Pour la performance de l’agriculture, il faut trouver un intrant qui règle le problème des mauvaises herbes à un coup très bas. C’est là que le glyphosate fait son apparition et change le monde.

Résumé
Aurore Gorius et David Lopez enquêtent sur les raisons qui expliquent le maintien du glyphosate malgré les nombreuses controverses qui l’entourent. Cet herbicide, notamment utilisé dans le Roundup de Monsanto, est devenu essentiel au modèle agricole productiviste. En 2015, son classement comme « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer renforce pourtant les inquiétudes concernant ses effets sur la santé et l’environnement. Alors que son interdiction est envisagée en Europe, son autorisation est finalement renouvelée en 2023. Les recherches montrent comment les grandes entreprises de l’agrochimie cherchent à défendre leurs intérêts à tout prix en exerçant une forte influence sur le débat scientifique et politique. De nombreuses approches sont abordés notamment le lobbying, la fabrication du doute, le « ghostwriting » et les pressions exercées autour des institutions européennes. À travers cette enquête, ils mettent en évidence le déséquilibre entre les intérêts économiques, la protection de la santé publique et celle de la biodiversité. Le monde de l’argent finit toujours par gagner. La problématique centrale est donc celle de l’influence des industriels sur les décisions politiques et scientifiques. L’ouvrage invite ainsi à s’interroger sur la capacité des institutions publiques à prendre des décisions indépendantes face à la puissance des grands groupes privés et aussi à savoir ce que nous pouvons faire en tant que citoyen.

Mon avis
Tout commença dans les années 1950, où le chimiste suisse Henri Martin, synthétise la molécule de glyphosate. Au début, on voit dans cette nouvelle molécule une fonction bien particulière. Ainsi à partir de 1964, il est commercialisé comme agent détartrant pour les chaudières et les canalisations. Quelques années plus tard, John E. Franz, chimiste chez Monsento découvre que les composants du glyphosate interagissent de façon particulière avec les plantes. « Ils empêchent la fabrication de protéines, ce qui aboutit à la décomposition de toute la plante, jusqu’à la racine. » (p. 14). C’est ainsi qu’au début des années 70, Monsanto lance le Rondup est lancé en Malaisie pour la culture de l’hévéa avant d’arriver au Royaume-Uni pour la culture du blé. Puis il arrive en France auprès de l’ensemble des agriculteurs. A partir des années 80, la firme diffuse des publicités pour venter l’efficacité de leur produit et surtout sa non dangerosité. Bien qu’en 2007, ils sont condamnés pour publicité mensongères avec une amende ridicule de 15 000€ chacune. La consommation de Rondup augmente de façon significative. Alors dans les années 90, l’entreprise diversifie sa production avec des Organismes Génétiquement modifiés (OGM) avec Roundup Ready. Ainsi les semences résistent au Rondup et en pulvérisant largement sur les cultures, seules les mauvaises herbes meurent. Le succès de ces produits se font aussi grâce au prix très accessible. A partir des années 2000, la substance brevetée par Monsanto tombe dans le domaine public. Une dizaine de société propose aussi le produit avec des tarifs ultra compétitifs. « Traiter avec du glyphosate coûtait 300 euros l’hectare en 1973, contre seulement 7 euros aujourd’hui.

La dépendance aux pesticides prend ces racines dès l’après guerre. Les Etats-Unis propose le plan Marshall qui durera de 1948 à 1951 pour aider l’Europe à se relever économiquement. Dans la contrepartie, il faut utiliser les techniques d’agriculture intensive développés outre-Atlantique. Il faut la mécanisation d’un côté et les intrants de l’autre. Avec l’Union Européenne naissance et l’apparition de la Politique Agricole Commune (PAC), un nouvel élan est donné à ces principes. La PAC apparu en 1962 au prétexte de l’autosuffisance alimentaire du Vieux Continent. Et cela a déjà été pensé dès le traité de Rome, signé le 25 mars 1957 qui instaure un marché commun entre 6 pays : France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas. « Des subventions sont versées pour aider les agriculteurs à exporter, et les importations sont taxées pour protéger le marché européen. » (p. 19). Ainsi, pour gagner plus, il faut produire plus. Les exploitation ont triplé entre 1970 et 2020. Le personnel nécessaire à considérable baissé pour faire tourner la ferme. Par contre, les agriculteurs deviennent dépendant des produits phytosanitaires. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), créée en 1946, avec des soutiens de Vichy, soutien cette politique et la porte auprès du gouvernement. Il devient un acteur important pour le maintien de ce système.

