Travail gratuit : la nouvelle exploitation? – Maud Simonet

En lisant le titre, on pourrait être surpris de voir les mots travail et gratuit collés ensemble. Pourtant, la société moderne demande de plus en plus aux gens de montrer leur bonne volonté pour s’insérer socialement. Maud Simonet va montrer un nouveau mode de fonctionnement favorisant la précarité. 

Maud Simonet est directrice de recherche en sociologie au CNRS et directrice de l’IDHES-Nanterre. Elle travaille depuis un moment sur la notion de travail gratuit que l’on trouve dans différentes cultures. Dans son livre, elle parlera des emplois pour l’entretien des jardins réalisés à New-York. Des personnes en situations précaires travaillent pour la ville en contre-partie d’une petite compensation financière. Mais en aucun cas, ces emplois ne permettent de déboucher vers un travail stable et une rémunération. D’autant plus que des bénévoles travaillent avec eux pour l’entretien de ces espaces qu’ils occupent. Comment différencier la plus-value des employés municipaux, des stagiaires rémunérés et des bénévoles? Une autre interrogation également se pose. Faut-il demander aux gens à qui l’on donne de l’argent dans un cadre social une contrepartie? Voilà quelque chose qui fait débat dans la société française. Faut-il demander à des bénéficiaires du RSA de donner quelques heures à des associations ou à des structures gérées par la mairie? La réponse correspond à une vision de société.

Le travail gratuit se pose dans d’autres domaines. Par exemple, les femmes au foyer qui gère l’entretien de la maison, la cuisine, l’éducation des enfants, faire les courses, sortir le chien… Tout est une forme de travail. Mais comment quantifié et qualifié ce travail ? De nombreux chercheurs ont proposé des formules afin de montrer que les femmes travaillent en restant à la maison et que ce travail n’est pas valorisé. Même si on trouve une méthode adéquate quel taux horaire choisir pour donner une valeur? Déjà un montant horaire bas car d’une part les femmes gagnent moins qu’un homme. Et d’autre part, les tâches ménagères sont considérées comme des tâches sans plus-values donc avec peu de valeur. D’ailleurs, c’est pour cela que les personnes qui travaillent pour faire les ménages en entreprises sont des migrants et la plupart du temps des femmes. Une valeur qui change même selon la couleur de la peau et des origines. Un constant valable aussi bien en France qu’aux Etats-Unis.

Maud Simonet aborde aussi le monde du numérique qui n’est pas en reste. Elle aborde l’affaire de l’Huffington Post qui a été acheté par AOL pour 315 millions de dollars. Le souci est que la valeur du journal en ligne a été créé par les centaines de contributeurs qui ont déposé des articles. Très peu de journalistes sont payés pour leur travail sur le site internet. Le plus gros du contenu se fait par des gens qui déposent du contenu en ligne gratuitement. Beaucoup espèrent pouvoir se faire repérer et être payé pour leur travail. La colère se fait entendre car la patronne de l’Huffington Post a gagné beaucoup d’argent sur peu d’investissement. Les contributeurs ont porté plainte afin d’avoir une petite part du gâteau qu’ils n’auront pas. Une nouvelle économie en ligne où chacun participe à des plateformes, des forums, des sites, des blogs… Un espoir de montrer son dynamisme pour trouver plus facilement un emploi.  Des blogeurs font des critiques de livres, de pièces de théâtre, de film en contre partir d’invitations. Les journalistes spécialisés disparaissent au bénéfice de travailleur gratuit qui s’investissent.

Même si l’écriture reste assez académique avec des très nombreuses références à des travaux de confrères/consoeurs, la lecture est très intéressante. L’éclairage critique sur les frontières entre bénévolat, volontariat et salariat nous pousse à nous poser des questions. Car ce choix de travail gratuit renvoie à une vision social de la société et à la valeur du travail. On peut voir la différence entre Etats-Unis et la France. Le travail gratuit volontaire est-il une vraie source d’épanouissement? Est-ce que cela permet vraiment d’ouvrir des portes? Quel stabilité sociale si de plus en plus de personnes travaillent gratuitement au profit de patron?

3 réflexions sur “Travail gratuit : la nouvelle exploitation? – Maud Simonet

  1. Pingback: Challenge lecture 2018 – 300 chroniques livres | 22h05 rue des Dames

  2. Une réflexion intéressante que celle sur ce travail gratuit…
    Cela m’a fait bizarre d’en l’autre jour à ma bibli que la bibliothécaire n’allait peut-être pas voir son CDD renouvelé alors qu’il y a plein de bénévoles … les budgets des mairies sont de plus en plus serrés…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s