
Quand on vit dans la grande pauvreté, à un moment il n’y a pas d’autre choix que de descendre dans la rue. Les sardinières gagnent très peu malgré le travail très difficile qu’elles font. Leur lutte portera leurs fruits.
4e de couverture
1924, Mona est ouvrière dans l`une des usines de sardines de Douarnenez. Elle vit au rythme de la cloche et de l`arrivée des bateaux de pêche. Face à un quotidien de plus en plus difficile, son mari pense qu`il est temps que leur fille rejoigne aussi l`usine.
Mais en novembre, une poignée de sardinières se soulève contre les conditions de travail et déclare la grève. Mona commence à rêver d`un autre avenir et rejoint les rangs des manifestantes, contre l`avis de sa famille. Dans la rue, toutes s`élancent : les cantiques bretons qui rythmaient le travail sont remplacés par le chant des Penn-Sardin en lutte.
Mon avis
Quelle formidable leçon de courage et de solidarité nous offrent ces femmes qui ont osé dire non à l’injustice. Direction Douarnenez, en 1924, où les sardinières travaillent sans relâche pour des salaires de misère. Des journées interminables, des conditions éprouvantes et des familles qui peinent à joindre les deux bouts. Jusqu’au jour où la colère gronde et où ces ouvrières décident qu’elles en ont assez. En plus les hommes eux gagnent plus. Pour celles en couple, la plupart leur mari boit la paie au bar du coin. La vie de la maison repose sur elle et sur les enfants qui vont travailler à l’usine dès leur plus jeune âge. A quoi ça sert au final de savoir lire et écrire? Cela ne fait pas gagner de l’argent. Cela n’empêche à certaine mère un meilleur avenir pour leur progéniture.
On voit dans l’incroyable force de ces femmes qui osent se mobiliser alors qu’elles risquent de tout perdre. Elles ne sont pas forcément soutenues par leur mère ou leur mari. Car faire grève quand on n’a déjà presque rien, c’est mettre en péril le peu qui permet de nourrir sa famille. Il fallait une sacrée dose de courage pour tenir tête aux patrons, affronter les pressions et parfois même l’incompréhension de leurs proches. Heureusement que les représentants syndicaux et politiques viennent pour donner du courage et lancer des caisses de soutien. Toute une organisation se met en place pour pouvoir peser dans la balance du pouvoir, de la corruption et des privilèges.
On s’attache à Mona et à ses camarades, à leurs doutes, leurs peurs, leurs espoirs et surtout à cette solidarité qui grandit au fil des pages. Ensemble, elles découvrent qu’elles possèdent une force qu’elles n’imaginaient peut-être pas. Et quel bonheur de les voir relever la tête, faire entendre leurs voix et refuser de subir davantage. Cela peut faire écho à des histoires personnelles des grands-parents ou/et parents qui eux aussi ont lutter pour avoir des droits.
Le dessin expressif de Max Lewko, avec ses couleurs à l’aquarelle, restitue l’atmosphère de l’époque, la dureté du travail et l’énergie de cette mobilisation. Quant au scénario de Léah Touitou, il donne une dimension profondément humaine à ce combat historique, sans oublier les tensions et les sacrifices qu’il entraîne. On se laisse emporter par cette révolte où les chants deviennent des armes et où chaque petite victoire redonne de l’espoir. Difficile de ne pas admirer ces femmes qui, en réclamant simplement de quoi vivre dignement, ont contribué à faire avancer les droits des travailleuses, même si elles auront toujours moins que les hommes. Et finalement, cent ans plus tard, certaines revendications résonnent encore étrangement avec notre société actuelle. Comme quoi, les combats pour la dignité, l’égalité et le respect sont loin d’être dépassés. Les sardinières sont toujours là dans ce travail très difficile car pour l’instant on ne peut pas les remplacer par des robots.
Une bande dessinée vibrante, émouvante et pleine d’humanité, qui rend un magnifique hommage à ces femmes ordinaires au courage extraordinaire. Une lecture passionnante qui donne envie d’applaudir leur détermination et nous rappelle qu’ensemble, on peut faire bouger les choses.
Votre commentaire