Ce dernier active son réseau d’agriculteurs quand il est question de remettre en cause l’utilisation de glyphosate comme par exemple en septembre 2017 quand la commission européenne examine la réautorisation de mise sur le marché. Et les actions se poursuivent inlassablement quand il est question de le retirer du marché. Pourtant, ce n’est pas par rien que le produit est remis en question. En mars 2015, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le glyphosate « cancérigène probable pour l’homme » mais « génotoxique », qui endommage l’ADN et « cancérigène pour l’animal ». Pour ce résultat, il avait une équipe de 17 experts de 11 nationalités de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui ont exploré l’ensemble des corpus publié. La direction de Monsanto refuse de laisser ce rapport nuire à son commerce. Il dégaine alors tous les possibilités légales et celles aussi moins légales comme le harcèlement, les menaces de mort… Ce n’était pas la première étude pour souligner la dangerosité., car dès 1983, l’agence de protection de l’environnement américaine avait déjà classé le produit comme « cancérigène possible » après des études sur des souris. Au début des années 2000, Robert Bellé, chercheur au CNRS et son équipe, prouve que le glyphosate est dangereux associé à d’autres composants. C’est très important car bien souvent il n’est vendu qu’avec d’autres adjuvants. « En travaillant à partir d’embryons d’oursins, l’équipe de chercheurs constate que le glyphosate perturbe la division cellulaire. C’est le phénomène à l’origine de la plupart des cancers. Les adjuvants permettent au glyphosate de rentrer dans les cellules, d’atteindre leurs gènes et de les endommager. » (p. 31).

En face, il y a une partie prenante qu’il ne faut pas négliger. En 2017, la famille Grataloup, a porté plainte contre Monsanto car Théo Grataloup est né avec de graves malformations du larynx, de l’oesophage et du système respiratoire. Sa mère, enceinte à l’été 2006, a nettoyé son centre équestre au Glyper, herbicide à base de glyphosate. Le procès ne s’ouvre que le 3 avril 2025. En mars 2022, les experts du Fonds d’Indemnisation des Victimes des Pesticides (FIVP) lui accorde 36 000€ en guide dédommagement. « Une décision historique : pour la première fois, un lien de causalité a été reconnu entre l’exposition au glyphosate et des malformations à la naissance. » (p. 34). D’autres victimes viendront aussi signaler ces soucis de santé dont aussi des agriculteurs, les riverains des exploitations agricoles… Aux Etats-Unis, les procès se multiplient. « Depuis qu’il a racheté Monsanto, le groupe Bayer est engagé dans plus de 100 000 procès liés au Rondup et a dû payer plus de … 11 milliard de dollars de dommages et intérêts! » (p. 40). Il y a des victoires quand même car depuis 2017, la France a interdit l’utilisation de pesticides de synthèse pour l’entretien des espaces publics tout comme l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique ou le Portugal. Le sénateur écologique, Joël Labbé a aussi fait interdire la vente, l’usage et le stockage de ces produits pour les particuliers début 2019. Toutefois le monde agricole n’est pas concerné et les constats continuent à se faire. La flore sauvage s’appauvrit, les insectes disparaissent tout comme les communautés bactériennes des sols et nos amis le ver de terre… Les adventices résistent et il faut alors mettre des doses plus importantes et c’est le serpent qui se mange la queue.

