Irena – Tome 5 – La vie, après – Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël, David Evrard et Walter

La mémoire doit elle tomber dans l’oublie avec celles et ceux qui la transmettent? La réponse est évidement non. Irena transmet son témoignage à toutes les générations pour espérer un monde meilleur demain.

On retrouve Irena en 1983 à la fin discours dans l’allée des Justes à Yad Vashem à Jérusalem. Elle va aller planter un arbre. « Un monument peut toujours être détruit mais un arbre commémoratif poussera pour toujours ».

Un évènement si marquant, qu’il est important d’évoquer son passé. Comme en 1949, où elle est interrogée par les soviétiques. Ils soupçonnaient qu’elle cachait des soldats de l’armée de l’intérieur. La société change t’elle vraiment? Les conflits ne sont-ils pas encore un peu partout dans le monde? « En regardant les actualités polonaises, j’avais l’impression que la région était à feu et à sang ». A la demande de la petite fille curieuse, elle veut savoir ce qui lui est arrivée après le coup de couteau dans la jambe. Etonnement, Irena s’en sort. Pas sans souffrance mais au vue du désespoir qui l’entoure, elle garde le silence. Elle concentre son énergie pour aider les autres. Le temps passe et après les allemands à Varsovie, c’est le tour des russes. « Des soldats sont venus nous forcer à sortir pour les acclamer ». Un mieux vivre se fait ressentir. L’infirmière pensait avoir tout vu jusqu’à l’arrivée d’enfants sortis du camp d’Auschwitz-Birkeneau. Les cauchemars les empêchent de se reposer. Les mots ont des difficultés à sortir. Le dessin permet de libérer la douleur. Une façon à chacun de pouvoir connaître un peu de tranquillité. Tout comme ces élèves qu’elle rencontre maintenant, différents et qui s’entendent. L’émotion est très grande et les larmes s’écoulent. Fier de voir des jeunes si libres. Cela lui rappellent quand un homme est venu chercher les fiches dans les bocaux qu’elle avait caché. Elles contiennent les identités de 2 500 enfants sauvés. Cette révélation va peut-être remettre en cause la stabilité qu’ils ont pu se construire pendant la guerre. Vont-ils pouvoir se reconstruire avec la vérité? Et ceux qui ont vécu l’horreur peuvent-ils se relever? Irena en est la preuve car elle a continué à vivre et à parler.

Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël clôturent leur série de façon brillante. Leur démarche de dire que le Bien peut triompher est osé et au combien importante. Derrière chaque guerre se cache des personnes courageuses, braves et téméraires pour défendre des êtres injustement ciblés. L’éloquente préface de Marek Halter insiste sur l’importante du devoir de mémoire et des Justes qui ont risqué leur vie. D’ailleurs, il fera des films sur ce sujet. L’histoire débute avec un lieu d’hommage sur lequel nous étions déjà à la fin du précédent tome. Nous avons une référence discrète au début au docteur Janusz Korczak, un Juste qui accompagna les enfants juifs de son orphelinat à Tréblinka pour un dernier voyage. Son histoire est racontée avec délicatesse et de façon humble. Comment faire autrement face à la témérité hors norme de cet homme. Ce site particulier est aussi une manière d’évoquer le conflit israélo-palestinien qui est toujours d’actualité. Les tensions sont palpables sur place. « Il y a beaucoup de problèmes, il ne faut pas se le cacher mais la pulsion de vie est la plus forte ». Un conflit qui implique tout le monde même malgré eux. Notre héroïne parle de ces allemands embrigadés dans une guerre dont ils étaient eux aussi victimes. Les victimes sont bien nombreuses et chacune à le droit à un porte voix. Ce dernier a le devoir de faire vivre la témérité d’individus d’exception. Traduire leurs actions n’est pas toujours faciles. David Evrard relève ce défi. Par exemple, les dessins innocents à la craie donnent sens à ce qu’ont vécu les enfants dans le ghetto et dans les camps de façon très explicite. Une façon élégante de montrer la réalité de l’horreur à des enfants sans devoir leur montrer des photos trop violentes. Sans oublier, la douceur des couleurs choisies par Walter, qui rassurent et apaisent. Cette série montre et révèle le courage d’une femme qui symbolise le courage de tellement d’autres, avec doigté, bonté sans oublier une touche d’humour. Un travail d’équipe réfléchit qui a mis son talent au service de l’Histoire et de la Mémoire. On ne peut que leur dire une chose : MERCI et Bravo.

Une série à mettre entre toutes les mains pour peut-être espérer une société plus tolérante demain.

3 réflexions sur “Irena – Tome 5 – La vie, après – Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël, David Evrard et Walter

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