Tous mes rêves partent de gare d’Austerlitz – Théâtre 13

Ce n’est pas parce qu’elles sont derrière les barreaux d’une prison, qu’elles ne peuvent pas se construire un monde chimérique ? D’autant plus à Noël où l’espoir d’une bonne nouvelle se fait ressentir. Alors on partage ces rêves, on imagine un festin, ainsi on survit à l’enfermement.

 

Dans une maison d’arrêt, cinq se retrouvent dans la bibliothèque. Un espace de liberté pour de nombreuses femmes. Babara s’occupe de la gestion des livres. Rosa, Marylou, Zélie et Lily s’y retrouvent pour discuter. Bien souvent chacune passe le temps de la promenade dans ces murs entourés de quelques livres. Elles y partagent leur tristesse, leur désespoir, leur souffrance et aussi leurs rêves. Le soir de Noël, elles ont quartier libre. Une belle occasion pour toutes de se rassembler et partager un bon moment. Même si le repas se compose uniquement d’aliments imaginaires, cela n’empêche pas d’apprécier et de rire. Tous les moyens sont bons pour oublier la situation. La fête s’interrompt avec une primo-arrivante. Les codes, les bruits, les hurlements des bébés, elle ne les connaît pas encore. Les cinq femmes vont alors l’aider à survivre à ce premier jour, le plus difficile. Elle venait dans la bibliothèque pour trouver un livre de Musset qu’on lui a saisi. Pour lui remonter le moral, elles vont alors jouer une scène de « On ne badine pas avec l’amour » qui sera filmé. Par la suite, elle pourra adresser la vidéo à sa fille, Alice. Mais au fur et à mesure, les mots de Musset vont prendre une autre dimension. Cette dénonciation de l’emprise de la religion sur le statut des femmes et le pouvoir des hommes, la présence de la violence, de la manipulation résonnent à leurs oreilles. Les mots s’entrechoquent, prennent du volume et les plongent à nouveau dans leur solitude.

Le travail du dramaturge Mohamed Kacimi dans les ateliers d’écriture à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis lui a permis d’écrire ce touchant spectacle avec les mots justes, sans tabou sans voyeurisme. Il avait le désir d’ « écrire les mots justes ». Chacune des histoires de ces femmes emprisonnées évoquent une perte de leurs espoirs. Femme violée qui s’est défendue, femme qui a tué son mari violent, femme qui a tué son mari mourant… Elles sont là pour un moment et ont perdu plus que leur honneur. C’est l’humain qui est au cœur du récit.  Toutefois, elles se battent pour survivre au quotidien en se créant des espaces de liberté. D’ailleurs, elles lient leur imaginaire pour résister à l’oubli des proches, à la mise au placard des prisonniers. Le décor sobre, tout de bleu gris de Jean-Michel Adam créer une atmosphère sobre ou pointe un peu l’espoir grâce aux livres. Les lumières de Lauriano de la Rosa illuminent avec douceur la scène. Une ingénieuse fenêtre à barreaux de lumière nous montre la frontière du quatrième mur et ferme l’espace des comédiennes. La metteuse en scène, Marjorie Nakache qui joue également la bibliothécaire arrive à mettre de la vie dans ce lieu clos. Meuble de bibliothèque qui devient table, nappe qui devient robe et la magie opère. La petite touche de rouge, symbole d’amour et de souffrance, vient en détail sur chacune qui offre à l’œil de chacun sa marque. Un signe qui se modifie comme un symbole d’espoir. L’ensemble fonctionne grâce aux très talentueuses comédiennes : Marjorie Nakache, Olga Grumberg, Marina Pastor, Irène Voyatzis, Jamilla Aznague et Gabrielle Cohen. Chacune incarne un personnage différent et y mettent toute leur force, leur haine et leur colère pour les rendre humaine. Un tour de force incroyable qui nous tient dès la première minute. Un très grand bravo à elle. 

Photo : Benoîte FANTON

Une percutante histoire qui vous fera ressortir plus humain. 

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