Washington Black – Esi Edugyan

Que diriez-vous de faire un voyage en compagnie de Washington Black ? Vous serez face à l’injustice, à la haine, à la violence mais aussi à la tendresse, la douceur et l’amour. Prenez-vous votre ticket pour rencontrer ce jeune garçon étonnant et aller là où le vent vous portera ?

Les pages se tournent au rythme des pulsations de votre cœur, avec force, intensité et curiosité. Une fois que l’on entre dans la plantation à la Barbade en 1850, vous n’en partirez qu’avec un flot de sentiments divers. Emotifs, attention à vous.

Vous ne sentirez pas les coups. Vous n’entendrez pas les cris, les insultes. Vous ne verrez pas le sang couler. Votre imaginaire prendra le dessus et vous créera un ressenti de colère et de vengeance. Pourquoi l’Homme est-il capable de tels actes cruels ? La réponse est simple : l’argent et le profit. Quand un Homme noir meurt, un autre prendra sa place tels des objets interchangeables. Mais par un heureux hasard, Georges Washington Black ne connaîtra pas le destin funeste de ces semblables.

Un jour, on le demande pour venir travailler avec Big Kit, celle qui prend soin de lui dehors. Le maître, Erasmus Wild discute avec son frère et ce garçon de 11 ans devient un sujet de conversation. Son poids et sa taille correspondent parfaitement à ce fendeur-de-nuages que construit Christopher. Alors il le prend sous son aile, lui apprend à lire, écrire, compter… Dans sa demeure temporaire, l’esclave ne l’appellera plus maître mais par le nom dont l’affuble ces amis : Titch. Et lui, il sera gentiment Wash. Ce fameux Christopher lutte pour la fin de l’esclavage et veut que les noirs possèdent les mêmes droits que les blancs. Une aubaine pour Wash qui reste toutefois méfiant surtout à 11 ans, lui n’a connu que la violence et la solitude. Il se découvre un talent pour dessin qui lui ouvre des portes tout au long de sa vie.

Erasmus refuse de rendre la liberté à Wash et exige de son frère qu’il lui rende l’enfant. Après tout c’est son bien et ça le contrarie. Les choses se précipitèrent avec le suicide du cousin, Philippe, venu annoncer aux frères le décès de leur père. Pas d’autre choix que la fuite. Dans la pénombre, chargé juste de l’essentiel, les deux hommes montent dans la montgolfière et advienne que pourra. A partir de là, la vie de Wash ne connaîtra pas de répit avec son flot de peur et de questionnements. Traverser marine, balade en Amérique, affrontement des neiges du pôle Nord, construction d’un centre marin à Londres, retrouvailles à Amsterdam et changement de vie au Maroc… qui aurait pu croire qu’il puisse vivre tout ça à son époque en étant noir, sans papier et défigurer. Surtout qu’en cours de chemin, il rencontre l’Amour grâce à son trait de crayon fidèle à la réalité. Comment ne pas s’attacher à ce garçon qui a dû apprendre à grandir vite dans d’hostiles conditions ?

Fragile, curieux, passionné, philosophe Wash fascine par son authenticité et sa fragilité. Alors on prend plaisir d’être à ces côtés à chaque moment de sa vie quand il a peur qu’on le retrouve, qu’on le tue, qu’on le vende et quand il est heureux de trouver une fille qui le rend tout chose, de se dessins qui l’épanouissent, de ces créations comme ces aquariums permettant de maintenir les poissons de mer vivants. Il sait se montrer fort, sensible et malin à chaque situation.  Ticht disait qu’il était « né avec un fer à cheval dans la main ». Peut-être que son malheur au final, il a eu beaucoup de chances car il vu et vécu beaucoup de choses qu’une simple personne ne vivra jamais. Mais est-ce pourtant une source d’épanouissement et de liberté ?

Esi Edugyan jongle avec dextérité et justesse avec les mots du narrateur qui n’est d’autre que Wash. Il raconte de façon détachée comme s’il était un autre. Ce qui n’empêche de se sentir emporter dans le récit. Structuré en 4 parties correspondant aux tranches de vie importante du personnage. Périple versus interrogation, voyager rend-il libre ? La liberté se jauge t’elle uniquement à sa capacité de déplacement ? Impossible de laisser le livre sur le côté avant d’arriver à la fin. Une fin assez énigmatique d’ailleurs. On peut osciller entre pouvait-il en être autrement et l’auteure était-elle en panne d’idée pour clôturer ce récit ? En tout cas, on ne reste insensible à cette histoire bouleversante. D’ailleurs, Barack Obama l’a mis sur la liste de ses livres préférés l’an dernier sans oublier la nomination et les prix gagnés. Et aussi, le roman a été traduit en français. Un éditeur a cru en l’incroyable force de cette aventure et il ne s’est pas trompé. Certains pourraient avoir peur à l’épaisseur de l’ouvrage, mais il faut dépasser cela. Car derrière ce cache une lecture qui se dévore d’une traite dans laquelle on ne connaît qu’une quiétude quand on arrive à la dernière page.

Ne passer pas à côté ce roman qui saura autant vous faire voyager que vous plongez dans les mœurs de société qui peine à s’ouvrir à la tolérance et l’égalité.

« Cela s’était fait très lentement, mais ces derniers mois passés avec Titch m’avaient porté à croire que je pouvais laisser tous mes malheurs derrière moi, oublier toute violence, échapper à une mort injuste. Je commençais à penser que j’étais né pour un meilleur destin, pour profiter des bienfaits terrestres, et pour dessiner ; je voyais mon existence comme faisant vraiment, légitimement partie de l’ordre naturel du monde. Comme je m’étais trompé ! J’étais un enfant noir et rien d’autre – je n’avais aucun avenir devant moi et dans mon passé, il y avait peu de clémence. Je n’étais rien, et je mourrais n’étant rien, hâtivement traqué et massacré.
Les champs défilaient lentement au soleil, les vastes champs verts de la Virginie au printemps. L’étendue de la terre, son immensité m’étonnaient. Quand nous traversions un bois, j’étais étourdi par l’odeur de petites fleurs blanches, par le doux parfum qu’elles dégageaient. J’apercevais aussi des esclaves dans les champs et en fixant leurs silhouettes, j’étais submergé par un sentiment de culpabilité et de peur pour moi-même. »

5 réflexions sur “Washington Black – Esi Edugyan

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