Victor Hugo vient de mourir – Judith Perrignon

Mai 1885, Paris est sous tension. Victor Hugo est dans sa dernière demeure et son dernier voyage s’annonce prochainement. Policiers, politiciens et peuple attendent avec appréhension l’annonce de la nouvelle qui va bouleverser la tranquillité de tous.

La fin est proche. Victor Hugo est entouré de sa famille et de ses amis. Plusieurs fois par jour, les médecins font un point santé au grand public. Le 22 mai 1885, la nouvelle tombe. Cette homme aimé autant du peuple que des élus vient de mourir. La France tombe dans un profond désarroi. Mais cela devient un problème pour les représentants de l’Etat qui vont devoir gérer des foules enthousiastes et surtout ces fameux anarchistes. Beaucoup de possibilités de nuisances pointent leur bout de leur nez. N’est-ce pas aussi l’occasion pour le pouvoir de faire croire à l’augmentation de la dangerosité de certains libres penseurs? Ils savent exactement l’état du milieu grâce aux espions qui ne manquent pas. Contre quelques billets, beaucoup sont prêts à laisser leurs idéaux de côté pour dénoncer leurs compères. Une manne qui ravit policiers et politiques.

Ce monstre sacré de la littérature a su toucher tous les classes sociales. Deux millions et demi de personnes rassemblées pour les funérailles de cet homme engagé. Les plus pauvres qui se sont reconnus avec « Les misérables », « les rebelles » en demandant de rentre la liberté à certains hommes et femmes qui se battent pour leur liberté de pensée et d’agir et de réformer pour des lois plus justes telle l’abolition de la peine de mort. L’établisment veut s’approprier l’évènement pour se redorer sa popularité. Il va même faire fi des fervents catholiques lors de la reconversion du Panthéon en lieu des grands hommes. Toutefois, il y a une limite dans l’ouverture à tous car l’enterrement est prévu un lundi quand les gens travaillent. Une façon de limiter tout risque de débordement. L’enterrement d’un tel symbole n’est pas une chose si facile à organiser afin de satisfaire tout le monde. Surtout que tous veut s’approprier un bout de l’icône républicaine.

Judith Perrignon nous livre se moment plein de turpitudes avec passion, fougue et intelligence. On connaît tous les rouages de l’organisation, avec l’hypocrisie de certains et l’hommage réel pour les autres. Sa plume, légère, précise nous emmène au plus proche des émotions surtout ceux de certains de ces vrais amis. Elle utilise surtout l’angle politique qui est un choix audacieux. On ne perçoit pas forcément ce point de vue et les enjeux que cela représente. Elle souligne la complexité d’un homme qui aide le plus pauvre et qui vit en bourgeois. Tout ce qui se passe quelques jours avant, le jour J et après sont abordés. Même l’embaumement, les séances pour faire des masques de son visage et la fameuse séance photo avec Nadar qui l’avait immortalisé quelques temps auparavant. L’amour du peuple se ressent car il a été opposé à Napoléon III, il a écrit sur la misère… Personne d’autre n’a écrit aussi bien sur leur souffrance. Les pages se tournent avec curiosité et exaltation. On se plonge dans les secrets de la police et des malversations. Sans oublier tous ceux qui profitent de vendre des places sur leur balcon, dans la vitrine de leur boutique pour voir le passage du corbillard sans oublier les camelots vendant des souvenirs. Aucun aspect n’est oublié pour nous faire vivre cet évènement. Une certitude, la prochaine visite au Panthéon se fera sous un autre regard.

 

Un style qui m’a donné envie de découvrir d’autres romans de l’auteure. Elle rend une histoire qui pourrait paraître simple ou sans intérêt, vivante et palpitante. Une autre façon de découvrir l’Histoire.

L’avis de Les livres de Georges : « Comment imaginer Victor Hugo mortel ? Qui aujourd’hui aurait une telle influence ? J’ai souvent pensé en lisant ce livre aux obsèques de Johnny Hallyday et à la foule qui les a accompagnées. Pour constater à quel point notre société du spectacle a pris le pas sur la société des idées et de la culture du XIXe siècle. »

3 réflexions sur “Victor Hugo vient de mourir – Judith Perrignon

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