La fourmi rouge – Émilie Chazerand

A l’adolescence les problèmes se cumulent. Il faut faire face à la flamboyance de ces émotions, de ces espoirs, de son avenir… Et à moment, on n’a plus le choix de faire face pour avancer. Vania va-t-elle faire ce choix ?

Ce n’est facile l’adolescence. Surtout quand on son prénom évoque des serviettes hygiéniques et que son nom un gâteau. En plus il faut ajouter que son père est taxidermiste et l’emmène parfois à l’école dans une voiture qui ne peut passer inaperçue nommée « ouafture ». Son ennemie jurée est la fille la plus populaire de l’école, appelée aussi « Charlotte Crevure Poufiasse Kramer » qui n’hésite jamais à lui faire des vacheries. Et enfin, petit détail physique, le ptosis, elle possède un œil rebelle qu’elle tente de cacher avec une mèche. Vania Studel doit faire face aux aléas de la vie sans baisser les bras. Chaque jour est un combat qu’elle mène tambour battant avec du répondant. Par chance, elle a des amis en or.

D’un côté, nous avons Victoire qui a la caractéristique physique de sentir très mauvais. C’est génétique et donc elle ne peut pas faire grand-chose. Et Pierre-Rachid dit Pirach, le voisin de palier de l’immeuble qui est toujours partant pour n’importe quelle aventure. Elle vivait paisiblement son quotidien jusqu’au jour où elle reçoit un étrange mail très personnel. Il lui dit qu’il faut agir pour être épanouie et dire la vérité. Vania n’est pas qu’une vague fourmi noire qui est comme tout le monde et qui fait comme tout le monde. Elle fait partie des fourmis rouges, qui vont de l’avant et qui construisent des choses. Il faut qu’elle se reprenne en main. Déjà, peut-être commencé avec le plus gros de ces secrets et le plus gros de ces mensonges. Il va falloir le dire ce qui se passe avec sa mère.

Ce mail anonyme est le début d’un changement radical qui va l’emmener sur un chemin étrange. Chaque jour, elle tente de garder le sourire et d’être optimiste. Émilie Chazerand trouve le bon équilibre entre maux adolescents et la partie le ressentie. Elle arrive à construire des personnages plus farfelues les uns des autres pour les rendre au combien attachant. On n’aime aussi bien Vania, que son père abandonné par son épouse, sa copine qui sent mauvais, la femme qui nomme ces perruques, les voisins qui veulent l’insertion pour leur fils, la voisine célibataire qui garde son père à la maison… Ils sont nombreux et tous jouent un rôle indispensable au déroulement de l’histoire. La tristesse et le désarroi ne touchent pas que les enfants. Chaque être humain doit faire face avec ces blessures affectives pour rester vivants. Rien n’est facile mais il faut ouvrir son cœur et mettre des mots sur sa souffrance.

« Beaucoup de gens pensent que si on ne se dit pas la vérité les uns aux autres, c’est par lâcheté. Par confort, facilité et intérêt. Moi je crois uniquement que c’est pour s’épargner ça. Ce genre de regard. Et la culpabilité que ça entraîne. Ce noeud dans le ventre qui, au lieu de se défaire enfin, se serre un peu plus et empêche de respirer. »

Un livre adolescent qui parle que la douleur n’est pas propre qu’aux mineurs. Tout le monde peut souffrir de ce que les autres font et/ou disent. L’importance de la parole pour dire que cela peut faire mal et savoir aussi s’excuser. Dire ne veut pas dire quelqu’un de faible, bien au contraire. L’auteure choisit toujours un angle positif et plein d’espoir sans oublier de parler de famille monoparentale, d’harcèlement à l’école, la différence, les premiers amours, le sexe… C’est autour de 15 ans qu’on lieu les premiers rapports sexuels. Quoi de plus normal d’évoquer ce sujet à travers différents points de vue. On découvre ceux qui font pour dire qu’ils ont fait, d’autres qui ont peur, qui hésitent sans oublier les hormones qui s’agitent. Aucun sujet n’est interdit et le tabou n’a pas lieu d’être là. Bien au contraire, on est là pour partager et sourire avec bienveillance et drôlerie.

Impossible d’arrêter de sourire en tournant les pages. L’élégance de l’écriture, le choix des mots montre le talent indéniable de Émilie Chazerand. Quand on arrive à la fin du roman, on a envie de retrouver cette fougue, cette verve, son humour et cette passion dans un autre livre.

4 réflexions sur “La fourmi rouge – Émilie Chazerand

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