A la rencontre de Guillaume Richez

Le sens des mots, la curiosité pour l’Histoire et la passion du cinéma, voilà comment on pourrait résumer vite fait quelques addictions de Guillaume Richez. Ces éléments lui sont indispensables pour la rédaction de ces romans. D’ailleurs, son dernier livre, Blackstone, fait partie de la sélection Grand prix de la littérature policière. Mais que se cache t’il derrière un titre si mystérieux? 


Tu as mis 4 ans à écrire ton roman. Est-ce que tu avais déjà l’intégralité de ton histoire en tête avant de débuter l’écriture ?
J’avais un synopsis de trois pages qui résumait assez bien la trame principale, avec une esquisse des personnages principaux. C’était ma feuille de route. Quand j’ai commencé à écrire, j’avais déjà en tête l’épilogue, du moins dans sa première version, car j’ai changé la fin de Blackstone presque au dernier moment. Le dénouement que j’avais envisagé initialement était très différent, le sens aurait été tout autre.

J’aime beaucoup le dénouement tel que les lecteurs peuvent le découvrir et je ne suis pas certain qu’ils en auront tous la même interprétation. Je me demande d’ailleurs si quelqu’un a reconnu l’homme isolé dans le cimetière d’Arlington avec sa casquette des Nats…

 


Comment as-tu fait pour donner autant de détails dans autant de sujets différents ? Tu as lu beaucoup de documents techniques ?
Je me suis documenté. J’ai aussi bénéficié des conseils du Général de brigade aérienne Jean-Vincent Brisset, un ancien pilote de chasse, pour les deux chapitres dans lesquels volent des F-22 Raptor ainsi que pour le plan d’invasion de Taïwan évoqué par Ashton Carter, le Secrétaire de la Défense, au chapitre 17.

J’ai effectué des recherches sur de nombreux sujets ou personnages historiques : Obama, la CIA, la NSA, la politique étrangère américaine, les services de renseignements chinois, les tueurs en série, les Navy SEALs, les sous-marins nucléaires de classe Seawolf, le manuel de survie de l’armée américaine, et tant d’autres ! J’ai des boîtes pleines d’articles de presse et de nombreuses images sur mon ordinateur. Sans compter les carnets que j’ai remplis de notes…

Ces travaux préalables de recherche ne sont pas une contrainte, bien au contraire. Quand je me suis lancé dans l’écriture de ce roman, je savais que son achèvement me prendrait beaucoup de temps. Je suis quelqu’un de curieux, je choisis des sujets qui m’intéressent, c’est important pour moi. J’ai consacré 4 ans à l’écriture de ce techno-thriller. Heureusement que tout cela ne m’ennuie pas !

Je vais t’avouer quelque chose : le sens du détail est devenu une véritable obsession chez moi. Je suis obsédé par l’authenticité. Je vais par exemple situer très précisément sur une carte la maison de la mère de Pamela Sanders à Salem, observer avec attention de nombreuses photos du Bureau Ovale dans ses moindres détails (le Resolute desk, la citation de Roosevelt brodée sur le tapis, la vieille horloge, les tableaux, etc.) ou de la salle de crise de la Maison Blanche (qui est décrite avec exactitude d’après plusieurs articles et photographies), du parc Zizhuyuan à Pékin, du quartier du red-light où s’alignent les bars de prostituées et les night clubs à Hong Kong, du Musée national d’histoire américaine à Washington DC ou encore du Shades Motel à Bâton Rouge.

Si j’écris que l’on trouve des bouteilles d’eau minérale Deer Park dans la salle de crise de la Maison Blanche, que le Po-Boy au bœuf rôti que mange Sanders au Po-Boy Express coûte 5,95 $, que la sœur de Bennett travaille comme gérante dans une station-service Sinclair au centre commercial Southgate Mall, ou encore que le billet pour traverser la baie de Hong Kong en ferry est de 2,5 $, c’est que j’ai vérifié !

Mais tout cela est très anecdotique. Ce qui importe, c’est le processus de création. J’ai besoin de voir le personnage dans son costume avant qu’il n’apparaisse, de visualiser le décor dans lequel il va évoluer. Une fois que tout est en place, je n’ai plus qu’à laisser mon stylo courir sur la feuille blanche.

Il y a bien sûr de nombreux lieux dans ce roman que j’ai inventés, tels que l’appartement du « 207 », mais le bâtiment dans lequel je le situe existe réellement, de même que les restaurants, les salons de tatouage et les bars décrits dans la rue.