En 2017, malgré toutes les preuves de la dangerosité du glyphosate, il est réautorisé pour 5 ans par l’UE. En 2018, l’Institut Nationale de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE) lance un programme pour développer des alternatives au glyphosate. En 1 an, il trouve une alternative à la molécule avec une légère baisse de la productivité. Toujours pas assez convaincant pour les politiques et fin 2023, l’UE renouvelle pour 10 ans l’autorisation. Pourquoi cela? On nous emmène dans le monde sans pitié des lobbys à Bruxelles. Monsento a été banni car il n’a pas voulu se présenter aux commissions « Environnement » et « Agriculture ». On pourrait croire alors que c’est une vraie sanction. José Bové, qui a été député européen de 2009 à 2019 a été un fervent opposant aux OGM. Il a subi plus d’une attaque pour le forcer à se taire. Les techniques d’influence ont puisé leur source dans celles de grandes firmes du tabac. Démentir, humilier, semer le doute, proposer des études qui discréditent les autres, faire des campagnes de com positives… « En repoussant l’interdiction, Monsanto gagnait du temps. Cela préparait le passage en force en 2023. Six ans plus tard, l’interdiction du glyphosate n’était même plus à l’ordre du jour. » (p. 70). En juin 2023, la presse met en avant les travaux de deux chercheur.e.s suédois, Christina Ruden et Axel Mie. « Ils montrent que des grandes firmes du secteur de la chimie ont caché des données sur la toxicité de certains de leurs pesticides aux autorités européennes, alors qu’elles les ont transmises aux autorités américaines. » (p. 72). Le « pesticide gate » ne résonne pas dans les institutions. Le lobby fonctionne plutôt bien. « Pas du tout, la bataille d’influence commence bien avant les débats dans l’hémicycle.. (…) Selon les estimations, autour de 30 000 personnes, à plein temps. C’est la plus grosse concentration de lobbyistes au monde, après Washington. » (p. 81) Et il y a environ 20 000 fonctionnaires à la Comission ce qui fait un rapport de force assez inégale. « Une part importante de ses travaux, notamment au sein de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), où il est directeur d’études est consacrée à l’influence du secteur privé sur les institutions européennes. Les lobbyistes passent 80% de leur temps avec la Commission européenne, dans un véritable huit clos avec les fonctionnaires européens. Ils coconstruisent les textes. Cette proximité avec le secteur privé n’est pas le fruit du hasard. Dès son lancement à la fin des années 1950, la construction européenne a étroitement associé les industriels. Les premiers Etats membres avaient beaucoup de mal à déléguer leur pouvoir à la Commission… Les hauts fonctionnaires de la Commission ont donc poussé les grands groupes privés à se regrouper dans des organisations plus vastes, afin de créer un entourage influent avec lequel ils pourraient dialoguer… et ainsi asseoir leur pouvoir. La Commission a gagné sa légitimité en organisant le marché unique et en libéralisant les échanges commerciaux, dans une relation directe avec les entreprises. La « Table ronde des industriels européens » (ERT) est un exemple emblématique de ces regroupements devenus très puissants. » (pp. 82-83). Ce club de patrons de multinationales influencent concrétement les lois et les projets comme la rédaction du traité de Maastricht en 1992 concernant le marché unique européen, la monnaie unique, l’euro, la compétitivité comme objectif… Il en existe plus de 10 000 de ce type rien qu’à Bruxelles. « Les multinationales de la chimie comme Monsanto ou Bayer sont représentées par l’un des lobbys les plus puissants à Bruxelles, le Conseil européen de l’industrie chimique (Cefic). » (p. 85). Cela fait froid dans le dos et montre l’étendue des tentacules de la pieuvre. A cela se rajoute le fait que certains politiques privilégient certaines structures car cela va leur garantir un emploi très rentable à la fin de leur mandat. Tous les politiques ne sont pas achetables cependant il y en a beaucoup. Même en France, on peut trouver des ministres qui ont eu des postes importants dans le privée après leur poste dans le public. Les citoyens restent pourtant un acteur important pour faire résonner l’opinion public, seule moyen de faire pression sur les marques et les politiques pour leur image de marque. Il faut aussi trouver les failles pour demander des changements. Par exemple, pourquoi pour des études, elles peuvent être validé si leurs frigos de conservations des échantillons, la surveillance des échantillons, la climatisation… et tout cela à un coût que les états ne veulent pas mettre. Donc, les industriels mettent le prix et ainsi elles peuvent avoir le monopole de l’information scientifique et faire en toute décontraction de la désinformation. Savoir tout ça permet de pouvoir agir, argumenter, présenter, proposer et faire autrement. Un citoyen averti ne pense pas pareil. Il faut aussi qu’ils apprennent à cultiver l’espoir et le positif car sinon on finit démoraliser et se prendre pour Sisyphe.

Une bd percutante qui nous donne à penser autrement ce glyphosate tout comme d’autres intrants validés par la loi Duplomb 2. Aider les agriculteurs intensifs au détriment de la santé des humains interrogent. Pourquoi l’argent vaut-il plus que nos vies?

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