Une annonce bouleverse la Lorraine avec la fermeture des usines de sidérurgie. Les ouvriers refusent de laisser faire et vont lutter ensemble. Une radio pirate permet de faire résonner la voix de ceux oublier de ces stratégies politiques.

4e de couverture
C’est l’histoire d’une radio pirate qui défie le pouvoir : il y a quarante ans, Lorraine Coeur d’Acier posait, pour toujours, un jalon essentiel dans l’histoire des luttes et des radios libres. Une radio populaire qui libère la parole d’une population tout entière. Lorraine Coeur d’Acier ?
Le 12 décembre 1978, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, est annoncé le plan Davignon qui va liquider la sidérurgie dans le bassin lorrain. Début mars 1979 débarquent à Longwy les journalistes Marcel Trillat et Jacques Dupont : à l’instigation de la CGT, les deux journalistes vont animer des mois durant ce qui allait devenir une radio à nulle autre pareille, une radio de lutte, une radio illégale défiant le pouvoir giscardien, mais aussi une radio « libre », au sens plein de ce terme. Une radio ouverte à tous.
« Y compris aux gauchistes et à la droite ? « , s’étrangle Eugène. C’est juré, il n’y mettra jamais les pieds. Camille, à rebours de son père, la fréquentera chaque jour, et pas seulement pour la belle voix de Mathilde…

Mon avis
Certaines bandes dessinées racontent une simple histoires et d’autres redonnent une voix à celles et ceux que l’Histoire a parfois laissés de côté. Lorraine Cœur d’acier appartient sans hésiter à cette seconde catégorie et fait résonner des voix oubliées. À travers le regard de Camille, jeune habitant de Longwy, Tristan Thil et Vincent Bailly nous plongent au cœur des luttes ouvrières de la sidérurgie à la fin des années 1970. Lorsque le plan Davignon annonce la disparition de milliers d’emplois, une radio pirate, Lorraine Cœur d’acier, voit le jour à l’initiative de la CGT. Elle devient bien plus qu’un outil de mobilisation, c’est un véritable espace de liberté où ouvriers, habitantes et politiques prennent enfin la parole.

La grande force de cette bande dessinée est de dépasser le simple récit historique. Elle raconte une époque où la parole se conquiert autant que les droits sociaux. Derrière les manifestations, les occupations d’usines et les affrontements politiques, ce sont des femmes et des hommes qui cherchent à reprendre la main sur leur destin. Leur parole a autant de valeur que celles des politiques qui vivent loin du concret des gens. Et cela est même un vrai sujet de questionnement, est-ce que tout le monde a le droit de parler? Qui a le droit de choisir?

Le scénario de Tristan Thil ne tombe jamais dans le manichéisme. Il mêle personnages fictifs et figures réelles comme les journalistes Marcel Trillat et Jacques Dupont, donnant au récit une dimension profondément humaine. On suit des parcours de vie qui interroge cette notion d’avenir. Quand on a toujours travaillé à l’usine, que peut-faire après? Ne travaillons t’on pas de père en fils dans le lieu? Peut-on espérer mieux pour sa progéniture? Et si oui, quoi? Est-ce que si l’on n’est non-blanc, a t’on les même droits que les autres? Les filles et les garçons même champs de possible? Il ose aussi faire une petite place aux femmes qui veulent parler de sujet qui les concerne, toute génération confondue. Ainsi à la radio des mères de famille évoque aussi bien le mépris médical à l’hôpital lors de l’accouchement. Par exemple, elle accouche, on lui dit que son enfant va bien. Puis après, on lui donne une boîte avec le cadavre de son enfant. Que s’est-il passé? Elle n’en saura rien. Quelle violence et manque de respect pour le couple qui découvre la mort de leur bébé ainsi. L’autre sujet important concerne l’avortement. C’est légal dorénavant en France pourtant ce n’est pas possible par chez elle. Aucun lieu de le permet et les médecins sont assez rétrogrades. Pourquoi avoir des droits mais avoir l’impossibilité d’y accéder? Pourquoi tant de discrimination? Surtout qu’une femme riche trouvera aisément les espaces pour le faire. Pourquoi personne n’évoque ces sujets? Ce n’est pas parce que c’est la femme qui doit subir un acte médical que cela ne concerne pas le couple. Pourquoi les hommes ne s’approprient pas aussi ce sujet?

Le dessin de Vincent Bailly accompagne parfaitement cette immersion. Son trait expressif, ses couleurs sobres, denses et son sens de la mise en scène retranscrivent avec émotion l’atmosphère des corons, des hauts-fourneaux et des studios improvisés de cette radio hors du commun. La colère, l’énervement, la solidarité et l’abandon sont très bien illustré. Le fait de montrer des photos de Camille montre aussi qu’il y a des façons de raconter, de dénoncer et de dire. Il illustre aussi les moments de tension. Les ouvriers manifestent et des flics en civil font des casses pour que les médias ne relaient que ces méfaits organisé par l’Etat. Un fait très bien connu des luttes afin de les discréditer. Les médias relaient cela à part l’Huma. Ils suivent très bien la voix du maître et qui fait vendre aussi. La vérité, cela reste secondaire. Pourtant, même s’ils n’ont pas pu sauver leurs usines, ils ne sont pas repartis avec rien. On voit ces moments de discussions et de débats pour faire groupe et faire ensemble. Cela se voit aussi bien dans les usines, à la radio, au bar… Tous les espaces sont occupés par des discussions et essayer de se projeter. La radio qui essaie d’être censuré par l’Etat permet de créer et renforcer le lien. Elle est omniprésente car elle est l’unique relaie à rendre vraie ce qui se passe. Tout cela avant la libéralisation des ondes en France.

À l’heure où les questions d’information, de pluralisme des médias et de participation citoyenne restent plus que jamais d’actualité, cette lecture résonne avec une étonnante modernité. Une bande dessinée documentaire passionnante, engagée sans être démonstrative, qui rappelle avec force que donner la parole est déjà une manière de transformer le monde. La solidarité peut changer le monde ou la façon dont on peut le voir. Ensemble, on est plus fort. Sans ces combats, les ouvriers auraient-ils pu avoir autant d’argent pour prendre un nouveau départ? Il est certain que non. Ils auraient été jeté comme des mouchoirs usagers.

Une bd qui rappelle que les droits et le respect ne se conquièrent que par la lutte. On n’a ps rien sans rien malgré la réécriture des récits par les politiques et les puissants. C’est par la rue que les choses changent.

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