
Le réchauffement climatique n’est pas un mythe. Roberto Grossi s’attèle au sujet pour sensibiliser et réveiller les gens. Une immersion qui fait froid dans le dos pour nous inciter à réagir dès à présent.
4e de couverture
Mêlant histoire, science et politique, ce récit livre une vision complète des changements climatiques provoqués par l’homme, révélant la profonde crise démocratique qui se cache derrière ce désastre environnemental.
Mon avis
Dans « Dans l’indifférence générale », Roberto Grossi ne cherche pas à démontrer l’existence de la crise écologique. Pour lui, c’est un fait et donc il dresse un constat sans appel. Et il nous interroge sur notre étrange faculté à vivre avec elle soit en faisant comme si c’est normal ou soit en étant dans le déni. Les climatosceptiques ont de plus en plus d’audience auprès du grand public et les fakes news prospèrent plus qu’elles ne le devraient. Page après page, le bédéaste dissèque ce paradoxe contemporain car jamais l’humanité n’a disposé d’autant d’informations sur les conséquences de ses modes de vie et pourtant jamais le décalage entre la connaissance et l’action n’a semblé aussi grand. Il y a eu le rapport Brundtland, le club de Rome, les accords de Kyoto, les rapports du GIEC et tellement d’autres évènements. L’influence des lobbys est de plus en plus importantes à tous les niveaux. À travers un récit qui mêle réflexion intime, regard historique et analyse collective, il explore les ressorts de cette inertie qui transforme l’urgence en bruit de fond. Pour mieux nous emmener, son dessin accompagne cette réflexion avec beaucoup de clarté. Il assemble des images pour faire des liens de causalité, de confronter des imaginaires, de montrer vraiment le désastre que tout à chacun peut constater près de chez soi ou/et dans les médias. Il donne corps à des phénomènes souvent abstraits et révélant les liens invisibles entre confort quotidien, organisation économique et dégradation du vivant. Voulons-nous vraiment voir et est-ce que l’action individuelle à des impacts? Il ne propose pas un discours moralisateur, bien que l’on pourrait le croire sous certains aspects. Cette bande dessinée agit comme un miroir inconfortable. Elle ne désigne pas clairement des coupables, mais nous place face à nos contradictions. Une lecture stimulante qui interroge moins l’état de la planète que notre capacité à regarder la réalité sans détourner les yeux. Il donne de très nombreux chiffres, on trouve cela dommage qu’ils ne soient pas sourcés et que l’on ne trouve aucun dossier complémentaire à la fin. De plus, il n’y a aucune référence à des figures d’autorité pour étayer ses propos. Des chiffres on n’en manque pas du tout. « Les pare-brise de vos voitures sont propres. En Allemagne, la quantité d’insectes capturés dans des bouteilles remplies d’éthanos a diminué de 80% en trente ans. En Grande-Bretagne, le nombre d’insectes a chuté de presque 60% depuis 2024. Selon les auteurs du rapport, cette baisse est terrifiante. » p. 74. On en voudrait en savoir plus pour toujours aller plus loin. A aucun moment, on ne doute de la conviction et de la motivation du bédéaste pour secouer les idées.
Une lecture riche et dense qui donne envie d’agir car rien ne sert à rien.
« Le rapport 2021 du GIEC indique que depuis 1850, nous avons rejeté 2 430 milliards de tonnes de CO2, qui sont encore toutes dans l’atmosphère. En 2024, nous avons dépassé le niveau de 422 PPM de CO2. » p.21
« Les glaciers de la planète, par exemple. Ils fondent à un rythme exponentiel à cause du réchauffement climatique certains sont placés sous surveillance : des repères fixent enregistre leur altération. Quand la glace se retire, la roche, sombre, se retrouve exposée à la chaleur. C’est ainsi que diminue l’effet albédo, la capacité de réverbération de la radiation lumineuse et cela accélère encore le processus. » p. 48
« Les pare-brise de vos voitures sont propres. En Allemagne, la quantité d’insectes capturés dans des bouteilles remplies d’éthanos a diminué de 80% en trente ans. En Grande-Bretagne, le nombre d’insectes a chuté de presque 60% depuis 2024. Selon les auteurs du rapport, cette baisse est terrifiante. » p. 74
« Quand un animal ou une plante est encore présent dans l’écosystème, mais en nombre tel qu’il ne peut plus influer sur son équilibre, on parle d’extinction fonctionnelle. » p.76
« Entre 1970 et aujourd’hui, les populations de vertébrés ont chuté de 60%. Un million d’espèces animales et végétales risquent l’extinction. 96% de la biomasse des mammifères de la planète provient des hommes ou des animaux d’élevage : vaches, cochons, chèvres, brebis… Dans le monde, les poulets comptent à eux seuls pour deux tiers des oiseaux. » p. 77
« 97% des thons australs n’existent pas. Nous avons perdu la notion d’abondance. Mais nous ne nous en rendons pas compte. Chaque génération s’adapte à son niveau de dégradation. Cela s’appelle l’extinction de l’expérience. » p. 79
« Mais la forêt est abattue et incendié pour planter des cultures fourragères intensives, destinées aux animaux d’élevage. La réduction de la surface forestière rend le climat plus sec et accélère les processus. La forêt régresse pour devenir savane, et sera elle-même bientôt une source d’émission de carbone. Les réseaux alimentaires complexes ne peuvent subsister en raison des fonctions permanentes de biomasse que nous effectuons. » p. 83
« Le naturaliste Edward O. Wilson a donné un nom à la sixième extinction de masse. L’érémocène, l’ére de la solitude » p. 86
« Les 50% les plus pauvres de la population mondiale ont déjà un niveau d’émission par tête en deça de ce seuil et contribuent très peu au niveau global : à peine 7% du total. Les 10% les plus riches sont à eux seuls responsables de la moitié des émissions actuelles. Le 1% des plus riches émet dans son ensemble autant que les 66% les plus pauvres. Les émissions par tête de cette élite sont plus de trente fois supérieures au niveau fixé, et sont en croissance continue. Nous? Qui? » p. 95
« Parmi les premiers à « hurler », le Club de Rome, une organisation internationale de scientifiques et d’intellectuels fondée en 1968. En 1972, ils publièrent « Les limites de la croissance », rapport qui interroge les conséquences croisées de l’exploitation des ressources de la planète de la pollution et de la surpopulation, en imaginant plusieurs scénarios possibles. Les conséquences d’une croissance économique illimitée sur une planète limitée. Dans ce but, ils modélisèrent le monde sur un ordinateur à cartes perforées. » p. 152
« Il faut attendre 1997, la signature du protocole de Kyoto. Pour la première fois, les pays signataires s’engagent à baisser leurs émissions de gaz à effet de serre. Un accord partiel, et non respecté. D’après Greenpeace, Exxon-Mobil a dépensé au moins 23 millions de dollars entre 1998 et 2007 pour financer une campagne de contestation des thèses du protocole. L’entreprise connaît déjà les dégâts causés par les émissions. Etablira-t-on en 2023, mais elle travaille à les nier. Cela n’arrivera pas. Cela ne peut pas réellement arriver, en tout cas, pas à nous. » p. 154
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