Scum Manifesto – Valérie Solanas

Est-ce les hommes servent à quelque chose? Ne faudrait-il pas tous les tuer? Valérie Solanas s’interroge pour mieux imposer sa certitude.

« 1001 nuits » propose comme à son habitude de redécouvrir quelques textes oubliés, singuliers, incontournables… Rééditer « Scum Manifesto » est à la fois une folie que de l’audace. Car même encore aujourd’hui on ne sait pas trop s’il faut prendre ce texte comme un manifeste d’une femme psychologique instable ou un vrai manifeste féministe extrémiste. Si on fait un petit voyage dans le temps, le texte est ronéotypée par Valérie Solanas elle-même et elle le vend dans la rue mais aussi par correspondance en 1967. Dans des circonstances un peu flou, elle négocie ces droits d’auteurs pour cette publication et les éventuelles prochaines pour 500 dollars. Maurice Girodias fait une affaire car il aime publier ce qui fait conflit comme sa « Lolita » de Nabokov. En France, l’ouvrage arrive en 1971. Il a même été postfacé précédemment par Michel Houellebecq qui a bien entendu moqué les convictions engagées de cette femme. Dans cette nouvelle édition, c’est Lauren Bastide qui apporte un regard plus nuancé, plus féministe.

Si on ne sait pas sur quoi on va tomber, dès les premières phrases, on n’a pas de doute.  » Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement et supprimer le sexe masculin ». Il faut dire que Valérie Solanas a un passé qui permet de comprendre sa virulence. Violée par son père et son beau-père qui ont donné naissance à 2 enfants avant ces 15 ans puis violentée par son grand-père, cela ne donne pas envie de croire en la valeur de l’homme. Sa colère et sa haine ont été canalisés par ce manifeste assez singulier. Et cela explique son mode de vie au combien précaire entre prostitution, drogue et internement suite à la tentative de meurtre sur Andy Warhol sur lequel elle a tirée par 3 fois. Avec férocité et conviction, elle appelle au renversement de l’ordre patriarcal. D’ailleurs, scum ne veut pas seulement dire déchet/rebut mais Society for Cutting up Men («Association pour tailler les hommes en pièces »). Quand vous avez cette information complémentaire, vous êtes préparé à la lecture. Car on va le répéter il faut tuer l’homme, le détrôner car il ne vaut rien. Les arguments sont au rendez-vous que cela soit du point de vue économique, de la guerre, de la politique… Sans surprise, la sexualité est incontournable. Une mineure violée par des membres de sa famille puis qui vend son corps pour vivre a forcément un regard bien à elle, cruelle, violent et sans pitié. La misandrie porte un nom, une identité et une virulence assez forte.

Par conséquent, cette lecture n’est pas adaptée à tout le monde. Déjà, si le féminisme est quelque chose qui vous horripile, passez votre chemin. Si vous pensez que la misandrie est absurde, passez votre chemin. Vous pensez que l’homme est supérieur et que cela va de soi, passez votre chemin. Par contre, si vous voulez lire le manifeste d’une femme engagée et surement avec de sérieux troubles psychologiques, vous trouverez votre bonheur. Peut-être pas une affinité intellectuelle mais une réflexion, une autre façon de voir, un élément de discussion… Bref, le début de quelque chose car cela amène à des lectures plus complètes et structurés sur le féminisme. Les auteures surtout américaines ne manquent pas qui abordent la phallocratie (très présente), le manque d’égalité, de respect, la violence, le viol, les agressions… Une piqure agressive pour nous dire qu’il faut agir si l’on veut un monde moins misogyne.

« Les SCUM sont des filles à l’aise, plutôt cérébrales et tout près d’être asexuées. Débarrassées des convenances, de la gentillesse, de la discrétion, de l’opinion publique, de la « morale », du « respect » des trous-du-cul, toujours surchauffées, pétant le feu, sales et abjects, les SCUM déferlent… Elles ont tout vu- tout le machin, baise et compagnie, suce-bite et suce-con-, elles ont été à voile et à vapeur, elles ont fait tous les ports et se sont fait tous les porcs…Il faut avoir pas mal baisé pour devenir anti-baise, et les SCUM sont passées par tout ça, maintenant elles veulent du nouveau ; elles veulent sortir de la fange, bouger, décoller, sombrer dans les hauteurs. »

Un ouvrage singulier, atypique qui fait sourire autant qu’il exaspère. Une certitude, il ne laisse pas indifférent et donne envie de se battre pour une cause féministe, après à chacune de choisir le niveau de conviction.

Valérie Solanas L'auteur de Scum Manifesto - Friction Magazine lesbien

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