposition du discours féministe dans la rue se faisait sous forme d’affiches, de graffitis, de pochoirs, d’écriture sur les publicités, les pancartes.. Dès le 19e siècle, les femmes annoncent leurs candidatures aux élections où elles n’ont pas le droit de se présenter, ni de voter comme celle de Marguerite Durand, candidate aux élections législatives de 1910, dans le 9e à Paris. Les suffragettes en Angleterre sont allées très loin en cassant des vitrines, en posant des bombes dans des boîtes aux lettres. En France, il y a eu des urnes renversées ou le refus de payer ces impôts. Les actions dans l’espace public ne manquaient pas non plus comme le défilé pour le dépôt d’une gerbe à la femme du soldat inconnu, le 26 août 1970, sous l’arc de Triomphe avec la banderole avec le texte : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu – sa femme.

Bien entendu, elle évoque Marguerite Stern, ex-Femen et initiatrice des collages nocturnes. Le collectif a débuté à Paris à la fin de l’été 2019. Parmi les premiers collages, on trouve des phrase : « Depuis que j’ai 13 ans des hommes commentent mon apparence physique dans la rue ». En mars, Julie est tuée par son ex-coinjoint, en Corse. Marguerite Stern retourne coller, porte d’Aix à Marseille. Cette fois, le ton est donné car les lettres serviront à dénoncer les féminicides. Le message est : « Julie a été tuée par son ex le 03.03.2019 elle avait déposé 5 plaintes. » L’idée est que des individus voient ça et disent : « Moi aussi, je veux faire pareil. » La technique est simple et accessible à tous. Cette mobilisation a permis la naissance du Grenelle contre les violences faites aux femmes afin de mettre en place de mesure afin de les combattre.

Depuis été exclue du mouvement pour transphobie et qui s’est rapprochée de l’extrême droite. « Le 22 janvier 2020, alors que le mouvement des collages est à son apogée, Marguerite Stern réagit à un collage et publie un thread explosif sur Twitter qui officialise sa position personnelle contre les personnes trans.  » (p. 150). En 2024, elle publie un manifeste transphobe, dans une maison d’édition qui publie des auteurs d’extrême droite et participe à l’université d’été du parti d’Eric Zemmour. Cette éviction, certes nécessaire, a fait beaucoup de débat au sein du mouvement. Il fallait remettre à plat les valeurs autour de discussions. Cela a permis d’ouvrir d’autres débats sur les sujets abordés comme l’inclusion des personnes trans, des personnes non-binaires, des personnes non-blanche… Elles aussi sont des victimes de discrimination et elles méritent aussi d’avoir des collages pour dénoncer. Il y a des scissions et c’est utile pour que chacun puisse être à la place où il doit être. Les participant.e.s se retrouvent et partagent leurs histoires, leurs peurs, leurs doutes, leurs espoirs… D’ailleurs, elles se nomment dorénavant les colleureuses. Aller afficher est toujours un danger qu’ils viennent des passants hommes qui peuvent jusqu’à vouloir les renverser ou la police qui prend un malin plaisir de les arrêter et humilier. Les policiers n’hésitent pas à mentir pour qu’elles puissent être jugé coupable et qu’elles leur paient des amendes. Une façon aussi de s’enrichir en complément de salaire. Les policiers gagnent toujours qu’importe les faits. Coller des messages dans la rue est illégal.

L’injustice est omniprésente et cela devient un acte de désobéissance civile de dénoncer l’inacceptable. Les réseaux sociaux est un relais au combien important pour relayer la parole. Il faut documenter toutes ces luttes avec du texte, des témoignages, croiser des regards. Le livre est découpée par thématique, par période, par moments phares ce qui aère la lecture. Tout lire d’une traite pourrait être pour certaines trop fortes émotionnellement. Le choix du noir et blanc, permet aussi de se concentrer sur l’essentiel. Pas besoin de charger les images, juste le nécessaire est présenté et c’est très ingénieux. Il faut rappeler aussi des chiffres comme en 2019, 173 personnes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire de vie. 21% de plus qu’en 2018. En moyenne, un décès est enregistré tous les deux jours. Parmi ces victimes, il y a 146 femmes et 27 hommes selon l’étude nationale sur les violences au sein du couple en 2019 réalise par la Délégation aux victimes, ministère de l’Intérieur. La police déclare une augmentation de 30% des violences conjugales pendant le Covid. Une période horrible où les associations féministes reçoivent beaucoup de demandes d’aide. Les périodes de tension contre le féminicide ont permis à des femmes d’agir et on peut en avoir un aperçu avec la postface de Laurène Daycard. Au final, on nous propose une lecture complète d’un mouvement où tout à chacun peut se retrouver et donner envie d’agir concrètement.

Une lecture puissante et forte qui montre que c’est dans la désobéissance civile qu’il faut faire bouger la société. C’est d’autant plus utile quand les populistes haineux ont plus de soutien de la société.

 

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