Sacha Guitry – Le bien-aimé – Tome 1 – Noel Simsolo et Paolo Martinelo

Il y a des artistes qui ont dans leurs gênes la passion du spectacle. Et quand en plus, ils ont un don aussi bien pour l’écriture, le jeu, la mise en scène, le tournage… Qu’est-ce qui peut arrêter leur ascension dans le succès ? Rien. Sacha Guitry est l’exemple même de cette réussite.

De quoi ça parle ?
Alexandre Guitry dit Sacha Guitry a une vie trépidante qui mérite bien d’être racontée en bande dessinée. Il est né à Saint-Pétersbourg en Russie et avait comme parrain le Tsar Alexandre III. Ce n’est pas dans ce pays du froid qu’il a grandi. Mais il y est resté un petit moment avec son père. Lucien Guitry, l’avait enlevé à la garde de sa mère pour qu’il découvre sa mère patrie. Le jeune garçon a découvert autre chose, la passion du théâtre en voyant son père sur scène. Puis, il sera contraint de revenir pour retrouver sa mère et son frère, Jean et surtout pour aller à l’école.

Les études cela n’a jamais été son truc. Il a été expulsé de onze lycées différents et redoublé 10 fois sa 6éme[] pour embrasser sa passion : le théâtre. Ainsi à 18 ans, une nouvelle vie d’offre à lui. C’est son père qui dirige le théâtre de la Renaissance qui lui fait faire ses premiers pas de comédien sous le pseudonyme de Lorcey dans « L’Escalier » de Maurice Donnay en 1904. C’est là qu’il va faire la connaissance de la charmante de Charlotte Lysès, jeune protégée de son père. De leur idylle va naître une brouille entre le fils et le père qui durera 13 ans. Pourtant, ils ont en commun cet amour des femmes. Sur scène où dans la vie, une femme doit partager leurs folies et surtout toujours restées belles et jeunes.

L’amour l’inspire. Sacha écrit des pièces pour ces femmes et souvent elles l’accompagnent sur scène. Le véritable succès débute avec « Nono » au théâtre des Mathurins. Une bonne nouvelle qui mérite bien un mariage à Honfleur le 14 août 1907. Autour d’eux gravite les artistes de l’époque comme Henri Bernstein, Feydeau, Meilhac… Mais l’échec de « La Clef » écrite pour Réjane décourage un moment l’auteur de théâtre. Son ami, l’écrivain Octave Mirbeau lui redonnera alors le courage de poursuivre. Il lui sera toujours reconnaissant. D’ailleurs, en 1924, il lui consacrera une pièce, « Un sujet de roman », où Lucien Guitry interprétera son rôle.

C’est d’un regard qu’il va tomber amoureux. Aussitôt divorcé, il épouse la belle Yvonne Printemps. Il va écrire des rôles pour elle dans « Mozart », « L’Amour masqué » et dans sept revues avec son ami Albert Willemetz. L’amitié est toujours là car il va se rapprocher de Raimu. Un nouvel angle de travail s’offre à lui puisqu’il va doucement se tourner vers le cinéma. Au début, il s’y refusait catégoriquement et très vite, il a pris goût au média. La première tentative date de 1915 avec la réalisation de « Ceux de chez nous », en réaction à un manifeste allemand valorisant les intellectuels allemands.  Il faut attendre 20 ans pour qu’il s’accoquine avec le 7ème art grâce bien entendu à une femme, Jacqueline Delubac. Sa beauté naturelle et sa jeunesse suffisent à le faire tomber amoureux d’elle. D’ailleurs, ils se marieront et dira ce bon mot : « J’ai le double de son âge, il est donc juste qu’elle soit ma moitié ». Il débutera avec l’adaptation « Pasteur » qui était joué par son père dont il reprendra le rôle. Au fur et à mesure son style s’affinera.

L’Académie française veut bien lui ouvrir ces portes mais à une seule condition : qu’il abandonne son activité de comédien. Sans grande surprise, il s’y refuse. Il fera tout pour l’art et jamais il ne cessera de créer. La suite de sa vie est à suivre dans le tome 2.


Ce que j’en pense ?
Il est bien difficile de résumer la vie de Sacha Guitry en quelques lignes. Cet homme à femmes n’arrête jamais de créer et de jouer. Sans cesse, il a voulu surprendre le public et affirmer un style qui lui est propre. D’ailleurs la bande dessinée le montre assez bien. L’histoire est assez centrée sur ces deux thèmes : les femmes et le travail. Mais pour lui, le travail est un plaisir et même une addiction. Il vit entre son imaginaire, ces amis et ces épouses sur scène et dans la vie. Beaucoup de ces spectacles et de ces films sont des réussites. Le public se lève, applaudit encore et encore, vient voir l’auteur en loge… Il apprécie cette flatterie artistique même s’il n’apprécie guère les critiques qui ne sont pas toujours tendres avec l’homme. Mais il passe outre et continue son bonhomme de chemin. On voit l’homme fier, qui se tient droit, qui est cultivé… Son succès n’a pas été démenti pendant plus de 20 ans ce qui n’est pas au goût de tout le monde.

Le style graphique fait référence à une époque qui fait plus ancienne où l’on retrouve les habits, les décors, les rues d’un autre temps. Toutefois, même si les teintes font appel à notre imaginaire de la nostalgie, il y a quelques imperfections dans le trait qui nuit légèrement à la lecture.

Même si on retrouve l’artiste pour son côté prolifique. Rappelons quand même que Sacha Guitry a écrit 124 pièces et 36 films dont 17 adaptés de ces pièces. Toutefois, on ne nous présente pas le style de l’auteur qui est assez semblable d’une pièce à l’autre. On évoque l’homme artiste mais l’homme très égocentrique, pas tellement. Alors qu’il se mettait en scène de presque toutes ces pièces et ces films. On ne voyait presque que lui et on n’entendait presque que lui.

Nous avons quelques citations de texte de pièces mais elles sont bien trop courtes pour se donner une idée. Ce qu’il manque surtout se sont ces fameux bons mots qui ont permis à Guitry de rester dans les esprits jusqu’à nos jours. Ces pièces ne sont plus joués et parfois on peut certains de ces films sur Arte. Il faut avouer que ce n’est pas très grand public et que les histoires ont pris un sacré coup de vieux. Alors que ces bons mots resteront à travers le temps et les générations. Ainsi on connait par exemple : «Depuis que j’ai une maîtresse que j’aime, je n’ai plus envie de tromper ma femme.», «Il y a deux sortes de femmes: celles qui sont jeunes et jolies, et celles qui me trouvent bien.», «Mon Père avait raison, Il y a des gens qui parlent, qui parlent, jusqu’à ce qu’ils aient enfin trouvé quelque chose à dire.», Citer les pensées des autres, c’est regretter de ne pas les avoir trouvées soi-même.”… Les citations ne manquent pas à trouver. On peut trouver regrettable que l’auteur n’est pas choisi d’y mettre un peu plus l’accent. 

Un premier tome qui permet de découvrir la moitié de la vie de Sacha Guitry. Un homme à la vie remplie d’aventures et de mots. Une histoire qui permet une plongée dans une époque qui se partageait entre flamboyance et horreur.

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