Cendrillon de Joël Pommerat – Théâtre St Martin

Cendrillon pour certains c’est cette niaise blonde en robe bleue version Disney. Pour d’autres, c’est une jeune fille désespérée et suicidaire de Téléphone. Pour Joël Pommerat, c’est une histoire bien différente inspiré des contes de Perrault et de Grimm. Allons dans l’univers torturé et étrange d’une princesse qui va rencontrer son prince charmant. 


De Disney à Pommerat
Joël Pommerat à l’habitude des contes. En 2004, il avait donné une nouvelle version du Petit Chaperon rouge avant de passer en 2008 à Pinocchio. Alors c’est sans grand stress qu’il s’est attaqué en 2011 à Cendrillon. Il sait bien que la véritable histoire est bien loin de ce que Disney a voulu nous raconter. Perrault et Grimm n’étaient pas hommes à aimer les histoires d’amour. Alors pourquoi en faire quelque chose plein de cliché et de mielleux? Autant faire des personnages plus sombres et plus bizarres. Pour mettre plus de relief dans l’étrangeté, il va jouer avec l’ombre et la lumière.

Les contes n’étaient pas vraiment pour les enfants. Le côté cruel et horrible de la vie est raconté. C’est là-dessus que va miser le metteur en scène. Cendrillon est une jeune fillette traumatisée par la mort de sa mère. Avant de mourir, elle a murmuré. La fillette comprend  :«Pense à moi à chaque instant, ne m’oublie pas et je ne mourrai pas vraiment». Bien entendu l’enfant à mal-compris. Elle essaie de toujours penser à sa mère pour qu’elle ne soit pas vraiment morte. Son père refuse de rester seul et se remarie assez vite avec une jalouse marâtre. Cendrillon consent à être la domestique dans grande demeure. Elle s’occupe des tâches les plus ingrates pour se punir de ne pas penser assez à sa mère. Puis voilà que sa marraine vient à sa rescousse. Mais elle n’est pas très douée. Sa vie de fée l’ennui terriblement. Elle va arriver quand même à la convaincre d’aller au bal du roi où se précipitent aussi la belle-mère et ses deux laiderons de filles. Leur entrée va être très remarquée. La marâtre va même percuté le roi.

Par chance, Cendrillon va faire la rencontre d’un prince solitaire qui comme elle est bouleversé par l’absence de sa mère. Un lien d’amitié se créer entre eux. Le petit prince va parler à son père qu’il a rencontré une jeune fille cependant il a oublié de demander son nom. Il se souvient juste qu’il l’avait bousculé. Le roi envoie ses serviteurs pour inviter à nouveau tous le monde pour une nouvelle soirée. La marâtre pose des questions pour savoir pourquoi. La réponse lui fait monter l’espoir dans son coeur. La déception va être assez importante. Par chance, Cendrillon avait une chaussure du prince pour prouver que c’est elle l’élue de son coeur.


Une mise en scène à la hauteur du texte
Joël Pommerat s’est fait un nom dans le monde du théâtre. Il sait surprendre le public là où il n’a pas l’habitude. Si on ne le sait pas avant de venir, on le sait dès les premières minutes. Le spectacle débute avec un homme qui danse sur scène sur un fond sonore avec des images sur les trois autres faces de la scène.

Puis après on voit la projection sur le mur du fond de la mère de Cendrillon entrain de mourir qui murmure. Les trois murs de scène sont occupés et de se transforment au besoin de l’histoire. Lorsqu’ils sont dans la maison on voit une baie vitré qui donne sur l’extérieur. Des oiseaux viennent s’y écraser. La BNF avait le même souci dans l’espace jardin. Maintenant, avec des oiseaux collés sur les façades le problème est résolu. Il se transforment avec des miroirs, des écrans géants ou des murs avec des portes. C’est un système très ingénieux.

Le metteur en scène fait aussi le choix de comédiens hors norme. Ils ont des corps, des tronches, des timbres de voie ouvertement différents. Là où la plupart font un casting avec des gens représentant la norme. Pommerat affirme la différence pour donner plus de relief à ces personnages. De plus, 5 comédiens vont incarner 9 personnages. Catherine Mestoussis joue la belle-mère, horrible qui est un charisme étonnant et une voie grave qui résonne. Elle m’a fait penser à Marine le Pen dans le son de sa voie. En face, le choc de génération avec Déborah Rouach, petit avec une voie fragile qui s’habille avec aisance dans le personnage de Cendrillon.

Sans oublier les autres comédiens plus secondaires. Noémie Carcaud incarne une des pestes de soeur et aussi la bonne fée de la fillette. Caroline Donnelly, incarne l’autre soeur et aussi le jeune prince. Alfredo Canavate interprète à la fois le père de Cendrillon et le roi. D’ailleurs, il est le seul homme dans ce spectacle. Ainsi cela met en valeur le sujet de la féminité et la rivalité que cela engendre. 

Il s’affirme par la modernité des personnages. Les soeurs sont toujours connectées sur leur smartphone. Leur obsession n’est pas uniquement de trouver un prince. Elles sont odieuses, cruelles et moqueuses. Le père ne dit rien. Sandra subit et accepte. C’est inacceptable. On voudrait l’aider et mettre un coup de pied dans la fourmilière. Le salut viendra à la fin avec la rencontre d’un prince. Mais l’enthousiasme, l’amour fou n’est pas au rendez-vous. Deux âmes esseulés se rencontrent et c’est tout. Pas de scène sentimentale à part le fait qu’il danse tout deux à un bal. Pas de mariage et pas pleins d’enfants. Mais cette histoire cruelle n’est pas dénué d’humour. Bien au contraire, on rit bien souvent. Joël Pommerat change des éléments avec le prince qui donne sa chaussure à la Sandra, c’est la belle-mère qui fait du charme au prince, la fée est dépressive et pas très douée…

Une belle pièce où Joël Pommerat met en valeur les liens irréductibles entre le chagrin et la culpabilité. Le tout avec des comédiens talentueux et une mise en scène très originale. 

 

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