Vivian Maier – Musée du Luxembourg

Vivian Maier déambulait à New-York et Chicago avec son appareil photo. Elle saisissait l’instant avec un oeil très exercé. Que diriez-vous d’en savoir plus sur cette photographe amateur?

D’où vient Vivian Maier?
En juin 1914, Maria Jaussaud, 17 ans, quitte la vallée des Hautes-Alpes, son village de Saint-Julien-en-Champsaur pour New-York. Elle va retrouver sa mère, Eugénie, cuisinière dans une riche famille américaine qui paie la traversée. Une femme qui a quitté, à 20 ans, sa terre natale quand sa fille avait 3 ans. L’enfant était un « accident » ce qui lui pesait socialement. Le père n’a jamais voulu reconnaître sa progéniture. Mais les retrouvailles ne se passent pas comme prévu. La demoiselle ne veut pas d’un travail difficile, ne veut pas être couturière ou bonne. Une chance, elle rencontre un homme qui partage ces aspirations : Charles Maier. Violence, alcoolisme, mensonge, manipulation sont les maîtres mots du couple. Ce qui n’empêche pas la naissance d’un premier enfant, Karl ou Charles, selon les familles. Assez jeune, les services sociaux leur retire la garde. Maria et Eugénie, les grands-mères font du mieux qu’elles peuvent pour aider leurs enfants et leurs petits enfants. Le temps d’une réconciliation éphémère, le 1er février 1926 naît à New-York, à Manhattan, Vivian Maier. Le couple met fin définitivement à leur relation en 1927. Maria garde sa fille et tente de son mieux pour l’élever. Dans ce pays, une femme du terroir, Jeanne Bertrand a fait sa place dans le monde la photographie et de la sculpture. Le « Boston Globe » lui consacre sa une le 23 août 1902. Elle hébergera la petite famille pendant un temps.

La grande Dépression lui fait comprendre qu’il n’y a rien pour elle. Avec sa fille alors âgée de 6 ans, elles prennent le bateau en 1932. De retour en France, elles habitent dans le domaine familiale de Beauregard, chez Marie-Florentine, la soeur d’Eugénie. Vivian apprend le français et profite de ces grands espaces alors méconnus. Il faut déménager car la grand-tata a de nouveau un homme dans sa vie. Et des tensions se font sentir entre Maria et Marie-Florentine. Même si on ignore ce qui s’est véritablement passé, la femme change son testament pour le mettre au nom de Vivian. Le 1 août 1938, de nouveau les bagages se referment pour prendre le paquebot, le Normandie. La mère n’a pas une vie tranquille. L’adolescente va être aidé par Berthe Lindenberger qui accueille des enfants en difficulté tout comme Emilie Haugmard, institutrices investies.

Vivian Maier et sa mère

En 1943, elle a 17 ans et doit trouver un travail. Elle teste opératrice de saisie et vendeuse d’accessoires à la mode. La grand-mère maternelle disparait en 1947. Puis c’est au tour de Marie-Florentine et d’Eugénie en 1948. Et en 1975, Maria meurt seule. Vivian est maintenant seule au monde. Avec son Kodak, qui l’accompagne partout, elle photographie un peu tout. En 1950, elle retourne en France pour gérer son héritage. L’accueil n’est pas si chaleureux car beaucoup convoitent la terre. Et ils pensaient tous arnaquer la petite américaine pour avoir le terrain pas cher. Malheureusement pour eux, la demoiselle n’est pas dupe. Elle empoche une somme de 33 000 dollars, une fortune pour l’époque. En 1951, retour dans son pays d’origine où elle s’offre un magnifique cadeau : un Rolleiflex, un format carré 6 x 6, des pellicules de 12 poses. Assez vite, elle doit trouver un emploi et devient nounou.

A la mort de son amie Berthe, elle part à Chicago pour continuer son travail de nurse. A nouveau, la ville se fait dévorer par les clichés. On y voit beaucoup de femmes. En 1956, elle entre au sein du service de la famille Gensburg. La société change avec les déhanchements d’Elvis Presley, la ségrégation est contraire à la Constitution, la guerre du Vietnam. Elle fera un petit de tirage photo. En 1959, elle pose un congé de 6 mois pour aller faire le tour du monde. On en trouvera des traces photographiques. Elle ira du Pacifique à l’Atlantique, Yémen, Egypte, Thaïlande, France… Son dernier voyage sera sur sa terre de coeur qui a bien changé après tant d’année. Personne ne lui ouvre les bras. Après 17 ans à leur service, elle restera en lien avec eux malgré tout. Elle était pour les jeunes garçons comme une seconde maman. A partir de 1972, les familles se succèdent jusqu’à ces 70 ans. John, Matthew et Lane Gensburg, qu’elle a élevé pendant 17 ans, la découvrent faire les poubelles. Ils décident alors de lui trouver un petit logement à Roger Parks et de payer son loyer. Par contre, le garde-meuble avec son accumulation d’objet n’est plus payé.
En 2008, Vivian Maier fait sa ballade comme tous les jours. Puis elle vint à tomber ce qui l’oblige à faire un séjour à l’hôpital. Ces bienfaiteurs l’a place alors dans une maison de repos. Le 26 avril 2009, elle meurt. Quelques jours plus tard, les 3 garçons publient un avis de décès dans le « Chicago Tribune ».

