Retrouver Ganesh – Adrien Houillère

Que diriez-vous de découvrir le travail du chorégraphe franco-sri-lankais Vimal? Adrien Houillère armé de son crayon et de son imaginaire, va nous faire rencontrer un artiste qui doit faire face à son passé et son présent. Les mots et les mouvements s’entremêlent pour nous faire réfléchir et s’émerveiller à la fois.

Tout commence avec un paysage semi-désertique où l’on voit quelques arbres et des poteaux électriques. Et cette phrase en haut de page : « Quand Vimal m’a raconté son départ du Sri Lanka, il a évoqué plusieurs souvenirs dont ceux-ci que j’avais notés sur un bout de carnet ». Son ami avait une veste mauve car où il allait les températures sont plus fraîches. Son voyage a été une suite d’évènements assez surprenants comme le plateau repas dans le train où il y avait de la salade. Pour lui, c’est ce que mange les animaux. L’eau en bouteille n’avait vraiment pas le même goût que celui de son pays natal. La France est un tout autre monde. Le temps passant, il a appris à s’adapter et trouver sa voix comme danseur chorégraphe. Maintenant il a une double culture et il a demandé à son ami dessinateur de dire à sa façon, son histoire. « Pour y apporter un autre regard. La danse et la bande dessinée ». Alors il lui révèle son passé, ses pensées, ses références en littérature, en philosophie… Tout va vite. Deux conceptions du monde se rejoignent et doivent se comprendre. Alors le dessinateur va là où tout commence. « J’ai attrapé le petit bonhomme Google par la peau du cou et je l’ai lâché au hasard au bord du lac de Vavunikulam. » Une recherche complétée avec un pendant historique pour avoir un regard plus général. Toutefois, le but n’est pas d’exposer l’histoire d’un pays mais le témoignage d’un homme. Son ami lui montre le travail qu’il réalise actuellement en résidence. Un déclic se fait. Vimal évoque sa rencontre avec la danse, le mélange entre le hiphop et la danse indienne. Il faut un nom de scène qui sonne contemporain ce qui ne l’empêche jamais de danser partout. « Je suis devenu danseur professionnel. » Il a la nationalité française, possède sa compagnie, donne des cours, possède un petit chez soi… Et pourtant, il fait encore face au racisme, à la défiance, à la peur. « Je suis toujours trop Ganesh apparemment ». Une tension apparaît entre les deux compères suite à une discussion. Il faut trouver une solution à cela et pourquoi ne pas commencer par une introspection personnelle. « Personne n’a jamais réduit ma personnalité aux caractéristiques supposées du groupe auquel j’appartiens. Je n’ai jamais été contraint dans mes choix à cause de l’appartenance à ce groupe ». Une réflexion qui amène à un partage pour la création d’un nouveau lien, d’un nouveau regard sur le spectacle en filage. « Essayer de s’exprimer sur la pratique de l’autre nous renvoyait tous les deux à nos incomplétudes. Mais quand chacun se mettait à raconter ce qui le stimulait dans son domaine, les connexions se mettaient à apparaître. » Le travail se poursuit sur la partie où Vimal retourne sur sa terre natale. « Mais j’aime l’idée d’une histoire qui soit l’adaptation de la réécriture de l’improvisation d’un rêve fictif inspiré d’une histoire vraie ». On part alors dans un train vers Belfort, où l’on voit un paysage avec des vaches, Ganesh, une jolie femme blonde…. Et s’en suit une danse fusionnelle entre Vimal et Alice. Une femme qui apporte un soleil réconfortant dans la vie de son ami. « Il veut découvrir qui est Alice au pays des vaches sacrées ». A partir de là, une prochaine aventure va s’écrire.

Adrien Houillère apporte un regard personnel sur une rencontre, sur un ami, sur la danse, sur les sentiments et sur l’assemblage de tous ces éléments. Une affaire à la fois troublante et enrichissante. Avec des couleurs chaudes et un dynamisme dans la mise en page, il emporte le lecteur dans son aventure autant graphique, phycologique que sentimentale. Au début, à travers des petites cases superposées, le dessin prend le dessus sur le texte avec des plans sur des mains, des bulles qui s’accumulent, des gros plans de visages, des morceaux de nature… Tout cela montre la quantité de données sur tous les domaines reçues. Puis les cases réoccupent l’espace, comme s’il fallait poser calmement les choses pour mieux se les approprier concrètement. La pensée cartésienne reprend le dessus. Néanmoins, c’est un récit personnel qui est demandé, alors la mise en page se modifie au fur et à mesure que la perception de la démarche deviennent de plus en plus limpide, plus au moins sensible. Les mots de l’ami deviennent le chemin d’une quête de soi, de son identité. Le corps du danseur prend sa place et se meut. Le graphisme accompagne ces mouvements si rarement représentés dans la bande dessinée. La couleur va devenir dans des nuances de vertes reproduisant une chorégraphie. « Après plusieurs séances, je me mets à préparer en amont des quadrillages de trois sur quatre dans lesquels je dessine directement. Le format réduit me contrait à focaliser mon attention sur les détails. » Quand l’échange redevient plus personnel, les teintes redeviennent plus sombre, terre, blanc, noir… On pourrait presque y voir une références aux fresques et vases grecques avec ce rapport de trois teintes. Une façon de marquer dans l’Histoire ce récit réel, de laisser une trace dans laquelle des gens pourraient se reconnaître. Ces alternances de tonalité reflètent les différentes périodes d’échanges qui parfois peuvent être tendu. Au final, le travail montre une grande cohérence car ce récit d’apprentissage parle en effet de la danse, des différences culturelles et de quête d’identité. Cela ne concerne pas seulement le danseur qui a pour pseudonyme Vimal cela concerne aussi le dessinateur qui aussi s’interroge sur lui, sur le changement, sur son ressenti surtout en période difficile. Ainsi que le lecteur soit ou non un adepte de la danse, cela n’a aucune importance. On le met face à son humanité, ses contrariétés, sa curiosité, son intolérance… Un jolie chemin de réflexion qui ne laisse personne indemne à la fin de l’ouvrage. On a envie de s’enrichir des autres, de leur passé et de ce qu’ils en ont fait maintenant pour devenir ce qu’ils sont.

Un jolie ouvrage, singulier et magnifique qui sublime l’homme et sa quête de soi.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s