Comme un musulman en France – Ismaël Saidi

Après des années à traverser la France avec son spectacle « Djihad », Ismaël Saidi fait un petit bilan humain. Avec simplicité et honnêteté, il partage des moments qui l’ont touché avec des gens à qui on a donné la parole. Il montre avec bonté et bienveillance la force des mots.

4ème de couverture
Depuis cinq ans, plusieurs fois par semaine, j’ai cet échange avec les spectateurs de la pièce que j’ai écrite, Djihad, qui tourne à travers toute la France, la Belgique et la Suisse, le plus souvent à l’initiative des professeurs de français. Dans des collèges, des lycées, des prisons, des salles des fêtes, je prolonge la représentation par un dialogue avec le public. Lors de ces milliers de conversations, j’en ai entendu de toutes les couleurs : un véritable arc-en-ciel de craintes, de méfiance, de préjugés, tant chez des musulmans que chez des non-musulmans, dans les deux sens. Parce que moi, musulman né en Belgique de parents marocains, je suis convaincu que ce qui compte, c’est avant tout de se parler et de s’écouter, j’ai choisi de susciter la parole, de répondre quand je le pouvais, de partager mes hésitations, parfois. Ces échanges, les voici. Cette France de mille nuances, défiances et croyances, en voici le pouls.

Mon avis
J’avais entendu parlé du spectacle « Djihad » et de sa forme très particulière. Après chaque représentation, Ismaël Saidi avec les comédiens échangent avec le public aussi bien des scolaires, que des habitants d’un quartier sensible ou des victimes d’attentats. Des bords de plateau qui restent assez rares pour être souligné. Surtout que ces moments débutent toujours par « Vous avez le droit de me poser les questions que vous voulez, de me faire les remarques que vous voulez, il n’y a pas de tabou ici. ». Par conséquent, des mots se libèrent montrant aussi bien les peurs, leurs douleurs, les intolérances… De ces instants souvent trop courts, l’auteur n’en sort pas totalement indemne. Il s’enrichit des autres en espérant lui aussi les avoir enrichi de quelque chose, d’avoir inciter à poser des questions, à faire face à des idées trop simplistes… Cet ancien policier devenu auteur, scénariste et acteur partage pudiquement des rencontres qui l’ont marqué. Les pages se tournent avec beaucoup de plaisir. On sent la passion, la bonté et la vraie gentillesse de l’auteur. Il ne s’interdit aucun thème car il aborde la question de l’homosexualité, le fait de manger du cochon, les relations inter-religions… Des interrogations concrètes que se posent les gens car les discours théoriques s’opposent à la réalité de la vie. Un livre que j’ai trouvé au combien pertinent d’autant plus en cette période électorale où on entend (bien trop) ceux qui appellent à la haine, au racisme, à la stigmatisation… et bien entendu avec des idées ultra-simplifié. Ismaël Saidi parle de son rapport à la religion, que c’est outil qui peut être utilisé à tort mais au final c’est un être normal comme tout à chacun. Une parole intelligente et empathique rarement entendue sur les médias grands publics car c’est moins vendeur que des polémistes politiques malveillants.

J’ai lu ce livre en partie dans le métro et les voyageurs me portaient un drôle de regard au vu du titre. Une chose assez rare tout de même par rapport à d’habitude (depuis que la vie redevient un petit peu normal). Certains mots comme musulman interroge les gens et montre la force d’un mot dans l’imaginaire collectif. Pour que les choses changent, j’invite à lire ce petit ouvrage qui prouve que l’on peut toujours parler de choses sensibles avec beaucoup de brio, d’habilité et de finesse. Une certitude me concernant, j’irai lire ces autres publications car je ne doute pas de la qualité.

« Nos communautés étaient nos prisons, et tout ça pour une histoire de cochon. Tant que vous êtes dans ce ghetto, vous ne vous rendez pas compte du mal que vous faites lorsque vous dites : « Ceux qui mangent du porc vont en enfer. » Mais, si je parle ainsi à mon enfant pour qu’il n’en mange pas, comment va-t-il pouvoir jouer avec un camarade de classe qui en mange ? Qu’est-ce qu’il se dira lorsqu’il le verra dévorer son jambon-beurre ? « Mon meilleur ami va aller en enfer mais ça n’est pas grave, je vais jouer avec lui en attendant » ? En faisant cela, je crée le fossé, je crée un autre et je le déshumanise. « 

Un livre à lire et surtout à partager, d’autant plus maintenant, pour rappeler qu’une personne ne se définit ni par son prénom, ni par ces origines et ni par ces croyances. Il se définit par ces choix et ces actions.

L’avis de Baz’art : « Un récit  mélangeant réflexion sociétales et anecdotes drôles et passionnantes bien plus profond qu’il n’en a l’air et qui sait bousculer comme il le faut les idées reçues. « 

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