Portrait urbain de Vivian Maier par Eduardo Kobra, Chicago, Illinois • Crédits : Photographié par Raymond Boyd – Getty

Comment a t’on découvert les photographies de Vivian Maier?
En 2007, John Maloof acquière lors d’une vente aux enchères un lot pour 400 dollars. Il cherchait des photos ou des cartes postales de Portage Park pour illustrer un projet de livre sur ce quartier de Chicago. Deux ans plus tard, en ouvrant les éléments, il est déçu car il ne trouve rien en rapport avec ce qu’il voulait. Pourtant, les photographies ne le laissent pas insensibles. L’agent immobilier de 25 ans ne se sent pas apte pour évaluer la qualité des images. Sur Flickr, il dépose 200 clichés pour voir le retour des visiteurs. A sa plus grande surprise, les retours sont tous positifs et encourageants. On lui demande où l’on peut voir d’autres tirages en vrai, qui est l’artiste. Sur ebay, il vend quelques photos pour rentrer dans ces frais. Toutefois, il n’en reste pas là. Sa curiosité est piquée et il veut aller plus loin. Sur une enveloppe en petit apparaît Vivian Maier. Une recherche sur internet lui fait trouver un avis de décès. Un appel à la famille lui confirme que c’est bien elle. Cette photographe était nounou comme indiqué sur l’unique preuve d’attachement de cette famille éphémère : « Critique de cinéma et photographe extraordinaire ». Il y a un trésor a déterré. Alors il va exploiter tout ce qu’il a en faisant des tirages de ces pellicules. L’artiste n’a pour la majorité jamais vue le résultat. Il choisit les meilleurs professionnels pour faire les tirages dans le format de la prise. Le tout sera exposé dans un centre culturel à Chicago qui remporte un vrai succès. Il va même réalisé un documentaire avec Charlie Sisket nommé « Finding Vivian Maier ».

En parallèle, il rachète tout ce qu’il avait dans le conteneur. Jeffrey Goldstein lui aussi partira en quête et récupère 16 000 négatifs, 1 000 tirages, 1 500 diapositives en couleurs, 2 500 bobines de pellicules et 30 films de 16 millimètres qu’il garde en parti pour lui.

On sait qu’il existe environ 50 000 images et que seulement a entre 3 000 et 4 000 ont été tiré du vivant de l’artiste en herbe.

Les grands thèmes abordés
En pleine ségrégation raciale, elle photographie les hispanos, les noirs, les exclus, les marginaux, les bourgeoises, les travailleurs, les sans-abris, les fous… Elle montre la crasse sur les vêtements, les enfants qui pleurent, des femmes épuisées… On est bien loin de l’image nostalgique de Doisneau. D’autant c’est une femme qui va dans les zones un peu risquées et elle échange avec les gens. Elle les filme, les prend en photo et les enregistre pour recueillir des témoignages.


Les autoportraits

© Estate of Vivian Maier, Courtesy Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, New York, Les Douches la Galerie, Paris• Crédits : Vivian Maier

La rue

Les deux photos ci-dessous montrent une chose très importante sur l’éthique photographique d’une artiste décédée. John Maloof avec des professionnels ont choisi de faire le tirage de la photographie dans son entièreté. En dessous, on voit le tirage avec le cadrage choisi par Vivian Maier. La différence est de taille. Son cadrage rend la photographie moins intéressante car on voit moins les jeux graphiques.

Le voyage

Bibliothèque publique de New York, v. 1954 Tirage argentique, 2012
© Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

Enfance

Chicago, 1968, Tirage argentique, 2014
© Estate of Vivian Maier, Courtesy of Maloof Collection and Howard Greenberg Gallery, NY

Une exposition qui émerveille et surtout qui intéroge surtout sur le regard que l’on pose sur une photographie et son cadrage.

Bande son à écouter dans l’exposition : https://soundcloud.com/emilieweibel/autoportraits?utm_source=clipboard&utm_campaign=wtshare&utm_medium=widget&utm_content=https%253A%252F%252Fsoundcloud.com%252Femilieweibel%252Fautoportraits

En savoir plus :
– Emissions sur Radio France : https://www.franceculture.fr/oeuvre/une-femme-en-contre-jour
– Reportage Arte :

Où voir l’exposition?
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard 
75006 Paris

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s