Le sale discours – David Wahl

Que diriez-vous d’aborder la question de l’environnement et des déchets? On vit dans une société obsédée par la propreté, du moins en apparence. Comment en est-on arrivé là?

Avant de devoir parler du propre, il faut parler du sale. D’ailleurs ce n’est pas vraiment un hasard si David Wahl à nommer son livre : « Le sale discours ou Géographie des déchets pour distinguer au mieux ce qui est propre de ce qui ne l’est pas ». Tout commence avec un cochon qui a tué le fils d’un roi. Ne croyez pas que c’est le début d’un conte de fée. C’est une histoire vraie, Louis VI, dit « le Gros » avait un fils qu’il aimait beaucoup. Voilà que le 13 octobre 1131, Philippe revenait d’une partie de chasse dans le bois de Vincennes. Un cochon passait par là, effrayant le cheval sur lequel était le jeune futur roi. Il tombe et meurt sous les coups de sabot de son cheval. Traumatisé, le roi interdit alors aux porcs d’être laissé en liberté et doivent être baladés en laisse comme des chiens. Très vite, l’utilité des porcs se révèle, qui va manger les déchets qui sont dans la rue? « Malgré leur saleté repoussante et contagieuse, ils oeuvraient à la propreté de notre environnement ».

Qu’en est-il de cette fameuse merde, celle qui sort de notre corps? Dégoûtant? Pendant bien longtemps on y trouvait beaucoup de vertu. Déjà pour le jardin pour avoir de plus beaux légumes mais aussi pour le corps humain. L’homme « considérait même ses matières fécales comme un mets aux propriétés bien extraordinaires ». Un maux de gorge, un peu de matière fécale dissout dans de l’eau. Et en cas d’angine, rajoutez un peu de miel. Un mal de dent, Mme de Sévigné vous conseille un bain de bouche d’urine de préférence d’un jeune garçon prépubère. Attention, ces prescriptions ne sont plus à suivre de nos jours.

Boire de l’eau, ce n’est pas recommandé, « l’eau, étant donné sa nature, apportait à l’estomac trop de froid et d’humidité ». Et la logique était assez similaire pour ce qui est de se laver. Pour se protéger, il faut éviter que les maladies rentrent pas les pores de la peau. L’eau va les libérer, attention danger. Bonjour les odeurs. « Voilà sans doute pourquoi le savant Antoine Vallot élaborait pour Louis XIV des parfums à base de chiots écrasés, de poudre de momie et de sang de femmes enceintes ». L’envie de vomir liée à une odeur est-il un signe du corps qu’il y a un danger? Un peu comme les femmes enceintes face à certains produits? A n’en pas douter selon certains chercheurs.

Johannes Faber von Bamberg invente le microscope et découvre des petites bêtes. Il en a partout sur les gens, dans leur bouche, sur leur vêtement… »Chacun se retrouve la décharge et le garde-manger d’un autre ». Les pauvres sont-ils plus peuplés que les autres? « Les disciples de Pasteur s’aperçurent très vite, je cite « qu’il y a cinquante fois plus de microbes dans le logement d’un pauvre que dans l’air de l’égout le plus infect » ». Une angoisse de son proche prend naissance. « Dieu lui-même, dont on sait qu’il est l’ami des miséreux, devenait un meurtrier aux yeux des hygiénistes ».

Peut-être que la solution était dans autre chose, dans le rêve de l’alchimie? Transformer le plomb en or est une façon de trouver un élixir de jeunesse. C’est un peu la pierre philosophale des transhumanistes d’aujourd’hui. La mort c’est l’ultime saleté, le pourrissement finale. Il faut réparer la machine pour qu’elle perdure encore et encore. Que cache ce désir d’éviter la mort?

On a recrée le plutonium. En soit l’énergie nucléaire c’est pas sale. C’une énergie carbonée et pourtant fait des déchets que l’on ne sait pas recycler. Alors on va les enterrer pendant des centaines d’année dans le sol. Cette information va t’elle rester dans la mémoire sur les siècles à venir? Pour Marie Curie on a vite compris que son corps était radioactif, alors elle a été placée dans cercueil en plomb au Panthéon. On savait quoi faire. Elle a vraiment donné son corps à la science.

David Walh nous emmène dans une causerie qui mêle intelligemment savoir et humour. Tous les faits raconter sont vraies ce qui nous amène à nous interroger. Est-on vraiment sur de ce qui est propre ou sale? N’est pas une relation plus paradoxale que l’on croyait? La propreté n’est-ce pas une vision culturelle au final? Ce qui est dit de nos jours ne le sera peut-être pas toujours. Alors ne cédez pas au fatalisme car l’Histoire s’écrit et les scientifiques découvrent chaque jour des choses nouvelles. Une façon originale et très réfléchi de mettre l’Homme face à son passé pour remettre les choses en perspective pour créer un dialogue nuancé.

Si l’homme semble de plus en plus propre, pourquoi le monde est-il de plus en plus sale? Que ce que cela ça cache. Regardons demain avec un autre regard.

Allez faire un tour chez l’excellent éditeur Premier Parallèle 

 

3 réflexions sur “Le sale discours – David Wahl

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