Rouges Estampes – Une enquête pendant la Commune de Paris – Jean-Louis Robert, Carole Trébor et Nicola Gobbi

La colère se fait entendre sur la capitale. Les parisiens refusent d’accepter le gouvernement de Thiers. Mais la loi du plus fort triomphe toujours et bien souvent dans le sang.

En mars 1871, de nombreux artistes s’engagent dans la révolution de Paris, des célèbres comme Courbet ou Dalou ou des inconnus. Raoul, artiste et engagé dans la garde nationale pour protéger la capitale des prussiers et refuse l’armistice imposé par Adolphe Thiers. Un choix moral qui s’impose. Malgré qu’on leur a retiré leur bourse, les soldats restent sur place pour protéger la ville. Qu’importe s’il faut manger des rats ou voler le bois où il se trouve. Sur le temps de pause, autour d’une table, ils caricaturent le pouvoir confortablement installé à Versailles. Bientôt, les versaillais arrivent pour les déloger. « Je partage votre colère et votre sentiment d’injustice. Mais je ne sais pas si le peuple de Paris peut réussir à vaincre, seul, l’armée française. » Raoul est nommé commissaire du 14ème arrondissement. Il reprend un dossier géré par son prédécesseur. Une femme a été assassinée et quelqu’un a dessiné sur son corps mis a nu. Pendant ce temps, il faut tout de même gérer les affaires courantes avec les bagarres entre pochtron, le vol, l’attaque de chiens… Le 28 mars la Commune est proclamée. Est-ce le début d’une société plus juste et égalitaire? Qu’importe, la guerre civile débute. Les défaites s’accumulent. Toutefois, dans la ville on essaie de faire évoluer les choses avec l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants, y compris les filles. Raoul est obsédé par ce meurtrier qui tue des gens de façon très cruelle en laissant des mots en japonais. L’enquête avance jusqu’à l’identification du coupable. La semaine sanglante débute et l’hémoglobine de plus de 15 000 français coule sur le pavé. Le 28 mai, « Thiers est maître de Paris. 40 000 Parisiennes et Parisiens sont emprisonnés en attente de leur jugement ». Notre honnête policier est envoyé au bagne en Nouvelle Calédonie comme Louise Michèle. Pourra t’il revenir après l’amnistie?

La Commune de Paris a été un évènement important dans l’Histoire de France. En février 1871, les prussiens tiennent un siège de Paris et ils obtiennent l’Alsace-Lorraine. Des hommes restent sur Paris contre le nouvel ordre établi dans le pays. Un choix qui remet en cause toutes les précédentes règles. Une nouvelle société émerge qui doit être plus juste. Tout le monde devrait avoir du travail, un salaire correct en faisant cela on devrait par conséquent réduire l’alcoolisme, la violence, la prostitution… Un vent de révolte souffle aussi du côté des femmes qui décident aussi de se faire entendre et d’agir. Elles aussi sont des membres importants de la société. Comment ne pas faire référence à l’excellente série « Communardes! » de Wilfrid Lupano consacrée ce sujet? L’histoire nous est racontée par le biais d’une lettre que Raoul envoie à sa mère. Ces mots s’intègre à l’Histoire qui s’écrit. Une façon originale d’aborder ce combat. D’autant plus que pour le scénario nous avons d’un côté Jean-Louis Robert, professeur émérite d’Histoire contemporaine à la Sorbonne qui a écrit de nombreux ouvrages de référence sur guerre civile. Et de l’autre côté Carole Trébor, une écrivaine, scénariste qui a une passion pour bien raconter des histoires que cela soit dans des documentaires, des romans jeunesses ou roman adulte. Alors participer à une bd adulte n’était qu’un défi de plus qu’elle a relevé haut la main. Un duo très complémentaire qui nous montre aussi la lumière que l’obscurité d’une période où l’on est prêt à mourir pour sa liberté. Le sublime travaille de Nicola Gobbi rend hommage à ce travail de recherche historique où se mêle le peuple, penseurs, journalistes et artistes. Son coup de crayon est au cœur de l’émotion, du ressenti, des troubles… D’autant plus lorsqu’il joue avec sa nuance de rouge pour mettre en avant nos personnages principaux ou l’horreur de la mort. Il nous emporte simplement là où la réalité se fait avec passion et souffrance. Le petit plus repose sur la mise en page dans laquelle se glisse des photographies, des gravures de l’époque avec des informations précises et véridiques. Aucun doute après cette lecture vous n’oublierez pas la Commune de Paris. Les plus forts écrivent l’Histoire et cette fois, les perdants ont le droit de mémoire sans mauvaise propagande.

Une exceptionnelle bd dont il serait dommage de passer à côté.

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