Peer Gynt – Bouffes du Nord

Le plateau des Bouffes du Nord se transforme en un chaotique cabaret rock mis en scène par Irina Brook. Henrik Ibsen n’est plus un vaurien dans les rues froides de son village. Il est devenu une star des années 80. Mais jusqu’où le succès va le mener? 


A l’origine de Peer Gynt
Henrik Ibsen (1828-1906) a dit à propos de sa pièce : « Je n’ai jamais rien écrit d’aussi fou ». Lors de son exil à Rome, il écrit en 1867 PeerGynt, sous-titré « poème dramatique » en s’inspirant des contes populaires norvégiens. Il ne le destinait ni à une adaptation théâtre, ni à une traduction. L’histoire se déroule dans de nombreux endroits, à des époques différentes avec beaucoup de personnages. Toutefois en 1874, il demande au compositeur Edouard Grieg de créer l’univers musical de son texte en lui donnant des indications. La représentation le 24 février 1876 à Oslo est une réussite. Le compositeur remaniera l’orchestration en 1885.

Peer Gynt intrigue et fascine les metteurs en scène. En sera jouée pour la première fois, en partie, au théâtre de l’œuvre en 1896. En juillet 1945, la Comédie Française la proposera avec l’orchestration d’Edouard Grieg. Patrice Chéreau, qui aime les défis, l’a mis en scène au TNP en 1981 en sept heures et deux soirées. En 1995, il fit l’objet d’un concert-lecture à l’Opéra Bastille par Michel Favory. En 1996, le texte prend un autre chemin sous la direction de Philippe Berling, au théâtre du peuple de Bussang, dans les Vosges. Il a retrouvé ces origines en 2012 avec Eric Ruth dans le Salon d’honneur du Grand Palais en 4h45. Cette année on peut le voir transporté dans un univers forain sous la main de David Bobée au Grand T et dans un univers rock avec Irina Brook aux Bouffes du Nord.


Un coup de fraîcheur dans l’histoire
Peer Gynt en proie au doute existentiel, transformé en ersatz d’Iggy Pop. Il s’échappe de son village natal pour devenir une rock star. Avant il a quand même déshonoré une jeune mariée le jour de ces noces avec qui il s’est enfui. En effet, il la prend avec lui mais ce n’est que pour mieux l’abandonner et aller conquérir d’autres demoiselles. Les hommes d’affaires malhonnêtes deviennent des journalistes en quête de scandales, le village de trolls se transforme en boîte de nuit… L’univers prend une autre forme. Ce qui reste, c’est le portrait d’un homme qui rêve de liberté, libéré de toute contrainte, de toute obligation. Il ne se refuse rien qu’importe le mal qu’il peut faire. Alors il peut parcourir mille pays, voir mille paysages, faire des milliers de rencontres. Mais il se retrouve toujours face à des questions. Qui est-il? A t’il fait les bons choix?


Une mise en scène qui déchire
Irina Brook a de qui tenir dans l’audace de la mise en scène. D’ailleurs, c’est son père qui a permis au théâtre des Bouffes du Nord de prendre un nouvel envol en 1974 avec Micheline Rozan. Elle a été formée à New-York dans les années 80 et cela a dû fortement l’influencer. Ce n’est pas forcément alors un hasard que l’artiste principal incarnant Peer, Ingvar Sigurdsson, a un air de Sting. Cette idée se confirme encore plus lors de la scène de concert. Et pour renforcer la force de ce personnage, la belle Solveig, Shantala Shivalingappa, au physique tout en finesse, contraste sur tous les plans. Un magnifique duo qui sublime les rapports humains et la fragilité de l’amour.

Le décor se construit au fil des intrigues par des motifs escamotables ou recouverts d’une simple bâche. On pourrait croire qu’il manque un peu de folie ou de magie. Toutefois, quelques flocons par-ci, quelques accessoires par-là ainsi que des costumes très travaillés de Magali Castellan suffisent à faire naître la magie. Le tout se complète avec la musique aux riffs électriques, branché sur 220 volts. Les morceaux sont joués en live par les neuf très talentueux musiciens-comédiens qui revêtent de multiples identités. Iggy Pop a même spécialement écrites deux chansons qui s’incorporent à merveilles avec le reste tout comme les poèmes de Sam Shepard.

Un parcours initiatique raconté avec d’incroyables conteurs qui d’un costume ou d’un air de musique nous transporte dans un autre monde. Peer va t’il avoir les réponses à ces questions? Non, mais vous vous risquez de partir avec votre lot d’interrogations. Alors n’hésitez pas à vous injecter une petite dose de rock’n’roll aux Bouffes du Nord.

Une réflexion sur “Peer Gynt – Bouffes du Nord

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