
Colette a vécu une vie incroyable. Alors il y a de quoi raconter sa vie dans une bande dessinée et on n’a pas le temps de s’ennuyer. A travers les pages, se dessine le portrait d’une femme incroyable.
4e de couverture
Qui est la 1re femme à avoir reçu des funérailles nationales ? Qui est la 2nd à avoir été élue membre de l’académie Goncourt ? Qui est l’autrice dont l’oeuvre est aussi fameuse que sulfureuse ? Colette, évidemment !
Séverine Vidal et Kim Consigny se plongent avec délice dans la vie de Colette. Elle fut journaliste, écrivaine, créatrice d’un institut de beauté et actrice de music-hall…Pionnière de l’autofiction, elle reçut les hommages de Gide, Bataille ou encore Cocteau.
Mon avis
Quelle femme libre, audacieuse et terriblement moderne que cette Colette. Séverine Vidal et Kim Consigny nous offrent une belle plongée dans la vie de cette écrivaine qui n’a jamais vraiment accepté de rentrer dans les cases. Elle a toujours voulu être libre aussi bien dans ses déplacements que dans ses amours. Le dessin, clair et épuré, va à l’essentiel. Pas besoin de couleur pour donner vie à cette femme au caractère bien trempé. La force aussi de l’album est cette alternance dans le récit et l’introduction de vraies lettres, des extraits d’articles de presse, des extraits de romans…
Les bédéastes ont le mérite d’aborder des aspects de son existence trop souvent passés sous silence, notamment ses amours féminines et sa revendication d’une liberté amoureuse peu commune pour une femme de son époque. Elle épouse très tôt Willy, le 15 mai 1893, à Châtillon, qui l’a trompe dès le début. Pour elle, la vie conjugale ne ressemblait pas à cela et elle a mis du temps à l’accepter et passer à autre chose. Willy l’a aidé à devenir la femme qu’elle a toujours été. Il l’a aidé à révéler son talent d’écrivaine avec Claudine. Pour que cela soit un succès d’édition a demandé d’y rajouter un brin de scandale. Il a aussi permis de gagner de l’argent avec de nombreux produits dérivés comme le fameux col Claudine et aussi des cravates, des cigarettes… C’était un vrai génie de communication. Il a par exemple fait distribué dans le tout-Paris un tract sur lequel c’est écrit : « N’allez pas au théâtre voir Claudine à Paris. C’est immoral. » Il y a aussi son aventure forte avec Missie, une femme habillée en homme. Elles allaient au fameux Palmyre, rue Blanche, haut lieux lesbiennes.
Les bédéastes abordent aussi sa fille qu’elle a peut élevé. Elle a un rapport particulier à la maternité. D’ailleurs beaucoup de biographe l’ont jugé sur le fait qu’elle ne correspondait à l’image d’une mère d’intérieur. Elle l’aimait à sa façon. Tout comme faire son deuil sans devoir aller dans un cimetière. L’autrice qui a reçu plusieurs grades de la légion d’honneur n’a jamais attendu d’avoir l’aval d’un homme pour avancer.
Une liberté qu’elle défend aussi dans ses romans, où fiction et réalité se mêlent parfois de façon troublante. Sa liaison avec son jeune beau-fils, qui fait écho au Blé en herbe, en est un exemple fascinant. Même si elle s’en défend. Par exemple, elle règle ces comptes avec ses maris qui l’ont tous trahit. Avec ces Claudine, elle se venge des commérages du village sur sa famille et son non-conformisme. Elle écrit également pour le théâtre et elle monte aussi sur scène où elle n’hésite pas à montrer son corps nu et embrasser une femme habillé en homme. Rien de tel pour choquer le bourgeois. Elle soutient aussi le début du cinéma avec Musidora dans « la Vagabonde ».
On découvre également une femme qui a su tisser un précieux réseau d’amitiés, lui ouvrant notamment les portes du journalisme et du reportage de terrain. Le portrait ne gomme pas les zones d’ombre. Colette parvient à faire libérer son compagnon juif, arrêté par les Allemands, tout en restant relativement discrète face à l’Occupation et signe une pétition pour supprimer les juifs. Peut-on pour autant assimiler ce silence à un soutien aux idées haineuses ? Les autrices ont l’intelligence de soulever la question sans imposer de réponse toute faite. Elles montrent surtout qu’elle est aimé et admiré autant dans le milieu du journal que la littérature. « Colette s’éteint le 3 août 1954. L’émotion est considérable. Elle est la première femme à recevoir des funérailles nationales. L’église catholique ayant refusé une cérémonie religieuse, les obsèques se déroulent dans les jardins de son cher Palais-Royal. » (p. 237).
Une bande dessinée passionnante et nuancée, qui ne cherche ni à idéaliser ni à condamner Colette, mais à montrer une femme libre, complexe, parfois contradictoire et profondément humaine. Une belle invitation à découvrir ou redécouvrir son œuvre.
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