La fuite dans l’immortalité – Stefan Zweig

Il existe des hommes qui sont prêts à tout pour découvrir le monde au delà des limites. Par malchance pour eux soit l’histoire retiendra le nom du second arrivé soit ils arriveront second à 15 jours près. Que diriez-vous de découvrir leurs voyages?

Lorsqu’il revient pour la première fois des Amériques, Christophe Colomb, ramène pléthores d’objets et d’animaux. « On lui a communiqué une information fiable concernant d’immenses mines d’or censée se trouver sur ces îles nouvelles; on dit que, dans nombre de champs, on trouve ce précieux métal sous une mince couche de terre et qu’on le déterre facilement avec une vulgaire pelle. » Personne ne voudrait remettre en cause les affirmations de cet aventurier. Alors le roi finance une deuxième traversée. Cette fois-ci, aucun problème à trouver des marins. Voleurs marqués au fer rouge, personne voulant fuir leur créancier ou leur acariâtre épouse, despérados… tous veulent embarquer pour trouver une fortune facile. Le gouverneur d’Hispaniola (Haïti) est désemparé de voir toute cette racaille envahir son île qui bat de l’aile.

En 1510, c’est une autre chanson car c’est un homme de bonne réputation Martin Fernandez de Enciso, juriste et érudit, qui met en place une expédition pour venir en aide à sa colonie. Il trouve assez facilement des matelots qui voulaient fuir. D’ailleurs, une fois assez loin au large, Vasco Nunez de Balboa c’était caché dans une caisse afin de faire le voyage. Sa présence a été nécessaire car sur la route, le bateau croise celui de Francisco Pizzaro qui les invite à renoncer à leur objectif. Vasco Nunez de Balboa connaît un autre endroit où aller. « Conformément à sa proposition, on met le cap sur Darien, à la lisière de l’isthme de Panama, on commence à y soumettre les indigènes par la boucherie habituelle et comme on trouve aussi de l’or parmi les biens pillés, les desperados décident de commencer à installer une colonie sur ces lieux et donnent ensuite, par pieuse gratitude, le nom de Santa Maria de la Antigua del Darien à la nouvelle ville. » Puis très vite Balboa prend le pouvoir et Enciso doit fuir pour rester en vie. Il va dénoncer ce vol des biens appartenant à la couronne. Ne voulant guère s’attirer les foudres des puissances espagnols, il faut qu’il envoie de l’or. Maintenant, il faut le trouver et pour cela il n’hésite pas à attaquer les peuples indigènes voisins aidé par Pizarro.

Il va épouser une autochtone lui attirant les faveurs d’un chef local. Une aubaine, car il va lui indiquer le chemin vers le pays de l’Or, le pays tant convoité. « Mieux vaut tenter cette entreprise monstrueuse avec un petit nombre d’hommes aussi déterminés que lui! Mieux vaut mourir avec les honneurs en menant l’une des aventures les plus audacieuses de tous les temps qu’être ignominieusement traîné, les mains liées jusqu’à l’échafaud. » Au bout de plusieurs jours de marche, ils découvrent la Mar del Sud. Par écrit, Balboa marque son empreinte avec les hommes qui l’entourent. On leur offre des perles celles qui sont sur les couronnes de rois et reines. Maintenant, il faut trouver la source de l’or. Il rentre avec ces hommes et tout le butin. Personne ne doute de son autorité ni ne conteste qu’une partie des biens aillent à la couronne espagnol. « Mais le bonheur sera de courte durée ». Une vingtaine de bateau arrive pour aller conquérir les mers d’or. Pedrarias, nouveau gouverneur n’apprécie pas que Balboa est arrivée à l’objectif qu’il voulait qu’on lui approprie pour redorer son image. Balboa veut fuir. Il trouve un stratagème pour rester en vie et loin de tout problème. Aidé de ces fidèles compagnons, il va construire de nouveaux bateaux pour aller au Pérou ou sur la terre des perles. « Il est rare que les dieux accordent au mortel plus d’un acte immortel. » Pedrarias a peur que l’homme puisse avoir un nouveau succès alors il lui tend un piège. C’est son ami Pizarro qui l’arrête. « Pizarro, lui aussi, rêve d’immortalité, lui aussi souhaite conquérir le pays de l’Or ». Aussitôt jugé : coupable. Mort

La conquête du pôle Sud est marquée par un autre explorateur. « Déjà, la volonté d’explorer se cherche une nouvelle voie, elle doit plonger vers la faune fantastique des mers profondes ou s’élever dans l’éther infini ».  On ne compte plus les explorateurs qui ne sont jamais revenus de leur voyage. Deux bateaux partent pour le pôle Sud, celui du Norvégien Amundsen et l’Anglais le capitaine Scott. Par partir Scott, n’arrive pas à obtenir tous les fonds nécessaires. Alors il sacrifie tout son argent et s’endette pour partir sur son navire dernière technologie nommé Terra Nova le 1 juin 1910. En janvier, l’équipage composé de 30 personnes s’arrête au cap Evans, construisent une maison. Les lampes à acétylène leur permettent d’échanger pendant les longues périodes d’obscurité. Ils donnent des conférences à tour de rôle car chacun continuent son travail d’exploration qu’ils soient zoologiste ou géologue. Seulement voilà, « revient de l’ouest une expédition porteuse d’un message qui répond le silence dans la maison ». Le hollandais revendique la découverte du 77ème parallèle. « il prend conscience du fait que le quartier d’hiver d’Amundsen est posté cent dix kilomètres plus près du pôle que le sien. » Impossible d’en rester là, il faut ravir la découverte. Le 1er novembre 1911, ils partent pas petits groupes et font des photographies. Très vite, ils se rendent compte que les poneys ne résistent pas à ce froid glaciale au bonheur des chiens qui vont les manger. Plus ils avancent pour espérer arriver les premiers, moins les choses se passent bien face à cette nature inamicale. Un chien fuit, un poney refuse de manger, les hommes tombent malade. « Le 30 décembre ils sont au 87ème parallèle, le point le plus extrême atteint par l’expédition Shackleton. » A partir de là, il reste 5 hommes : Scott, Bowers, Oates, Wilson et Evans. Chaque jour, ils comptent les kilomètres jusqu’à leur objectif. Le jour J quelle déception, les hollandais sont arrivés 15 jours avant eux.  « Toute cette peine, toutes ces frustrations, tous ces tourments – pourquoi? demande Scott dans son Journal. » Et pour au final mourir avec ces amis dans le froid.

Quel plaisir de lire Stefan Zweig. Il écrit avec une plume pleine de passion, de fougue et d’enthousiasme. On se laisse guider page après page au plus près de ces aventuriers. On ressent leur envie d’atteindre un objectif complètement fou et fond tout pour y arriver. Cela donne à réfléchir sur les moyens que l’on veut mettre pour la réalisation de nos rêves. Surtout que les récits sont toutes véridiques ce qui nous permet de mieux nous immerger dans l’Histoire du monde. La curiosité est piquée pour savoir plus par exemple sur leur journal de bord où ils écrivaient leur ressenti et leur évolution par rapport à leur voyage. Et cela donne aussi une furieuse envie de lire d’autres ouvrages de l’auteur tellement c’est agréable à lire.

Une aventure de lecture passionnante qui amène au voyage tout en restant chez soi.

4 réflexions sur “La fuite dans l’immortalité – Stefan Zweig

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