Open Space – Pandémie, télétravail et autres contrariétés – James

Que diriez-vous d’aller jeter un coup d’oeil critique au monde du travail? Rien de tel qu’un petit séjour dans un open space pour une plongée directe en absurdie. La pandémie, le télétravail et d’autres contrariétés n’ont rien arrangé.

Depuis plusieurs années James brosse un portrait assez piquant sur le monde du travail avec sa série « Dans mon Open Space ». Il publie également des gags dans la très sérieuse revue « Challenge » depuis 2017 et qui sont réunis ici dans un tome. Le monde de l’entreprise ne manque pas de sujets à aborder que cela soit les augmentations, la confiance dans le salarié, le manager, la collaboration, le respect, le respect et la mise en application des nouvelles lois, les gilets, la loi RGPD, le bruit, le non équilibre vie personnelle-vie professionnelle, le prélèvement à la source, la réforme des retraites, les profits données aux actionnaires et pas partager avec les collaborateurs…. Et la pandémie a donné lui à des règles changeantes régulièrement, il y en a de quoi rire (même jaune). En plus, comme au boulot on doit garder son masque, vous pourrez vous moquez sans que cela se voit.

Pour la forme, James ne change pas sa formule gagnante très classique avec un gaufrier en six cases. Les personnages anthropomorphiques sont les même depuis des années avec le patron au corps d’hippopotame aux dents acérées , le rh canard, le commercial en boeuf, le cadre moyen en chien… Un graphisme qui n’est pas sans nous rappeler le travail de Lewis Trondheim. Pour la partie couleur, Patrice Larcenet apporte une dose de douceur pour mieux refléter ce monde de brut, injuste et misogyne… le capitaliste trop ordinaire. Car l’univers du bureau et de son organisation restent magnifiquement représentés dans le fond et la forme tel le souci d’approvisionnement de matières premières venant de Chine, le boycott des produits français aux Etats-Unis, l’évolution des lois en GRH, la mort de l’anthropologue David Graeber, inventeur de l’expression bullshit jobs, qui avait « mis du sens au non sens« .

Open Space : pandémie, télétravail et autres contrariétés - Par James - Dargaud

Avec la pandémie, le télétravail a été mis de nouveau sur la table de réflexion des entreprises. Pour nombreuses d’entre elle, cela demande une revisite de leur culture d’entreprise. Lors d’un gag, le patron discute avec le responsable RH qui demande s’il est possible que des salariés fassent du télétravail suite à une grève SNCF, la réponse est sans appel : « Euh… mais si je ne les ai pas sous la main pour les surveiller, comment est-ce que je peux être sûr qu’ils travaillent? ». On pourrait prendre cela pour de l’ironie pourtant la réalité professionnelle est bien là. La notion de confiance est bien souvent inexistante. Le contexte a contraint bien des structures à mettre en place le télétravail et même le chômage partiel. Une modification qui demande également aux salariés de s’adapter en restant chez soi surtout pour les commerciaux, à garder des rituels comme se laver, se raser, s’habiller tous les jours, gérer les enfant h24, faire la cuisine… « Je me suis rendu compte que le déjeuner n’apparaissait pas tout seul par magie comme à la cantine ».
Le coronavirus a demandé aux entreprises d’innover dans leur méthode de travail. Un changement qui n’est pas au goût de tous comme le patron : « Mais c’est quoi ce virus qui se transmet de l’homme au business? ».

Le gouvernement n’est pas en reste de l’incohérence de certaines décisions en entreprise. Les annonces se font sans être annoncées à l’avance, elles ne sont pas prise en concertation avec les secteurs concernés et de ce fait cela créer des problèmes après. Un salarié a attrapé la covid, que faut-il faire? Personne pour vraiment répondre car les structures que cela soit médecine du travail, l’agence régionale de santé ou CPAM n’ont pas d’informations. Tu te débrouilles comme tu peux. L’état agit et après elle fait la pédagogie et la communication. Le patron en perd ces repères : « Bon sang, cette épidémie d’injonctions contradictoires devient incontrôlable. »

Changer les modèles de déplacement pour aller au bureau en favorisant le covoiturage par exemple. Une idée soutenue par le patron qu’un salarié vient chercher chez lui suite à une grève des transports et une panne de voiture. « Ben oui, c’est du bon sens de favoriser l’optimisation des ressources par leur mutualisation ». Toutefois, quand il est question d’aller plus loin dans le travail ensemble, en cogestion, la réponse est toute autre. « Ah, on est passés sous un tunnel… Tu disais? ».

La communication peut se développer aussi mais plus donner l’impression de vouloir changer les choses que faire de véritable changement. « Le team-building, ce n’est pas de la poudre de perlinpinpin. Pas de carabistouilles entre nous, on est sur le système à la fois bottom-up et top-down. J’ai donc besoin de votre feed-back, mais sans calembredaines, hein, sans bullshit ». Une élégante façon de faire croire au collaboratif intergénérationnel. Un discours absurde rempli d’une réalité malheureusement concrète.

