Mon vagin, mon gynéco et moi – En finir avec les violences gynécologiques et obstétriques – Rachel Lev

Quand on souffre de douleurs vaginales, cela devient un parcours de la combattante pour comprendre d’où cela vient. Rachel Lev a décidé de partager son aventure pour « En finir avec les violences gynécologiques et obstétriques ». Attention, certaines scènes risquent de choquer les âmes sensibles.

4ème de couverture
Sexisme, actes médicaux brutaux, paroles déplacées ou culpabilisantes, humiliations, absence de consentement…

Parce que tout au long de leur vie, dès la puberté, les femmes mettent leur corps entre les mains des gynécologues, il est plus que jamais important de briser le silence et de dénoncer ces violences gynécologiques et obstétricales.

Loin d’être un texte à charge, cette bande dessinée tend à informer en retraçant l’histoire du corps de la femme et sa place dans la médecine, et à donner les armes pour se protéger et se défendre face à ces abus.

Mon avis
Tout commence ainsi : « Voilà, je vais vous raconter l’histoire de mon vagin, mon gynéco, et moi. » L’image qui accompagne est au combien parlante. On voit la dessinatrice qui s’est représentée nue sur le siège du gynécologue, les larmes aux yeux disant « Stop » quand elle voit arriver le praticien avec un spéculum à la main. Une situation qui va parler à de très nombreuses personnes. Elle aime la vie, profiter de ses ami.e.s, sortir mais voilà qu’il y a une ombre au tableau : ses règles. En surfant sur internet, elle découvre le témoignage d’une femme qui parle de l’endométriose qui lui parle beaucoup. Ni une, ni deux, elle prend rendez-vous avec une gynécologue pour en avoir le coeur net. Le jour J rien ne se passe bien, ni l’accueil, ni l’écoute, ni le respect. Et elle a droit en bonus à : « L’endométriose? N’importe quoi. C’est le mode en ce moment. Croyez-moi, vous n’avez rien. Vous avez juste besoin d’un bon psy ». Elle ne veut pas baisser les bras et va voir un homme qui sera peut-être plus ouvert et à l’écoute. Bim, même constat et ce dès son arrivé toutefois il arrive à une conclusion rapidement : « c’est effectivement de l’endométriose ». Sans plus d’explication, il veut déclencher une ménopause artificielle. Une recherche sur internet lui confirme que ce déni de considération est quelque chose d’ordinaire qui se nomme les violences gynécologiques et obstétricales. Bien des professionnels se permettent d’un abus d’autorité et abus de pouvoir.

Pourquoi est-ce si banalisé le sexisme, l’hystérie féminine, la domination masculine, l’émotivité des femmes, le sexe faible, le patriarcat, les inégalités? Un voyage dans le temps suffit à tout expliquer. Pendant la préhistoire, on trouvait une certaine égalité femme/homme dans la société. On glorifiait la fertilité à travers des sculptures féminines. La sédentarisation modifie les rôles autour du prêtre, du guerrier et du protecteur à domaine masculine. Pendant l’Antiquité, les hommes théorisent le corps et la santé des femmes. L’accouchement et les soins médiaux restent la panacée des femmes. Au Moyen Age, les choses évoluent et pas dans le bon sens du terme. La femme descend directement d’Eve donc c’est une diablesse et une tentatrice. Il faut alors la contrôler par le mariage et qu’elle fasse des enfants. Et il faut se méfier de ces matrones qui gèrent l’accouchement et qui connaissent les plantes qui soignent. A la Renaissance, on remet l’homme au coeur des préoccupations. Sans surprise le discours sur la femme est d’un autre ordre. On sexualise son corps. On retire aux matrones et guerrisseuses de s’occuper du corps de la femme qui rentre dans le domaine des connaissances des hommes. D’ailleurs, pour la peine on va brûler vives pendant 200 ans. Une conscience s’éveille pendant la Révolution française que cela soit dans les salon de l’aristocratie ou dans la rue. Olympe de Gouges en sera une fière représentante qui finira guillotinée. Sous Louis 15, Angélique de Coudray maîtresse sage-femme, traverse la France afin d’enseigner sa savoir scientifique et anatomique aux sages-femmes des campagnes. La révolution industrielle donne une nouvelle dimension à l’égalité. En effet, d’un côté le code napoléonien infériorise les femmes qui appartient à un homme et vaut autant qu’un enfant. Elles peuvent aller à l’usine et gagner de l’argent. James Marion Sims invente le spéculum après des expérimentations sur des esclaves. Pour les femmes qui souffrent d’hystérie, on leur imposait souvent la clitorectomie et parfois des cures de masturbation. En 1944, les femmes acquièrent le droit de vote puis en 1967, le droit à la pilule contraceptive. Au 21ème siècle, les réseaux sociaux prennent le relai et la parole se libère. Le corps des femmes subit encore le poids du patriarcat. De nouvelles maladies sont découvertes comme le vaginisme qui provoque des douleurs lors de la pénétration ou la vulvodynie. Pourquoi alors malgré le progrès toujours ces violences gynécologiques? Elle prend de bien nombreuses formes comme la non-prise en compte de la gêne et du caractère intime de la consultation. En effet, pour le professionnel, la personne est juste une corps un paiement. Ou les propos porteurs de jugement sur le poids, la taille, être nullipare… Ou bien encore les injures sexistes, les actes exercés sans consentement, les actes (ou refus d’actes) non justifiés, les agressions sexuelles et viols… Malheureusement le sujet est vaste et il ne faut pas rester avec sa souffrance. Il faut soigner le traumatisme soigner les maux par les mots. Et quand un acte ne vous respectera pas dire non, un peu difficile à faire face à un sachant. On doit compter notre peur face à la référence d’autorité, notre intégrité en dépend.

Rachel Lev propose un livre brillant, sensible et audacieux pour parler ouvertement et sans tabou des violences gynécologiques et obstétricales que subissent bien trop de femme. Notre corps nos lois et le respect avant tout. Même si nous ne sommes que des clientes et des numéros de dossier, cela ne veut pas dire que l’on n’est rien ni que l’on ne vaut rien. L’éthique, les droits de l’homme et le droit le disent, il reste maintenant à le faire respecter. Se faire soigner ne devrait pas une zone de peur et de stress. La dessinatrice fait passer le message avec beaucoup de pédagogie et une dose d’humour. A lire et à prêter à votre entourage, même à ces messieurs.

Un très bon livre girl power qui parle ouvertement du respect des corps et des individus.

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