
La ségrégation fait rage aux Etats-Unis. Dans les bus, des places sont réservés aux personnes noires. Elles doivent laisser leur place s’il n’y a plus de place pour les blancs. Un jour, une jeune femme refuse de céder son siègle. L’Histoire commence ainsi.
4e de couverture
Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix. Quittez le lieu qui est le vôtre, quittez le 21e siècle. Vous voici dans les années 1950 au sud des États-Unis, à Montgomery, en Alabama. Désormais, vous êtes Claudette Colvin, une jeune adolescente noire. Ici, noirs et blancs vivent dans la ségrégation. Ici, être noir c’est n’avoir aucun droit. Mais, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, qui n’a que 15 ans, refuse de céder sa place à une passagère blanche dans le bus. 9 mois avant Rosa Parks, elle devient la première noire à plaider non coupable et à poursuivre la ville en justice. Et pourtant, son nom tombera dans l’oubli. Voici son histoire…
Mon avis
Quand est évoquée la lutte des droits aux Etats-Unis, on pense par exemple à Rosa Parks. Avant elle, il y avait une jeune femme, Claudette Colvin. Elle a refusé de laisser sa place à un homme blanc alors qu’il n’y avait plus de place pour lui dans sa zone. Pourquoi après une longue journée devrait-elle abandonner sa place ainsi que les personnes à côté d’elle? C’est une vraie injustice qu’elle veut dénoncer. Mais le chauffeur arrête le véhicule pour faire appel à la police. Ces derniers viennent la sortir avec force et humiliation. « Vous êtes une femme, donc moins qu’un homme, et vous êtes noire, donc moins que rien. » Grâce à des personnes comme Rosa Parks qui se mobilisent pour libérer la jeune fille et faire changer les choses. Pour faire changer la ségrégation, des structures incitent Claudette a mené une action juridique au niveau fédéral. Mais on ne change pas une société raciste comme ça. « Je déclare donc Mademoiselle Colvin coupable des trois chefs d’accusation : trouble à l’ordre public, violation de la loi et agression à l’égard des représentants de l’ordre ». Un blocus se met en place envers les bus cependant cela ne durera pas longtemps. « Après délibérations, j’abandonne les charges suivantes : trouble à l’ordre public et violation de la ségrégation. Je laisse néanmoins l’agression sur les représentants de l’ordre. Je vous enjoins donc à payer une amende de maintiens la condamnation avec mise à l’épreuve. » Les choses n’iront pas plus loin car Claudette n’a pas le bon profils pour la faire devenir la bonne figure du mouvement des luttes. Elle est enceinte sans être marié. Il faut qu’elle inspire la respectabilité. « Le 1er décembre 1955, Rosa Parks sort du Montgomery Fair, le magasin où elle travaille en tant que couturière. Elle monte dans le bus et s’assied dans la section réservée aux noirs. » La voilà aussi arrêtée et emprisonnée. Les femmes décident alors de faire des tracts pour inciter au boycott. « Dans la précipitation, Jo Ann Gibson Robinson a remplacé dans son tract « Claudette Colvin » par « Claudette Colbert », l’actrice à laquelle la jeune fille doit son prénom. Sans intention de nuire, cet acte manqué est la première trace de l’effacement progressif de Claudette Colvin. » Martin Luther King est choisi pour porter le mouvement et cela à ces risques et périls. Personne d’autre n’a voulu. « Les rôles peuvent se redistribuer selon les genres. Ce ne sont plus des femmes qui se défendent elles-mêmes. Ce sont des hommes, forcément forts, qui protègent des femmes, forcément faibles. » Le boycott du bus prend une autre dimension car les femmes s’organisent avec des conducteurs de taxi noir. Economiquement, cela est difficile pour les entreprises de bus de perdre une majorité de leurs clients. Rosa Parks passe au tribunal et est reconnaît coupable. Progressivement, les hommes prennent plus de place dans l’occupation de l’espace et de la parole. Claudette Colvin disparaît du récit et Rosa Parks devient juste une image qui n’a pas le droit à la parole. Par contre, Rosa Parks subit du harcèlement, des insultes, des violences dans l’espace public. « Je vous vois recevoir des insultes, des ballons remplis d’eau ou d’urine, des oeufs pourris, des coups. Sentez-vous la présence haineuse de ces jeunes adolescents blancs, chauffés par les discours et les tracts du WCC? Ils ont la bouche pleine de menaces, les mains chargées de pierres. » Et ceux qui la défende le constat est similaire avec des pierres qui détruisent des fenêtres, de l’acide sur la voiture ou des explosifs jetés sur une maison. « Le 2 février 1956, vous êtes cinq femmes noires prêtes à attaquer les lois de la ségrégation devant la cour fédérale. » Une femme change d’avis suite à de fortes pressions qui permet de décrédibiliser le mouvement. Claudette reste dans le coin et se bat car son enfant à la peau claire avec des yeux bleus. La discrimination elle la connaît trop bien. Elle vient témoigner devant la cour et raconter son histoire. « Le 20 décembre 1956, après 381 jours, c’est la fin du boycott et la fin officielle de la ségrégation dans les bus de Montgomery. Déclarée inconstitutionnelle par les juges de la cour fédérale à deux voix contre une. Quatre femmes ont fait tomber une loi vielle de 60 ans, ouvrant la voie à la fin de la ségrégation dans les transports de tous les Etats de la Cotton Belt. » Peu de média relaie l’information et Claudette tombe dans l’oubli. Elle prend un nouveau départ en partant pour New York, impossible pour celles qui ont fait tomber la ségrégation de trouver un emploi.
Emilie Plateau propose de remettre sur le devant de la scène celle qui a été la première a dénoncé l’injustice. Souvent oublié et grâce à cette bd inspiré du livre de Tania de Montaigne, on redonne des visages à ces personnes qui ont risqué la désobéissance civile pour changer la société. On voit l’incroyable investissement de ces individus qui pourtant avait des familles. Des exemples à suivre quand on voit que l’injustice devient plus prégnante avec les relents du racisme. Même si la forme n’est pas très convaincante car il manque de l’émotion, d’être embarqué. On a l’impression de lire une synthèse avec des illustrations. Le choix de faire quelque chose de simple et lisible sans fioriture se comprend. A cela se rajoute une partie explicative avec des explications sur des personnes et aussi les structures comme le WCC ou le WPC. Ce qui ressort est l’importance des femmes qui ont été moteur dans les actions et solidaires entre elle. Les hommes ont plus de pouvoir et donc résonne plus. L’Histoire s’écrit avec des personnes invisibles et qui sans elle rien n’aurait été possible. Elles n’ont pas chercher les lauriers et les hommes eux, les ont récoltés. A réfléchir aussi sur la place des femmes dans les luttes et dans les récits qui en sont fait après dans les livres d’Histoire.
Une lecture enrichissante bien que la partie graphique manque de peps et d’investissement dans l’histoire. Il faut laisser des traces pour ne pas oublier.
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