Voyage autour de ma chambre – Aurélie Herrou et Sagar

Il n’est pas facile d’avancer sereinement dans la vie sans connexion au numérique. Mais parfois la nature en décide autrement et il faut s’adapter. Seul face à soi, il faut faire un bilan.

« J’ai entrepris un voyage de 10 jours autour de ma chambre. Les observations intéressantes que j’ai faîtes, et le plaisir que j’ai éprouvé en chemin m’ont donné envie de le rendre public, la certitude d’être utile m’y a décidé ». Voilà ce nous annonce le prologue. Franck Clavier est au chômage et il a vraiment besoin de travailler. Seulement voilà, dame nature fait d’autre choix pour vous. Un orage violent a grillé son téléphone et son ordinateur portable. Il va falloir qu’il patiente quelques jours pour tout récupérer. Comment faire si longtemps sans connexion? Partout, il voit tous ces outils qui permettent d’appeler, d’aller sur les réseaux sociaux, de se photographier… Comment s’en sortir? Le mieux serait de rester chez soi pour attendre l’appel du réparateur pour récupérer ces précieux. Une occasion de ressortir le téléphone fixe qui dormait dans un carton. Le manque très vite se fait sentir même en regardant par sa propre fenêtre. Sans téléphone pas de chronomètre pour faire cuir ces œufs. Pour écrire à quelqu’un, comment faire pour trouver son adresse sans internet? Le temps s’écoule très différemment. « Et l’éternité, c’est long. Surtout au début ». Rien de tel pour se sentir un peu égaré. Heureusement l’horloge parlante est toujours là et donne toujours le bon horaire à la seconde prête. Seulement voilà, nous sommes mercredi, 12h00 et c’est un jour particulier. Il a un rendez-vous professionnel très important. Comment se réveiller sans son téléphone? Comment prévenir que l’on arrive en retard puisque le numéro de téléphone est dans le portable? Qui a encore un bottin? Il faut s’adapter. A table avec des amis, comment ne pas s’énerver car tous sont devant leur machine sans vraiment échanger avec leurs proches? Au final, rien de tel que d’être chez soi à écouter les disques sur une platine, replonger dans un bouquin, rêver… « Et le sommeil! Quel privilège de lire en rêve certains romans d’aventures jamais écrits! » Une chose au combien réconfortante qui vient parfois compléter les mensonges que l’on se raconte à soi-même. Les écrits dans le monde virtuel viennent cacher les choses que l’on ne veut parfois pas s’avouer. Son ex ce n’était plus vraiment le grand amour, alors pourquoi s’attacher autant? Etais-ce alors que de la représentation? Les réponses sont sans appels. « Une pratique très simpliste et très humaine consiste à chercher des boucs émissaires qu’on voudrait trouver coupables de la complexité du monde. Mais le monde est complexe et c’est notre défaillance de vouloir l’oublier ». Et avec la révolution numérique, les choses vont beaucoup plus vites. Et c’est une façon aussi de moins voir la misère présente partout surtout sur Paris. A soi de définir les futilités réelles ou non de sa vie, de ce qui reste nécessaire de ce qu’est l’illusion.

Sagar nous plonge dès les premiers dans son univers graphique. Un crayonné noir fort présent et des teintes assez sombres. Il y montre une société toujours connectée qui fait assez peu attention à ce qui l’entoure. Ainsi les passants vont et viennent avec des icônes à leurs côtés qui représentent aussi bien les réseaux sociaux, les mails, les jeux… Rare sont ceux seuls avec eux-même. Une représentation très semblable à la réalité, surtout des grandes villes. Une façon très réaliste de montrer une difficile réalité sociale. Les gens connectés sont partout que cela soit dans les transports en commun ou à table avec des connaissances. Mais comment faire quand on doit être déconnecté et pas par choix? Une pensée dans l’air du temps qui interroge la personne que nous sommes, nous le lecteur. Pouvons-nous encore exister sans présence sur Insta, Facebook, Twitter…? Pouvons-nous juste être dans le monde réel sur numérique? Un questionnement philosophique dans l’air du temps. On ne compte pas les ouvrages de sociologie sur le sujet, ni les débats à la télévision. La réponse ne peut être catégorique. Néanmoins l’Homme ne s’adapte t’il pas aux nouvelles techniques pour mieux cacher son ressenti, son mal-être, sa souffrance…? On va maintenant jusqu’à des lieux où il faut laisser son téléphone à l’entrée pour échanger en harmonie avec les autres. Les nouvelles habitudes amènent toujours de l’innovation dans la non-pratique. Aurélie Herrou trouve une façon élégante d’interroger l’humain face à la modernité pour gérer sa solitude, sa détresse ou le besoin des autres. Le narrateur se raconte et passe par différentes phases au fur et à mesure que le temps passe. Son contre-héros est un curieux qui parle de musique, de peintures, de cinéma… Certaines représentations ne sont pas sans rappelées le roman-photo. Sa curiosité l’a poussé vers de nombreux chemin qui ont permis à la construction de son identité et de ses réflexions. Seul chez soi, sans ordinateur et sans téléphone tout prend forcément une autre dimension. Entre philosophie et un peu de folie, chacun d’entre nous se retrouve un peu dans des attitudes ou/et usages. Chacun de nous est passé à un moment ou à un autre à une phase d’interrogations sur soi, ses pratiques, ses actions ou non pour changer les choses… Une façon de faire sa catharsis à l’aide du neuvième art pour trouver le chemin de rédemption ou de l’ignorer ou d’imaginer un plus juste milieu.

Le téléphone rend addict, vous ne le saviez pas? Que diriez-vous de le laisser de côté pour voir et réfléchir.

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