Le baron perché – Italo Calvino

lebaron

Il y eut un dîner à mourir d’ennui tant ces gens firent de salamalecs; ils avaient avec eux leurs fils, un muscadin, un pisse-vinaigre en perruque.

Il comprit que les associations renforcent l’homme, mettent en relief les dons de chacun et donnent une joie qu’on éprouve rarement à vivre pour son propre compte : celle de constater qu’il existe nombre de braves gens, honnêtes et capables, tout à fait digne de confiance. (Lorsqu’on ne vit que pour soit, on voit le plus souvent les gens sous leur autre face, celle qui nous force à tenir constamment la main sur la garde de notre épée).

Côme devait le comprendre plus tard : lorsque le problème comme n’existe plus, les associations perdent leur sens, et mieux vaut alors être un homme seul qu’un chef.

Tout cela était bien beau : mais moi, j’avais l’impression que mon frère, outre sa folie, tombait dans l’imbécilité chose plus grave et douloureuse; soit en bien, soit en mal, la folie est une force de la nature, mais l’imbécilité n’en est qu’une faiblesse, sans aucune contrepartie. 

C’était comme une broderie faite sur du néant, comme ce filet d’encre que je viens de laisser couler, page après page, bourré de ratures, de renvois, de pâtés nerveux, de tache, de lacune, ce filet qui parfois égrène de gros pépins clairs, parfois se resserre en signes minuscule, en semis fins comme des points, tantôt revient sur lui-même, tantôt bifurque, tantôt assemble des grumeaux de phrases sur lit de feuilles ou de nuages, qui achoppe, qui recommence aussitôt à s’entortiller et court, court, se déroule, pour envelopper une dernière grappe insensée de mots, d’idées, de rêves – et c’est fini. 

Côme Laverse du Rondeau
Il vécut dans les arbres
Aima toujours la terre
Monta au ciel

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4ème de couverture
Monté à douze ans dans les arbres, Côme, baron du Rondeau, décide de ne plus jamais en descendre. Nous sommes en 1770. Des années plus tard, toujours perché, il séduira une marquise fantasque et recevra Napoléon en grande pompe.
Autoportrait, conte philosophique, Le Baron perché est une éblouissante invention littéraire, où Côme circule au milieu des yeuses comme Calvino dans les lignes.

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Côme n’est pas un homme ordinaire. Suite à une dispute avec son père il décide de monter dans les arbres et ne plus jamais de sa vie il ne descendra. Cela peut paraître simple comme résumé mais bien d’autres choses en découle. Partagé entre un conte philosophique et les folles aventures du baron de Munchausen, j’ai été emmené à la cime des arbres.

Côme cite Voltaire, devient un noble particulier à la fois sage et fou. Les arbres et la nature n’ont plus de secret pour lui. D’ailleurs les hommes aussi commencent à ne plus avoir de secret pour lui. De branches en branches, de feuilles en feuilles, d’arbres en arbres, de saisons en saisons, il disparait mystérieusement et réapparaît de façon toujours aussi énigmatique. Léger, secret, mystérieux, il ne reste insensible à personne. Surtout pas à moi-même. Pas à un seul moment je me suis ennuyée dans cette lecture. Bien au contraire, je tenais mes pages pour suivre les aventures de cette famille vu par le jeune frère qui aime son frère de tout son coeur.

Un délicieux moment de lecture que j’avais déjà eu lors d’une autre lecture de la trilogie Nos ancêtres. Quel écriture légère, précise et rempli d’imaginaire. Douce critique de la société en pleine effervescence qui nous fait réfléchir sur notre société, sur notre rapport aux autres et au monde.

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Les mots du dictionnaire
Apostat : Personne qui abandonne une doctrine, une opinion, un parti.
Caroubier : Grand arbre méditerranéen du bord des eaux, dont le fruit en gousse (caroube) contient une pulpe comestible, sucrée, antidiarrhéique, d’usage alimentaire et médicinal.
Muscadin : Après le 9-Thermidor, jeune élégant vêtu de façon excentrique et adversaire actif des Jacobins.
Pisse-vinaigre : Esprit chagrin et renfrogné.
Théisme : Doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu personnel, cause du monde.

L’avis de Plaisir à cultiver avec qui j’ai eu le plaisir de faire cette LC : plaisirsacultiver.wordpress.com

Du même auteur
Le chevalier inexistant

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5 réflexions sur “Le baron perché – Italo Calvino

  1. Pingback: Le chevalier inexistant – Italo Calvino | 22h05 rue des Dames

  2. J’ai vraiment passé un très joli moment de lecture en compagnie de Côme et je te remercie de m’avoir proposé cette lecture. Une fois le mois américain passé, je lirai volontiers la suite avec toi.

  3. Pingback: Challenge Ma PAL fond au soleil | 22h05 rue des Dames

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