Portrait de Tim

Il existe des artistes qui savent raconter des histoires. Puis il y a ceux qui sont capables de leur donner vie pour nous transporter, nous faire rire, nous faire rêver… Des créatifs doués qui manient aussi bien les mots que les crayons comme Tim tel le prouve sa dernière création « Canevas« .

Comment êtes-vous arrivés dans le monde de la bande dessinée ?
J’ai toujours dessiné et fait des bds en primaire, au collège et au lycée. C’était toujours en amateur, pour moi ou des amis. En 2006 j’ai fait une bd autobiographique (« Quotidien Survival ») que j’ai publié sur Internet. Au bout d’un mois, après ne pas avoir trouvé d’éditeur, je l’ai imprimée moi-même et vendue via mon site ou dans des festivals où j’étais invité en tant que blogueur-bd (comme le Festiblog). En 2014, après avoir publié « Un Feutre dans ma Limonade » sur Internet, j’ai contacté les Editions Lapin pour leur proposer de la publier. A ma surprise, ils furent plutôt séduits par « Quotidien Survival », qui sortit en 2015. C’est à ce moment que je considère être entré dans le monde de la bande dessinée.

Comment avez-vous trouvé votre style graphique si original ?
En 2006, près avoir sorti « Quotidien Survival », que j’avais publié sur Internet, j’ai réfléchi à ouvrir un blog-bd où je parlerai de tout et rien. Comme le style en noir et blanc de « Quotidien Survival » était trop long à dessiner, j’ai testé différents outils qui me permettraient de créer rapidement de petites notes, et je me suis rendu compte que le feutre pour enfants était un outil souple, très agréable, et qui me permettait de faire de la couleur, chose qui n’était pas trop mon truc jusqu’ici. Quand j’ai finalement ouvert le blog « A Cup of Tim » en 2008, coup de chance, il n’y avait pas de blogs qui utilisaient le même outil, du coup le mien s’est démarqué. Mais à la base c’était vraiment pour dessiner vite et que le rendu soit sympa.

Comment vous est venu l’idée de « Canevas » ?
Ça remonte à 2016, après la sortie de mon livre « Urbex ». A ce moment-là j’avais envie de faire quelque chose qui surprenne mon modeste « lectorat », habitué à de la bande dessinée autobiographique colorée (via mon blog « A Cup of Tim ») ou des reportages photos/textes dans des lieux abandonnés (via mon site « Glauque Land »). Ma contrainte était : pas d’autobio ni d’urbex.

J’ai alors ébauché plein de petites histoires. L’une d’elle montre des extraterrestres minuscules qui atterrissent sur Terre en traversant le crâne d’un joggeur. Je me suis dit que ça serait amusant de montrer l’histoire en couleur du point de vue des extraterrestres (qui sont plutôt dans l’humour) et en noir et blanc du point de vue des humains (pour qui la situation est dramatique). Ca donnerait une bd à moitié en couleur, à moitié en noir et blanc.

Puis j’ai laissé tomber cette histoire et j’ai écrit d’autres choses, comme des gamines qui font sortir un démon de terre et l’utilisent pour trouver de l’argent pour réparer le toit de leur école, un pêcheur et sa fille qui ne savent pas quoi faire d’une pile de cinquante poissons qui parlent, un homme politique qui quitte son boulot et veut juste vivre au fond de sa piscine etc.

Puis en 2017 l’éditeur d’Urbex me commande un deuxième livre (Urbex Europe) qui me prendra deux ans de travail, donc toutes ces histoires prennent la poussière jusqu’à 2019, année à laquelle je peux me replonger dedans en me demandant quoi en faire. Et là, « Canevas » commence à vraiment prendre vie : au début je pense à en faire un simple recueil de ces histoires n’ayant aucun rapport les unes avec les autres. Puis je me dis que ça serait quand même mieux qu’il y ait un fil rouge, quelque chose qui donne envie aux gens de tourner les pages.

Je me dis alors que tout pourrait se passer dans le même village, et que ça serait rigolo de publier ces histoires chaque semaine sur Internet. Mais je veux aussi créer un suspense car j’aime que les gens se demandent ce qui va se passer au prochain épisode. Donc je pense à placer dans chaque histoire un petit truc qui fait sentir qu’il se passe quelque chose en arrière-plan. Et j’imagine une grande histoire « mystère » qui serait le déclencheur de toutes ces histoires, ou du moins qui ait une incidence sur elles.

J’arrive donc à cette mise en place : des histoires humoristiques (les chapitres pairs) et autour d’elles, une histoire un peu plus profonde circulant autour (les chapitres impairs) qui serait la « solution au mystère » que les gens découvriraient en commandant la version papier. Et pour illustrer cette différence, j’en reviens à cette idée de bd à la fois en couleur et en noir et blanc que j’avais eu en 2016.

Au final, par rapport à mon projet de faire une bd qui ne soit ni de l’autobio (Un Feutre dans ma Limonade) ni de l’exploration urbaine (Urbex), je m’aperçois que je me suis planté en beauté, car il y a beaucoup de moi dans cette bd, à commencer par le personnage principal de la partie « impaire ». Chassez le naturel, il revient au galop…

Où puisez-vous vos inspirations ?
Dans la vie de tous les jours, en écoutant de la musique instrumentale (des musiques de films, de jeux vidéo, classique, jazz) ou dans la rue quand je marche. Mais il arrive que ce soit des séances d’écriture « presse citron » où je me pose plein de questions : qu’est-ce qui me révolte ? Qu’est-ce que je ne comprends pas dans ce monde ? Qu’est-ce que j’ai envie de dire ? Puis, j’imagine des situations où des personnages pourraient être amenés à être les porte-voix de ces thèmes. Plusieurs choses dites par des personnages de « Canevas » sont des idées qui me travaillent.

Etes-vous sur de nouveaux projets? Et si oui, pouvez-vous nous en dire plus ?
J’ai trois projets en tête : 1) une fiction en hommage aux jeux vidéo de mon enfance (ceux avec très peu de couleurs mais où notre imagination prenait le relais) 2) une fiction où je pourrais montrer tout l’amour que je porte aux salades composées, et 3) une fiction post-apocalyptique, mais que je dois vraiment retravailler car ça ressemble trop à « Promenade » mixé avec « Canevas ». Et le plus dur dans tout ça, c’est encore de trouver ce qui donnerait envie aux lecteurs et lectrices de tourner les pages. Et si ça se trouve au final les projets auront changé d’ici là, tout est en mouvement.

Un très grand merci à Tim d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Lire mon avis sur « Canevas« .

2 réflexions sur “Portrait de Tim

  1. J’arrive en bas de ton billet, je clique sur Canevas et je me rends compte que l’auteur a répondu à mon commentaire sur sa BD, merci 🙂 Et bravo pour cette belle interview, Noctenbule, je vais voir si la bibliothèque a acheté les titres de cet auteur 😉

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