Le corps est un vêtement que l’on quitte – Eric Liberge

Un accident peut amener à une expérience de mort imminente. Comprendre ce que l’on vient de vivre n’est pas chose aisé. Il suffit d’ouvrir son esprit et son cœur à de nouvelles possibilités.

Même s’il n’a que 15 ans, Julien a déjà le gabarit pour devenir un rugbyman. « Mon entraîneur m’a repéré. Il m’envoie faire un essai chez vous. Je sais que je suis jeune, mais je serais bête de refuser ». Quand il passe sur le terrain, il se donne à fond. On le pousse à bout afin qu’il le meilleur de lui avec son 1m82 et ses 102 kg. Sauf qu’il fait une mauvaise chute. Direction l’hôpital Pellegrin à Bordeaux en hélicoptère. « Il revient de loin ! Il a fait un arrêt cardiaque de seize minutes ». Toutefois, il se souvient d’avoir rencontré sa grand-mère morte et un oncle du nom de Paul. Il ne connait pas ce dernier. Peut-être que son père pourra lui en dire plus ? Dans l’intimité de la chambre, il parle de son rêve. Peu de temps après, le père sort de la chambre et va faire une requête au médecin : lui faire oublier ces moments. Ce secret de famille doit le rester et ce à n’importe quel prix. Sabine, qui travaille avec le docteur Trinquet s’intéresse aux expériences de mort provisoire. Elle demande à Julien de dessiner et d’écrire ce dont il se souvient. Puis Julien reprend sa vie en suivant quelques séances d’hypnoses pour qu’il oublie. Après 3 ans de thérapie, tout va pour le mieux. Il se sent bien, il a une copine et va intégrer une équipe pro. Jusqu’au moment où tout redevient étrange et qu’il faut faire face. Comment faire ? Jusqu’où cela peut-il l’amener ?

Il faut prendre l’album « Le corps est un vêtement que l’on quitte » comme un moment de réflexion et de philosophie sur le sens de la vie et de la mort. Eric Liberge a pris le temps de semer des graines de la contemplation et de la circonspection pour chaque lecteur. Ainsi avec beaucoup de patience sur 214 pages, il aborde un sujet assez mystique : la mort et sa perception. Un sujet dont s’est emparé toutes les religions qu’elles soient monothéistes ou polythéistes. L’auteur d’ailleurs en fera référence avec beaucoup d’élégance et sans jugement de valeur. Il aborde au premier plan le rapport que les gens ont entre eux, sur leur ressenti, leurs peurs, leurs erreurs… L’histoire est centrée autour de Julien qui un jour a un accident grave et qui lui fait vivre une expérience de mort imminente (EMI) lui faisant rencontrer des personnes de sa famille décédée. Lorsqu’il évoque cela avec son père neurochirurgien, esprit cartésien, il refuse la possibilité de communiquer avec des morts. L’hypnose va tout effacer et on fera comme si de rien. Seulement, il reste quelque chose en soi. Un doute, un mal-être qui va amener à des interrogations et des troubles comportementaux. Puis un nouveau champ des possible s’ouvre car il n’existe pas une seule vérité sur ce qui nous entoure. Ce n’est pas parce que tout le monde n’a pas la même perception du monde que cela n’existe pas. Un éveil spirituel se fait pour notre jeune héros, le lecteur à ces côtés. Pour illustrer cette phase de transition, Eric Liberge réalise un vrai travail sur la couleur. Son dessin réaliste, qui rappelle celui de Jean-Claude Servais, joue avec des nuances de gris pour passer à une palette de teintes chaudes, vivantes, chaleureuses. Le jeune garçon, assez morose, a suivi un chemin qui l’a mené à celle de pleine conscience de ce qui l’entoure, visible à l’œil et au cœur. Cela donne envie d’aller voir aussi bien des œuvres de Jérôme Bosch que de se balader dans un musée d’art asiatique.

Une œuvre singulière qui saura toucher les plus réceptifs et interroger les plus susceptibles.

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