
Pour conquérir des droits, les travailleuses décident de se mettre en grève pour changer les choses. C’est un ensemble de personnes qui mobilisent d’autres et qui impacte tout Lyon. Les hommes acquièrent des droits supplémentaires mais les femmes refusent de se taire de n’avoir rien eu.
4e de couverture
Lyon, 1869. Camille travaille dans une filature de soie, où elle endure des journées de 12 heures pour un salaire dérisoire. Entassées dans des logements insalubres, mal nourries, les ouvrières exigent une augmentation et de meilleures conditions. Face au refus des patrons, elles entament une grève générale qui marquera un tournant dans l’histoire sociale des femmes et des luttes ouvrières.
Mon avis
Certaines pages de l’histoire sociale sont restées dans l’ombre surtout quand il est question de luttes sociales. Bruno Loth remet en lumière un épisode fondateur avec la grève des ovalistes lyonnaises de 1869, considérée comme l’un des premiers grands mouvements de grève menés par des ouvrières en France. Le récit suit Camille, jeune paysanne venue travailler dans une filature de soie à Lyon. Très vite, elle découvre la réalité d’un quotidien fait de journées de 12h00 heures, de salaires dérisoires, de logements insalubres, les maladies et des agressions sexuels. Face à ces conditions de vie indignes, les ouvrières décident de s’organiser et d’entrer en lutte. Le bédéaste réussit le pari de rendre cette histoire accessible sans jamais sacrifier sa rigueur historique et tomber dans le pathos facile. Son dessin, expressif et précis, restitue avec justesse l’atmosphère du Lyon industriel du XIXᵉ siècle. Les décors, les ateliers, les dortoirs et les rues populaires participent pleinement à l’immersion.
La force de l’album réside dans les femmes qu’il met en scène. Loin des grandes figures héroïques, ce sont des ouvrières ordinaires qui, en prenant conscience de leur force collective, deviennent les actrices de leur propre destin. Et elle prend aussi en compte les femmes que l’on va chercher en Italie à qui ont propose des conditions de travail encore pire et moins rémunéré, d’autant plus qu’elle ne maîtrise pas la langue. La solidarité, la sororité et l’organisation prennent progressivement le pas sur la résignation. Il est aussi abordé en toile de fond les agressions sexuelles, les viols que subissent ces ouvrières. Le fameux droit de cuissage est banalisé. Quand une femme tombe enceinte, elle est viré aussi sec. Qui prendra leur défense? Violer une femme est tout à fait ordinaire. Cette attitude est aussi remis en question bien que cela ne soit pas abordé jusqu’au bout dans la bd. Mais il est important que cela soit évoqué.
Cette bande dessinée rappelle aussi que les conquêtes sociales n’ont jamais été accordées spontanément. Elles sont le fruit de mobilisations souvent oubliées, portées par celles et ceux que les récits officiels ont trop longtemps laissés de côté. En redonnant leur place aux ovalistes, Bruno Loth contribue à réparer un oubli de notre mémoire collective. À une époque où les questions d’égalité, de conditions de travail et de justice sociale demeurent d’une brûlante actualité, La Fabrique des insurgées trouve un écho particulier. À la fois document historique, récit profondément humain et hommage aux pionnières des luttes ouvrières, cet album démontre une nouvelle fois que la bande dessinée est un formidable outil pour transmettre l’Histoire et nourrir notre réflexion sur le présent. Surtout que les femmes sont initiatrices d’un mouvement pour de meilleures conditions de travail et du respect et elles n’auront rien au final. Seuls les hommes ont été augmenté. Mais elles ont gardé leur rage car elles savent que leur chemin sera encore plus long pour changer les choses. L’injustice est là pour les femmes à tous les niveaux. Les patrons sont des hommes blancs qui ont du réseau dans la presse et les politiques. Ils peuvent tout maîtrisé donc la lutte est plus difficile pour les femmes. On voit des policiers abuser de leurs pouvoir avec des armes sur des chevaux face à des femmes désarmées. On voit un juge condamner des femmes qui n’ont pas d’avocat et ni la langue pour bien expliquer. La distinction de classe et le fait d’être une femme leur porte préjudice. Même les représentants de l’AIT sont des hommes qui luttent aussi pour leur frère avant tout. Une lecture aussi passionnante que nécessaire. La lutte pour l’équité des femmes dans le monde n’est pas gagné, jamais. Avec la montée des populistes, cela demande d’être encore plus vigilante car cela va vite à régresser et les exemples dans le monde ne manque pas.
Une bd qui nous montre que les luttes n’aboutissent pas forcément à l’acquisition d’un droit tout de suite, mais cela peut être la première page d’un livre pour la lutte.
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