Est-ce ta passion pour le cinéma qui t’a amené à l’écriture ?
Je ne dirais pas cela ainsi. Ma première passion a été pour le cinéma, c’est vrai, quand j’étais gamin. Mais ce qui prédomine, c’est mon envie de raconter des histoires.


Puisque tu es un fana de cinéma, quels sont les films qui t’ont le plus influencé dans l’écriture de ton roman ?
J’ai déjà eu l’occasion de décrypter l’importance de Top Gun pour ce roman. Après la mort de son réalisateur, Tony Scott, la plupart des réactions médiatiques dédaigneuses m’ont énervé. J’ai donc décidé, en réaction, qu’il y aurait des avions de chasse dans Blackstone.

Il y a quelques clins d’œil plus ou moins appuyés à des films dans le roman, notamment Les Dents de la mer au chapitre 44 quand Malone échange des souvenirs de blessures avec les Navy SEALs qui ont exfiltré Bennett à bord de l’USS Jimmy Carter, sans parler de la fameuse réplique « Il faudrait un plus gros bateau » que reprend Malone.

Sinon, je dois évoquer également Green Zone de Paul Greengrass, un film que j’apprécie beaucoup pour son approche hyperréaliste. C’est un thriller qui fait réfléchir. C’est exactement ce que je visais avec Blackstone. J’espère y être parvenu.


Est-ce que tu as conçu ton roman comme un film à lire ?
Non, j’ai conçu Blackstone comme un roman, et même si j’ai besoin de voir la scène que je décris, pour moi ce n’est pas un film. Plusieurs lecteurs m’ont dit que ce thriller leur faisait penser à un blockbuster hollywoodien. Pourtant, je ne suis pas certain que ce roman puisse être adapté. Il coûterait beaucoup trop cher !

L’écriture d’un roman est très éloignée de celle d’un film. Le scénariste n’est qu’un « artisan » parmi tant d’autres (réalisateur, directeur de la photographie, acteur, monteur, etc.), il n’en est pas l’auteur, alors que lorsqu’on est face à sa pile de feuilles blanches, on est seul, on a le contrôle absolu, pas de contrainte de budget, pas d’acteurs à diriger. On est un dieu démiurge. Tout va naître de vous. Tout repose sur vos épaules.


Quels sont les films que tu conseillerais absolument de voir ?
Si j’avais carte blanche pour présenter 4 films dans une salle de cinéma, je choisirais The Killer de John Woo, Sueurs froides d’Alfred Hitchcock, Lost Highway de David Lynch et Angel Heart d’Alan Parker.

Pourquoi ces 4 films ? Ce sont les premiers titres qui me sont venus à l’esprit immédiatement en répondant à ta question. Ce sont des œuvres cinématographiques importantes pour moi du point de vue de la narration. Je m’explique : The Killer est un film entièrement écrit par la mise en scène (qui comprend le cadrage, le traitement des couleurs, le montage, etc.). Sueurs froides et Lost Highway sont deux chefs-d’œuvre fascinants, hypnotiques, d’une telle perfection plastique (et j’inclus le son) que l’on frôle l’abstraction. J’ai vu Angel Heart quand j’étais ado. C’est un film qui m’a marqué. L’histoire de cet homme qui enquête sur lui-même est captivante.


Quels sont les livres, les films et séries qui t’ont inspirés ?
Quand on écrit un roman d’espionnage on peut difficilement faire l’impasse sur ceux qui existent. C’est comme si on demandait à un réalisateur de tourner un film de Kung Fu sans en avoir jamais vu un seul de sa vie. Ce n’est pas une question d’inspiration, il faut s’imprégner des codes du genre, savoir éviter les erreurs, les poncifs, les pâles imitations (les éditeurs préfèreront toujours l’original à la copie).

Les amateurs de bons techno-thrillers sont exigeants. Et ils ont raison. Je ne supporte pas quand on prend le lecteur pour un imbécile. Je fais toujours le pari de l’intelligence. Si certains lecteurs décrochent, tant pis. Blackstone ne plaira pas à tout le monde. Je le savais en me lançant dans ce projet. Et ce sera la même chose avec le prochain. Je déteste les livres formatés.

Je vais citer quelques grands noms du genre, à commencer par l’immense écrivain britannique John le Carré (La Taupe, la Constance du jardinier), Robert Littell (La Compagnie), James Grady (Tonnerre), Henry Porter (Une vie d’espion), David Ignatius (Une vie de mensonges), sous oublier un maître du techno-thriller peu connu en France, Stephen Coonts (Destins de guerre).

