
La violence des hommes vient de quelque part. Mathieu Palain décide de mener l’enquête pour comprendre le pourquoi du comment. Une conclusion arrive rapidement, il faut se méfier des évidences.
4e de couverture
« Nos pères, nos frères, nos amis » est une enquête immersive, un livre essentiel pour comprendre un point aveugle de notre société
» La petite graine de la violence, elle pousse, elle pousse, et je pense que cette graine est en moi depuis longtemps, elle fait partie de mon bagage, de ce que m’ont transmis mes parents. La violence surgit comme un instinct animal, et vous murmure à l’oreille : « C’est la faute de l’autre.’ «
Pendant quatre ans, le journaliste Mathieu Palain s’est rendu dans des groupes de parole, dans une Maison des femmes, à des auditions judiciaires. Il a eu accès à des histoires et des témoignages d’une rare puissance.
Mon avis
En tant qu’homme, Mathieu Palain s’interroge sur la violence physique de ces congénères masculins. Dans un premier temps, il décide d’enregistrer un podcast. Il va dans un centre où les hommes sont envoyés par la justice suite à des violences conjugales. Naïvement, il croyait que ces gars allait reconnaître leurs méfaits pour ne plus recommencer. Et au final, ils se plaignent qu’on les a dénoncé pour rien. C’est leur partenaire qui les a chercher alors c’est normal de les avoir frapper. Ce qui surprend est que ces messieurs se sont faits de nouveaux amis partageant les mêmes opinions. Pour eux la violence, c’est ordinaire et sont innocents. Le dénis est normal. Quelques uns reconnaissent les coups et changer ne semble pas possible, ni même envisageable.
« Mais on a en tête le cliché de l’homme autoritaire et de la femme soumise, parfois on se rend compte que c’est plus complexe; des hommes plutôt inhibés, qui peine à s’exprimer , font face à des femmes qui peuvent être aussi très insistantes, et tout cela génère de la violence. C’est vraiment sur la relation qu’il faut travailler, en évitant d’être manichéen, de désigner un gentil et un méchant. Il y a un coupable au nom de la loi, oui, mais ce qui génère la violence, souvent, c’est « la pathologie du lien ». » (p. 78) La violence émerge dans un cadre particulier. Pour certains, s’il reste célibataire tout ira bien.
Une rencontre surprend. Il y a des psychologues pour aider les hommes violents ou qui vont devenir violents. On nous apprend qu’eux aussi sont des victimes. On ne naît pas gros macho mascu violent, on le devient. Bien souvent le cadre familiale n’est pas très sain. Et ils sont abreuvés d’images de macho violeurs. Les potes qui les entoure rivalisent en propos et actions misogynes, racistes, homophobes… Il faut prendre conscience de tout ça pour changer. Le veulent-ils vraiment? Le peuvent-ils sans changer d’entourage?
Apparemment oui. On nous fait le parallèle avec une technique pour réduire les attaques à main armée dans un quartier aux Etats-Unis. « Gary Slutkin avait donc créé le programme Cure Violence, fondé sur une action médicale : lancer des « interrupteurs de violence » – sortes de globules blancs – dans les quartiers les plus infectés. Des types qui avaient été blessés par balles, incarcérés, qui avaient perdu des proches. Des types embauchés parce qu’ils étaient sortis de la drogue et respectés par la rue. Des types qui tenaient un discours radical : « Quitte le gang ou tu te faire descendre, parle avec ton ennemi, reprends le chemin de l’école, on va t’aider à trouver un métier. »
Les résultats ont été immédiats. Quatre-vingt-dix jours sans un coup de feu dans le quartier de Garfield Park. Puis deux morts, et plus rien pendant encore deux mois. En quelques années, la criminalité a chuté de 50%. Depuis, Cure Violence s’est implanté à New-York, Baltimore, Philadelphie, en Jamaïque, au Brésil, au Honduras, au Mexique, au Panama… » (p. 146). Donc, si on peut appliquer la méthode sur les violences conjugales, est-ce que l’on pourrait avoir le même résultat assez positif?
« Changer les mentalités, l’ »environnement », implique de changer le modèle auquel on s’identifie quand on est enfant. Pour moi – un mec hétéro qui a grandi dans les années 1990-2000, inondé d’influences et notamment celle du cinéma américain -, devenir un homme, ça signifiait embrasser les caractéristiques du héros masculin de l’époque, à savoir Bruce Willis : un type musclé, fort, taquin, macho, séducteur, capable de tuer pour venger sa meuf, qui ne pleure jamais et ne connaît pas la peur. » (p. 146). Combien d’homme ont cru que c’était ça la définition d’un vrai homme. Un gars macho, homophobe, agressif et ayant juste en émotion la colère. Et dans ces films, les femmes disent non et les gars entendent oui. Elles sont des victimes qui pleures, crient et se plaignent. Elles sont des prostitués, des mamans, des célibataires en mal d’amour… Jamais, on ne les voit dans la discussion avec un homme, dans un debriefe construit. L’auteur en prend conscience et voit comment souvent il s’est mal comporté. Les femmes de son entourage ne cherchaient pas des testicules pour protection. Elles peuvent se débrouiller toute seule.
L’auteur a aussi été rencontré des femmes d’un groupe de parole à la maison des femmes. Le son de cloche est vraiment très différent ici. Elles ont été ou sont encore battus, violées, humiliés par leur compagnon. Il n’est pas facile de fuir ou de partir. Plus tôt dans l’ouvrage, on explique pourquoi les femmes battues reviennent auprès de leur compagnon violent. On est très triste pour elles. Là, il aborde l’incompétence de la police. Ce n’est pas pour rien qu’il existe des listes de commissariats où l’on prend en compte les plaintes des femmes agressées. « »Je peux vous le dire en tant qu’agresseur, le système en France pour protéger les femmes, c’est zéro. Je vous jure. Personne ne m’a dit : »Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que ça dégénère? » Non, c’était limite de sa faute, à ma femme. Je vous dis ça avec un peu de sa faute, à sa femme. Je vous dis ça avec un peu de recul parce qu’on a comparé nos dépositions. On a eu le même policier. A elle, il lui a dit : « Mais vous avez fait quoi pour l’énerver? Parce qu’on ne s’énerve pas comme ça, madame. Les gens ne deviennent pas violents sans raison. » (p. 157). Un témoignage qui est très effrayant. Cela l’est d’autant plus surtout quand on voit les barrières devant les commissariats et la sonnette où il faut dire en pleine rue pourquoi on vient les voir. Un cadre de défiance installé pour toutes les personnes souhaitant signalé une effraction ou une agression.
Un livre où l’on note beaucoup de chose très intéressantes. Nous aussi on a des aprioris sur la notion de justice, de remords… Et aussi beaucoup de colère face à ces hommes violents qui banalisent leur violence, qui ne veulent pas se faire aider pour être plus serein dans la vie et pour le système qui condamne assez peu ces criminels. Par contre, les victimes restent souvent celles que l’on montre du doigt. A partir de quand arrêtera t’on de dire que le viol est une question de jupe ou décolleté? Pourquoi trouver normal d’agresser? Pourquoi vouloir toujours mettre des femmes à l’intérieur pour éviter les agresseurs? Pourquoi ne pas vouloir attraper et condamner les agresseurs pour ne pas risquer de se faire agresser dehors?
Colère, tristesse et déception n’arrêtent pas de se cotoyer pendant la lecture. Une certitude émerge : ce n’est pas demain que l’on va pouvoir changer les choses. Les femmes battues, violées et tuées par leur partenaire à encore de beaux jours devant eux.
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