Et par endroits ça fait des noeuds – Camille Reynaud

Un mal de tête peut cacher quelque chose de plus grave. Camille Reynaud s’en est rendu compte à ces dépends. Comment on se reconstruit quand « par endroits ça fait des noeuds »?

Ce n’était pas forcément la grande forme toutefois cela n’empêchait pas de faire son boulot et de faire la fête. Un jour tout change assez brusquement. Mal de tête, perte des repères spaciaux… quelque chose se passe. Elle va aux urgences dont elle repart avec une ordonnance avec des anti-douleurs. Mais chez elle, le lendemain c’est encore pire. Puisqu’à l’hôpital personne ne veut la soigner, elle ira à la clinique privée. Elle a tout les papiers nécessaires pour la prise en charge. Là tout est différent et dès l’accueil. D’ailleurs, elle a du mal à comprendre car tout va très vite, peut-être trop. Quelqu’un a contacté ses parents. Pourquoi doivent-ils venir alors qu’ils habitent si loin? On lui explique qu’elle fait une hémorragie cérébrale. Difficile à vraiment comprendre les choses surtout qu’elle a singulier rapport au sang. C’est grave et elle va devoir se faire opérer très rapidement. « Le support sur lequel s’imprime le résultat d’une IRM s’appelle « écran radioluminescent à mémoire ». C’est la pellicule grand format de mon cerveau, ma matière grise en noir et blanc, comme un journal intime, succession d’instantanés de soi, radiographie quotidienne de la pensée intérieure sans filtre et sans correction. » Et cet outil sert à analyser des jambons ou faire parti d’une chanson de Charlotte Gainsbourg. Après le plus difficile, il faut sourire, rassurer. Pourtant, il peut y avoir des complications, des difficultés. « Nous ne sommes pas responsables de notre apparence, mais la maladie et la médication modifient un corps que je peux avoir du mal à accepter. Tout est question de regard ».

On est nue face à ces médecins et autres présences lors de l’opération. L’analogie avec un modèle nu, elle, pour artiste lui passe par la tête. Mais elle ne s’arrête pas là. La nudité est aussi un outil de dénonciation que cela soit « L’Origine du monde » de Courbet, Déborah de Robertis qui confronte son corps à la peinture ou les Femens. Un corps qu’il faut redompter car il faut réapprendre avec ces proches. Eux aussi doivent s’y faire à ce corps. Heureusement que la famille proche n’a pas de complexe vis-à-vis de ça. La science peut-elle modifier la donne? Elle avance indéniablement mais ne peut pas tout résoudre, tout sauver. Par conséquent, on se demande que faudra t’il faire du corps après notre mort? Au moins, c’est plus concret que de savoir comment dormir? comment faire face aux insomnies? Qu’importe, il faut réapprendre à vivre, trouver le rythme de son quotidien, vaincre sa peur… « Un tiers des victimes d’AVC meurent dans l’année qui suit ». Et deux tiers peuvent vivre.

Camille Reynaud pour son premier roman propose une autofiction. Très vite, elle nous emporte dans son récit très personnelle. Mais ne croyez pas qu’elle s’étend au niveau sentimentale, sur ces ressentis sur de nombreuses pages. Détrompez-vous, elle intellectualise son expérience en partageant des connaissances dans de nombreux domaines. Une logique implacable qui captive simplement tellement cela semble lucide et ingénieux. L’élégance des mots séduit et nous pousse à tourner les pages les unes après les autres. On suit ses rebondissements de questionnement face à sa situation atypique et grave à la fois. Comment bien réagir face à quelque dont on ne peut rien maîtriser? Pourquoi ne pas chercher du sens ailleurs? « Comment renouer avec un corps qui vous a trahi? Les références ne manquent pas comme ces artistes dont leur maladie leur a servi de source de création comme les autoportraits d’Hervé Guibert et le sida, Ocean Morisset et le cancer ou Dorothy Shoes dans ColèreS Planquées, anagramme de « sclérose en plaques ». Il faut accepter les changements : « nausées, vomissements, troubles de la vue, céphalées, intolérance au soleil – ne pèse pas trop dans mes bagages ». Elle donne une forme honnête et pleine d’intelligence à cette aventure intime. Elle appelle à la compréhension, à l’empathie et non à la pitié ou la tristesse. La maladie n’a pas qu’un seul point de vue, celui du médecin, celui du patient ou celui de la famille. Rien ne peut se limiter qu’à cela. Ainsi l’auteure confronte, propose, cite ces autres regards sur l’inconnu : la maladie qui les habite et les transforme. On est à ces côtés et l’on doit faire face nous aussi à nos peurs et trouver de l’espoir. Notre curiosité est titillée pour nous aussi avancer et regarder notre monde autrement.

Ce n’est pas un livre qui se résume, c’est une lecture qui se vit. Alors vivez le.

11 réflexions sur “Et par endroits ça fait des noeuds – Camille Reynaud

    • Voir autrement l’AVC a quelque chose d’effrayant en effet. Risquez de ne plus avoir de souvenirs, de parler, de marcher, de LIRE, d’écrire… Et ça, tu ne le sais qu’après ton réveil quand tu commences à reprendre contact avec ton corps. Cela fait peur.

      • En ce moment, j’ai du mal à lire des romans papier. Les lignes bougent et cela demande plus de concentration. Juste de la fatigue qui fait beuguer le cerveau. J’ai trop envie que cela passe. C’est un déprimant. Si j’étais vraiment malade et que cela serait permanent je ne sais pas comment je réagirais.

      • L’avantage de la liseuse est qu’on peut tout agrandir !

        J’espère que ça va aller mieux, mon cerveau et mon corps ont bugué la semaine dernière, après deux jours de travaux dans la plomberie. Tu ne fais rien, mais le plombier qui bosse et qui t’empêche de faire ce que tu veux, ça m’a fatigué mentalement !

      • Oui mais j’avais pas assez de soude caustique 😆

        Il a bien bossé, sans faire trop de crasses, heureusement, mais malgré tout, quand tu « scie » dans des pavés, ça te donne l’impression qu’une cargaison de schnouffe a explosé à la cave 😆

      • c’est l’occasion de faire certaines choses bruyante et malororande et faire croire que c’est le plombier. Et s’il l’ouvre hop soude caustique. 🙂

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