Beaucoup de structures n’augmentent leurs salariés que lorsqu’ils veulent partir ou donnent leur démission quand ils ont des aptitudes particulières. On ne récompense plus souvent la qualité et l’investissement des personnes. Parfois, il faut y aller au bluff et dire que l’on est chassé. Seulement voilà : « Je connais la technique. Tu fais le pari que je vais te faire spontanément des propositions d’évolution et d’augmentation pour éviter que tu partes.  » Néanmoins des critères restent à prendre en compte : « Mais je fais le pari que tu ne risqueras pas 6 mois de période d’essai ailleurs à près de 50 ans… l’autre règle du jeu… ». En effet, parmi les trois critères discriminants, l’un est l’âge. Après 50 ans, il devient très difficile de retrouver du travail.

Les lois évoluent comme soutenir financièrement les gens qui démissionnent de leur entreprise afin d’accroître des facteurs de précarité. Par contre « il faut les démissionnaires aient un projet professionnel solide en cours ». Cela signifie pour le patron une donnée pas très appréciable : « tu veux dire que c’est une loi pour inciter les salariés dynamiques et aventureux à démissionner?? ». Une évolution dans la loi qui reste très conditionnée sans prendre vraiment en compte les détresse que cela peut engendrer de travailler dans certaines structures. Les gens qui ont des compétences spécifiques trouveront sans souci un autre travail ailleurs sans passer par la case Pôle Emploi.

James cite avec beaucoup de sarcasme la phrase d’Emmanuel Macron qui restera culte « Je traverse la rue et je vous trouve » un travail dit-il à un chômeur de longue durée. Si c’était aussi facile y aurait-il autant de gens inscris au Pôle Emploi/Cadre Emploi? A moins, qu’ils soient tous des profiteurs du système. Après tout, il existe des secteurs où c’est difficile de trouver du personnel comme boucher ou serveurs. Est-ce aux individus à s’adapter au secteur et pas le secteur à des compétences existantes?

Le libéralisme est une pratique très soutenue par les politiques publiques successives. Néanmoins, ce système peut atteindre vite certaines limites surtout lorsque cela concerne la solidarité des salariés envers leur structure. Le libéralisme, le patron le définirait ainsi : « Prôner l’individu, l’initiative personnelle… Valoriser le libre arbitre ». Ce à quoi le collaborateur répond : « Ok, tous unis pour le chacun pour soi… et donc? ».

Le fait de féminiser le nom de métier est un petit pas qui montre la volonté d’égalité professionnelle auxquelles les lois obligent depuis des années. Le patron se trouve ravie de cette nouvelle même si « Assistante, standardiste, femme de ménage, hôtesse d’accueil, ça fait un moment qu’on a féminisé les fonctions par respect pour les femmes. » Ce à quoi la directrice du maketing lui répond : « Oui, enfin, il faudrait maintenant féminiser les postes auxquels on n’a pas accès. » « Je parlais de Présidente-Directrice générale ». Encore de nos jours, les dirigeants restent en très grande majorité des hommes comme les responsables. Même le taux de 40% obligatoire de la loi Copé-Zimmermann dans les conseils d’administration des grandes entreprises peinent à se faire respecter. Une chance que les contrôles restent très rares.

Trouver des petites mains qui font les bases besognes cela se trouvent toujours facilement. D’ailleurs, tu peux prendre pleins de CDD et faire un roulement pour économiser. Par contre, trouver des talents et les garder est un autre défi à relever. « Il faut réussir à attirer les candidats tout en gardant les salariés en place. Se rendre attractifs, même sur des sujets qui peuvent nous sembler secondaires mais qui sont des attentes des candidats, comme l’empreinte écologique de l’entreprise par exemple. Il faut repenser notre approche des RH. » Ce qui a quoi le patron répond : « Tu veux dire qu’il faut qu’on remplace ton département RH par le service marketing? ». L’implication dans l’écologie devient un atout pour trouver des personnes qui veulent s’investir dans des entreprises plus respectueuse de la nature et des gens. De grands groupes ont même radicalement leur structure pour être plus vertueuse et faire toujours des profits. L’écolonomie a de beaux jours devant soi.

Une bd qui sent le vécu avec des situations bien trop ordinaires qui reflètent vraiment le mal-être au travail, le manque de respect et de confiance.

2 réflexions sur “Open Space – Pandémie, télétravail et autres contrariétés – James

    • Le dessin est à s’y méprendre figure toi. Par contre, les sujets abordés sont de tout ordre. Après tout Trondheim n’a pas le modèle du personnage anthropomorphique. Même si en terme de production, c’est difficile de le concurrencer.

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