Rencontre avec Pierre Pica – Théâtre de la cité Internationale

Que diriez-vous d’aller à la rencontre de la tribu des Munduruku, peuple d’Amazonie? Le linguiste, Pierre Pica a passé 4 ans de sa vie à étudier leur méthode de comptage. Emilie Rousset va mettre en scène l’essentiel de leur rencontre. Prêt pour une retranscription singulière au cœur du théâtre du Cité Internationale?

Pierre Pica est un linguiste un peu particulier. Le hasard a incité ce spécialiste de la syntaxe à partir en Amazonie pour rencontrer des Munduruku. Une de leur particularité repose sur le fait qu’ils comptent jusqu’à quatre. Comment font-ils pour additionner des grands nombres? L’approche de Pierre Pica diffère beaucoup de ces semblables car il ne prend pas sa culture comme fait de référence. Il cherche plutôt les points communs dans le mode d’échange. Après tout est-ce que cela devrait être si surprenant de ne pas donner des chiffres exacts? Nous avons nous-même de nombreuses expressions approximatives comme au compte-goutte, dans 2 secondes, sers-moi 2 gouttes de calva. Combien est-ce que cela représente vraiment en temps? De plus, cela n’empêche pas de pouvoir échanger. Les conversations sont très rythmées vocalement. Il est possible que cela change les données. De nombreuses questions se posent sans avoir de réponses. Mais le but de la recherche n’est-il pas de s’interroger? 

Après une trentaine d’heure d’entretien, Emilie Rousset choisit quelques extraits pour les mettre au cœur d’une mise en scène assez atypique. On pourrait s’attendre pour un échange de voir une table avec un interlocuteur de chaque côté. Elle propose tout autre chose. Déjà, l’interversion des rôles, son rôle est interprété par Manuel Vallade et le rôle de Pierre Pica par Emmanuelle Lafon. Tout deux portent une oreillette dans laquelle sont diffusés les morceaux choisis par la metteuse en scène qu’ils doivent prononcer au fur et à mesure. Une série de conversations va se succéder, entrecoupées de séquences sonores. Cela peut être aussi bien des grésillements comme le premier contact entre le chercheur et l’artiste car l’un était à Paris et l’autre dans la forêt amazonienne, la liaison était alors assez peu stable. Ou encore, des bruits de la nature qui font échos aux quelques plantes présentes sur scène. Sur le sol une zone blanche séparée en deux par des stores qui vont être ouvert vers la fin du spectacle. Ce qui détonne surtout c’est le déplacement des comédiens. Leur caractère mouvant n’est pas forcément en lien avec le texte. Une grande liberté leur a été donnée afin de s’approprier l’espace. Ainsi quand il marche à quatre pattes c’est pour référence à une panthère car on trouve des panthères dans la forêt.

On se perd parfois entre le texte et la mise en scène. Mais on se laisse porter sans jamais s’étonner de la pertinence des réflexions qui nous incite parfois à rire. En tout cas, c’est un voyage surprenant et intelligent sur la représentation du monde.

 

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