Plusieurs œuvres de ces romanciers ont été adaptées au cinéma : The Constant Gardener de Fernando Meirelles, avec Rachel Weisz et Ralph Fiennes, Les Trois jours du Condor de Sydney Pollack, avec Robert Redford et Faye Dunaway, et Mensonges d’État de Ridley Scott, avec Leonardo DiCaprio et Russell Crowe.

En ce qui concerne les séries télévisées liées à l’univers de l’espionnage, il est évident que 24 heures chrono a eu une influence considérable pour tous les amateurs d’action (et j’en suis !).

J’aime aussi beaucoup les franchises Mission impossible, Jason Bourne et les James Bond avec Daniel Craig, même si pour ces trois franchises on s’éloigne considérablement de la réalité du monde du renseignement !

Mais il ne faut pas croire que je lis uniquement des polars, j’en lis même assez peu. Le chorégraphe américain William Forsythe a dit dans une interview que pour être un bon chorégraphe il fallait lire des œuvres philosophiques. Si je devais donner un seul conseil aux auteurs qui envisagent d’écrire un premier roman ce serait celui-ci : soyez curieux, lisez de la très bonne littérature, des chefs-d’œuvre, de grands classiques, mais aussi des livres d’histoire, des essais… Ça me désole quand je vois qu’un auteur débutant ne lit que des polars (et pas toujours des bons !…). Il ne faut pas s’étonner si son manuscrit est refusé. Les éditeurs n’ont pas envie de publier un énième « sous-Chattam ». Il faut pouvoir faire entendre sa voix propre et pour cela encore faut-il avoir été sensible aux plus belles voix de la littérature.


Est-ce que tes romans ne sont pas une ode à la femme ? Est-ce une façon d’affirmer ton côté féministe ?
Comme tout roman d’espionnage Blackstone est un roman politique. Ce qui ne veut pas dire que j’essaie de faire passer un message à travers ce livre, mon but n’étant pas de faire de la propagande. « Plaire et instruire », disait Molière. J’espère que Blackstone séduira les amateurs de thriller tout en faisant réfléchir.

Pour te répondre plus précisément, la question ne se pose pas tout à fait à moi en ces termes. Ce qui est certain c’est que j’ai une nette préférence pour mes personnages féminins, Rodríguez, Sanders et McGovern et qu’en écrivant ce techno-thriller j’ai découvert que contrairement à de nombreux pays (dont le nôtre), on trouvait des femmes pilotes de chasse au sein de l’US Air Force et des femmes à bord de sous-marins de l’US Navy. Il y a donc dans Blackstone une femme qui pilote un F-22 Raptor (le capitaine Gail Petrovsky) et le commandant en second de l’USS Jimmy Carter, le Capitaine de corvette Lee, est également une femme.

Par contre, j’ai quelque peu anticipé pour le personnage du quartier-maître première classe Hayden Murphy, le tireur d’élite de la Team 5 des Navy SEALs dans le roman. Il n’y a en effet pas encore de femmes dans les rangs des forces spéciales de la Navy aux États-Unis. Mais cela ne saurait tarder car, pas plus tard que cet été, une femme a suivi l’entraînement pour intégrer les SEALs pour la première fois de l’histoire de la Navy.


Comme tu es un passionné de lecture, peux-tu me conseiller trois bons livres ?
Je vais te conseiller trois excellents romans que j’ai lus très récemment : La Promesse de l’aube de Romain Gary, un « classique » que je n’avais pas encore eu la chance de lire, City on fire du brillant Garth Risk Hallberg, et le magnifique La Captive aux yeux clairs d’A. B. Guthrie, un western sublime (j’adore les westerns !).


Tu as déjà l’idée de ton prochain roman. Est-ce que tu as déjà commencé à l’écrire ? Tu peux nous en parler ?
Je ne suis pas encore entré dans la phase d’écriture de mon troisième roman. Ça ne saurait tarder mais il me manque encore quelques éléments. Il s’agira d’un thriller horrifique, un roman très différent des deux précédents. L’intrigue sera resserrée. Le récit sera porté par un seul personnage qui s’exprimera à la première personne et au présent.

J’avais envie de raconter une histoire centrée sur très peu de personnages, saisis dans leur vie quotidienne, avec une lumière d’hiver très froide, dans une petite ville du nord des États-Unis. Pas de course-poursuite en voiture, ni de combat aérien cette fois.

Pour le moment, je mûris encore le scénario (qui a énormément évolué depuis l’idée initiale), je commence à effectuer des recherches et je développe les personnages principaux. Mes recherches portent sur les guerres en Irak et le syndrome post-traumatique.

Ce thriller fantastique racontera l’histoire de l’impossible retour d’anciens Marines aux États-Unis, des soldats hantés par leur expérience en Irak.


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