
Maxime Schertenleib nous dévoile ce qui se cache derrière le monde merveilleux du football. Derrière les images clinquantes de mecs narcissiques ce cachent un monde cruel et toxique. A travers son témoignage, on plonge dans un milieu où le sport est facteur d’intolérance et de violence.
4e de couverture
Déjà sur la pelouse avant l’âge des premières dictées, Maxime se prend de passion pour le ballon rond. Au fil des années et des succès, il se rêve professionnel comme son père. Mais point en lui un malaise, une gêne sur laquelle il mettra des années à mettre le doigt. Si Maxime a arrêté le football, ce n’est certainement pas par désintérêt pour ce sport qu’il chérit, mais pour ses à-côtés pesants : comportements sexistes, culte de la masculinité guerrière et surmenage… Dans Arrêt de jeu, Maxime Schertenleib nous livre son histoire d’amour avec le ballon rond, du city stade au haut-niveau, avec tendresse, passion mais sans aucun ménagement.

Mon avis
Quand déjà, on a une opinion assez négative sur le football avec l’imaginaire assez individualiste, d’argent facile et de mensonges, trouver un album qui aborde ça et plus encore, on n’hésite pas à se plonger dedans. Ce n’est pas une analyse sociologique ou autre, c’est le témoignage de Maxime Schertenleib. L’homme a toujours aimé le ballon rond et va jusqu’à devenir semi-pro. Pourtant l’ambiance n’était pas celle attendue où il faut jouer pour le plaisir. Non, il faut jouer pour toujours gagner. Pour ça, le harcèlement moral est de mise. A cela se rajoute des paroles misogynes et homophobes pour mettre en avant des capacités virilistes et masculinistes. « Ayez de l’orgueil! Refusez la défaite à tout prix! Il n’y a qu’en vous faisant mal que vous serez des champions! Des comme vous, il y en a des milliers. Alors retournez sur ce terrain et montrez-moi que vous avez des couilles! » (p. 31). « Stop, on arrête tout! Vous voulez qu’on continue à se faire enculer tous les week-ends, c’est ça? Depuis quand on n’a que des femmelettes dans les sélections élite junior?! » (p. 45). « – Oh, coach, c’est quoi ces trucs skinny?! On a l’air de tantouzes là-dedans! – T’es gêné qu’on voie ta grosse teub? » (p.103). Les supporters de bases ne sont pas exempt non plus de propos haineux : Déjà qu’il y a la journée de la femme, maintenant les pédés… Manquerait plus qu’il y ait une journée pour les marseillais et on aurait le package complet! » (p. 25). Comment peut-on espérer un monde moins violent avec moins de violence sexiste si le sport le plus populaire véhicule cette idée légitime de discriminations? Quelles valeurs cela véhiculent auprès des plus jeunes et des mecs incels? Rien de bon. En cas de doute, il suffit de voir l’augmentation des supporters ultras avec leurs propos racistes, homophobes… sans oublier leurs actions à côtés des stades.
Le bédéaste partage son vécu dans un univers où il ne se sentait pas à sa place. Pour s’intégrer au groupe, il faut aussi s’approprier les codes, même les plus toxiques. On atteint les limites du collectif.
« Peu importe le niveau auquel on évolue, apparemment, on doit être un vrai mec pour jouer au foot. Pour incarner ce rôle, ça peut passer par la violence verbale, par une blague.
– Faut arrêter d’écarter les jambes, t’es pas une pute, hein!
Ca passe aussi par le dépassement de soi, parce qu’on veut prouver sa valeur. On veut toujours donner plus pour ne pas paraître faible. Même si cela signifie oublier notre bien-être mental ou physique. » (p. 88). Faire ça lui pesait beaucoup sur la conscience et le plaisir du jeu disparaissait. Alors c’était évident de quitter ce monde toxique et d’aller vers un monde qui l’intéressait la bande dessinée. A l’école, il rencontre des personnes très différentes. Une nana lui conseille des lectures et cela lui a permis de développer son esprit critique. « Le patriarcat, les masculinités hégémoniques, le sexisme ou l’homophobie ce sont des choses dont je croyais qu’elles ne me concernaient pas. En étant un mec hétéro, je ne pensais pas que moi aussi, je pouvais en subir certaines conséquences. Evidemment, ce que j’ai vécu n’est en rien comparable avec ce que les femmes vivent dans ce monde d’hommes. Mais tes libres et les discussions qu’on a pu avoir m’ont fait prendre conscience du système dans lequel j’étais coincé en faisant du football. Il y avait toutes ces violences partout, toujours, et contre tous. » (p. 100). On voit l’évolution de la posture du bédéaste qui essaie de comprendre pourquoi ce sport qu’il aimait tant devenait un milieu dangereux physiquement et psychologiquement. Le choix de la bichromie est totalement cohérente. L’audace se fait aussi bien par la forme et le fond. Dénoncer le football est une grosse prise de risque car on touche à la culture populaire. La post face de Chérif Ghemmour, cofondateur de SoFoot est très intéressante et percutante. Son amour du foot ne peut être remis en question et donc il a aussi une posture qui valide son esprit critique. Il évoque aussi la dévaluation du foot féminin, critiquer car moins rapide et moins technique. Cette violence omniprésente pèse aussi sur les joueurs qui ne peuvent pas dire ouvertement leur homosexualité. Sans oublier des drames comme des suicides liés à la dureté du milieu. Aucun doute que les adeptes du foot ne se plongeront pas dans cet ouvrage. Par contre, si vous détestez déjà ce sport, cela rajoute des arguments au rejet justifié.
Un album percutant qui montre la face du cachée du foot et sa dangerosité à tous les niveaux.
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