La vraie vie – Adeline Dieudonné

Quand vous voyez votre petit frère être traumatisé par la mort d’un proche, que ne seriez-vous pas prêt à faire ? Notre narratrice prévoit de trouver le moyen de voyager dans le temps. Mais est-ce la seule solution pour de nouveau former une famille ?


Dès la première phrase du roman, Adeline Dieudonné nous plonge tout de suite dans une ambiance singulière. « A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres ». Ce dernier mot provoque un léger frisson. Est-ce alors une chambre des tortures ? Non, rassurez-vous. Ce n’est qu’un espace où le père de famille exhibe ces trophées de chasse. D’ailleurs, le bonheur ne s’exprime sur son visage qu’après avoir tué des animaux. Sinon, une tension le crispe et une colère violente prend possession de lui. Tous les prétextes deviennent bons alors pour s’énerver et battre sa femme. « Et plus il parlait doucement, plus sa colère derrière allait être terrible. Je crois que c’était là le moment le plus épouvantable pour ma mère. Quand elle savait que cela allait arriver, qu’il la scrutait, qu’il goûtait sa peur, qu’il prenait son temps. Il faisait comme si tout dépendait de sa réponse. C’était le jeu. Mais elle perdait à tous les coups… ».  La mère devient un punching ball bull. La narratrice la considère comme une amibe. La seule chose qui lui donne un semblant de vie reste les chèvres dans le jardin et l’oiseau dans sa cage.

 

Ce qui lui redonne à elle le sourire c’est son petit frère. Gilles plein d’innocence, de rêve, d’espoir et d’imagination. Un jour, tous les deux allèrent chercher leur glace préférée au marchand ambulant. La narratrice prend toujours un supplément chantilly. Sauf que ce jour-là, la bombe de chantilly explosa au visage du vendeur qui se retrouva privé de la moitié de sa tête. Cette scène se déroula devant les yeux des deux enfants. En rentrant, Gilles ne dit pas un seul mot. Et depuis, il a changé de comportement. Quelque chose en lui s’est éteint. L’esprit de la hyène, animal mort dans la salle des cadavres a pris possession de son esprit. Sinon comment expliquer son attraction pour le macabre. D’abord la disparition des chats du quartier, la cassette avec les miaulements de douleur des félins puis les parties de chasse avec le père.

 

Une seule manière de changer cette situation : faire un voyage dans le temps. Elle avait d’abord demandé à une adulte assez proche de l’aider à faire un véhicule comme dans « Retour vers le futur ». Toutefois, il se trouvait que la dame croyait jouer à faire de la magie. Qu’elle n’a pas été sa déception face à cette farce. Mais rien n’est perdu. On lui a parlé de Marie Curie et sa découverte lui a donné le feu pour apprendre. Une femme scientifique qui s’est battu pour faire entendre son raisonnement et ces postulats. Elle aussi va étudier et trouvera une solution pour son petit frère. Il le mérite bien. Les résultats scolaires seront au rendez-vous, elle sautera même une classe. Les cours avec le professeur Pavlovic lui ont ouvert des portes d’incroyables savoirs. Mais est-ce suffisant ? Qu’importe, elle ne peut baisser les bras. Tout aurait pu continuer avec les cours en cachette si son père n’avait pas perdu son travail. Maintenant il reste toujours à la maison, le regard mauvais. Elle sait que depuis que son corps à changer, elle devient une proie. D’ailleurs, ne l’avait-il pas considéré comme telle lors d’une chasse avec ces amis et leurs fils ? A son retour, côtes cassés, hématomes, blessures qui lui apprirent à être encore plus forte. Même dans cet état, elle ne pouvait rater un cours avec son professeur. Lorsqu’elle entra chez lui, la réaction de sa femme était sans appel. « Mais derrière sa bouche de plâtre peinte en rouge, la vraie bouche de Yaëlle, celle que je n’avais jamais vue, celle que je n’étais pas certaine de vouloir voir un jour, a émis une plainte qui a gelé le soleil. Un long hurlement sinistre, ni humain ni animal. Elle vomissait un chagrin brut. Une douleur insondable qui semblait rejaillir après des années de silence. » Son professeur raconta l’histoire de sa femme et lui proposa son aide face à la violence de son père.

