Rafael, derniers jours – Grégory McDonald

Que ne serait-on pas près à faire pour sauver sa famille? Rafael doit faire un choix en toute conscience pour espérer des lendemains meilleurs pour ceux qu’il aime. Rêve ou réalité?

Rafael n’a pas grand chose pour lui. Issu d’une famille nombreuse pauvre, très vite entre quelques verres d’alcool, il rencontre une fille paumée comme lui, pour lui faire des enfants. Les faire c’est facile mais s’en occuper c’est une autre paire de manche. Et puis une femme, elle a ça dans le sang s’occuper des mioches. Lui, il a un grand hobbie qui l’empêche de trouver un travail ou de le garder : boire. Il faut qu’il boive encore et encore sinon il ne sent pas bien. Un barman qu’il connaît très bien lui donne un bon plan pour gagner vite fait 25 000$. Il se rend à l’adresse qu’on lui a indiqué mais il négocie tout de suite sa prestation avant même d’être certain de ce que l’on attend de lui. Pour l’avoir, cela sera 30 000$.  En quoi consiste le boulot? Participer à un snuff movie, une nouvelle tendance dans le cinéma.

« Pendant que l’un des gars montrera à la caméra ce qu’il vient de couper, l’autre te tranchera un bras. Je crains que tu ne sois plus très combatif à ce moment-là, mon garçon. Tu peux toujours essayer de te lever, je sais pas. Il ira chercher un couteau bien affuté et il t’éventrera. Tu vois ce que je veux dire? »

C’est peut-être les quelques verres de vodka qui fait que le business ne l’effraie pas. Pourtant il y aura de quoi après que l’on t’annonce que l’on va te couper des orteils, ta bite, te retirer un oeil, t’ouvrir le bide. Il se concentre sur le montant qu’il va gagner. Lui ou plutôt sa famille car impossible qu’il s’en sorte en vie. Pourquoi une telle abnégation? Il a grandit dans une décharge public au coeur de la misère. Tous le monde est malade et illettré. Ce qui n’empêche pas des couples de faire des enfants encore et encore. Pas les ressources nécessaires pour payer les moyens de contraception. L’avenir devient un gros mot car ici aucune possibilité d’avoir des lendemains heureux. Alors n’est pas le plus bel acte d’amour de se sacrifier devant une caméra pour la possibilité d’un futur pour ces proches?

Impossible de sortir totalement indemne de cette lecture. Grégory McDonald avec des mots simples et quelques chapitres nous emmène au plus proche d’un homme simple, ordinaire. Il a tout du personnage de roman noir car il est pauvre, sale, alcoolique, illettré et qu’il va faire quelque chose d’impensable. Pour l’amour qu’il porte à sa femme et ces trois enfants, Rafael est prêt à ne plus jamais les revoir. L’auteur a trouvé le juste milieu mélangeant l’attachement à l’horreur. Comment ne pas être bouleversé par cette injustice sociale et cruelle? Nous sommes à la fois écoeuré et touché. Qu’est-ce que l’homme n’est-il pas prêt à faire pour de l’argent? Faire un snuff moovie, nouvelle tendance du cinéma vraie qui cartonne en ligne et dans notre réalité. Comment comprendre que les gens raffolent de regarder des personnes se suicider, se faire massacrer ou se faire violer? Et qu’en plus, ils sont prêts à payer pour voir l’innommable? L’auteur nous met face à la réalité humaine à travers une fiction pas si innocente.

Un portrait de l’Homme dans ce qu’il a de meilleur et de pire à travers les 3 derniers jours de Rafael.

Lire l’avis de Belette : « Un portrait émouvant, pudique, beau, dur, et ces derniers jours qui vous donnent envie de lui hurler de ne pas se présenter à l’entrepôt, de fuir, de vivre… De ne pas être si naïf, si confiant. »

L’avis de Collectif Polar : « Un grand cri d’amour et de dignité, j’en suis encore bouleversée. A lire d’urgence! »

L’avis de Gruznamur : « Au final, un récit d’une belle humanité et montrant que la déchéance humaine n’est pas là où on le croit, mais définitivement dans la déshumanisation de la société et non de ses laissés pour compte. »

L’avis du Bison : « Je n’imagine pas de lecture plus désespérante, plus déchirante, un hurlement qui transperce le coeur. Les pages respirent la peine, suinte la rage, dégouline de vodka. Je ne m’en remettrais peut-être jamais. »

3 réflexions sur “Rafael, derniers jours – Grégory McDonald

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