 

Malgré ces blessures, chaque jour, elle trouvait un rayon de soleil pour panser son cœur. Le très charmant judoka qui habitait dans le quartier dont elle gardait les enfants. Au début, elle ne comprenait pas ces questions des sentiments. « Ça se reniflait le derrière, sans oser passer à l’action. Les filles avaient peur de passer pour des traînées et les garçons, pour des obsédés. Alors qu’ils étaient simplement des organismes étourdis par la cacophonie de leur système hormonal en pleine mutation. Et il n’y avait aucune honte à ça. » Puis un regard, un contact avec le jeune papa, son corps frétillait de désir. Un jour dans la forêt, il a pris possession d’elle. Quel plaisir de sentir sa peau contre la sienne. Un moment gâché par la présence au loin de son père qui a tout vue. Sa cruauté va prendre encore des mesures plus importantes. Il tuera le chien devant les yeux de notre narratrice avant de s’en prendre à elle. Son regard plein de fureur prêt à la tuer. C’est ce qui serait arrivé si son petit frère n’était pas intervenu. Derrière la noirceur de son regard se cachait encore l’espoir de lendemains meilleurs. Peut-être que l’on renaît aussi dans le sang.

 

Adeline Dieudonné nous sert une histoire incroyable de beauté et de sensibilité. A aucun je ne doute que la voix qui nous raconte elle celle d’une enfant. Un langage, simple, clair qui va droit au but. Les pages se tournent doucement rythmé par notre respiration. Impossible de ne pas s’attacher à cette narratrice curieuse et bienveillante. Quelle idée brillante d’introduire une partie scientifique. Le seul moyen de changer la situation est de remonter dans le temps. Et pour essayer de réaliser cette aventure, il faut apprendre la physique. Le fil conducteur dans l’histoire est l’ensemble de ces connaissances qui au fur et à mesure s’étoffent. Elle fera même référence à Stephen Hawking qui réfute la possibilité du voyage temporel. Qui a déjà croisé des voyageurs d’une autre époque ? La narratrice le souligne, est-ce qu’il n’aurait pas la consigne de ne pas interagir pour changer le futur ? Un peu comme le principe du Docteur Who, même s’il ne le respecte jamais. Un apprentissage amené en subtilité pour éviter d’effrayer les lecteurs avec le monde scientifique. Tout est bien amené de la première à la dernière page.

 

Une lecture qui se dévore comme une barbe à papa. A peine on a ouvert le livre que l’on se rend compte que nous sommes déjà arrivés à la dernière page. Une lecture étonnante qui saura séduire biens des lecteurs.

L’avis de Pativore :  » La vraie vie est un roman initiatique puissant, intense, avec une pointe de mystère voire de fantastique et de suspense, presque un conte macabre ; le style est maîtrisé, ciselé, subtil et je ne regrette pas d’avoir poursuivi ma lecture malgré la haine que j’éprouvais pour ce brutus des temps modernes. »

L’avis de Folavrilivres : « Prenant et angoissant, La Vraie vie est un roman coup de poing que je ne suis pas prête d’oublier. »

L’avis de Motordus d’Anne Ju : « Alors il faut lire ce premier roman ! Il faut l’offrir, en parler. Il peut faire mal. Il va peut-être rouvrir des blessures chez l’un ou chez l’autre. Mais dites vous que c’était peut-être utile, qu’il fallait en passer par là. »

L’avis de Plaisir à cultiver : « Un conte terrifiant où la tension grandit au fil des pages. »

L’avis de A bride abattue : « L’auteure avait encore le mot hésitant pour expliquer l’élan qui l’avait portée pour faire ressentir la peur et la souffrance de cette gamine, la violence subie (et rendue) … Elle disait qu’en cherchant les ressources de son personnage, elle avait essayé de trouver les siennes et c’est vrai que c’est exactement ce que j’ai curieusement ressenti en moi-même au fur et à mesure que j’avançais dans le récit. »

10 réflexions sur “La vraie vie – Adeline Dieudonné

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  3. Très bon roman, effectivement, mais pour moi sans plus. Je ne comprends pas l’emballement médiatique… Dans les blogs, c’est plus équilibré : les avis enthousiastes cotoient les avis plus mitigés. Mais dans la presse, je n’ai pas lu une seule critique un tant soit peu négative… Cela m’interpelle…

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