Le nom de Simone Veil est connu de tous. Mais nous n’avons pas eu la chance de pouvoir la côtoyer. Annick Cojean a eu ce privilège et partage ses souvenirs.

4e de couverture
Annick Cojean est grand reporter au Monde. Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. D’une rencontre à l’autre, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Une relation de femmes au-delà des fonctions.
Un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.
Xavier Bétaucourt commence sa carrière en tant que journaliste.

Mon avis
L’histoire commence le 30 juin 2017. Annick Cojean reçoit un appel de son chef. Elle croyait que c’était à cause de son retard. Mais non, il lui annonce que Simone Veil est morte et il faut un supplément en plus de sa nécro. « Une page, 10 000 signes pour demain matin, 7 heures, bon courage! » (p. 6). La voilà sous le choc et l’exercice lui semble compliqué. Pour poser les mots, il faut alors se plonger dans ces souvenirs. C’est ainsi que la journaliste du Monde partage ces rencontres avec cette femme d’exception. Le courant était bien passé entre elles et cela a permis de se retrouver souvent. Le passé mélange les moments professionnels et personnels qui parfois se confondent. Néanmoins, ils se distinguent grâce à un jeu de teinte marron et gris pour mieux visuellement nous repérer. Simone et Anick partagent l’amour de leurs mères si courageuses, gentilles et prévenantes ainsi que leur famille.

Simone Veil raconte sa vie dans les camps avec sa mère et sa soeur. Elle veut transmettre l’horreur du passé pour ne jamais oublier et éviter que cela se reproduise. « J’ai toujours voulu témoigner. Peu de gens acceptaient d’entendre. J’ai affronté ignorance, indifférence. » (p. 26). Bien que le récit se fasse par alternance, c’est très touchant. Le choc est là quand un politique très grossier ose lui dire en voyant son numéro sur son avant-bras : « C’est votre numéro de vestiaire sur votre bras? ».

Bien qu’elle a eu la chance de devenir ministre, elle a bien eu du mal à se faire sa place. Les hommes restaient sur des idées d’un autre temps. Le cerveau est dans les testicules par conséquent, ils sont les seuls à pouvoir prendre des décisions et réfléchir. Grâce à sa volonté et son tempérament, elle n’allait certainement pas se laisser se marcher sur les pieds. Elle a survécu aux camps de la mort et à la perte d’êtres chers donc ce n’est pas des gars avec des troubles de l’égo qui vont lui faire la leçon. Quand on lui confie le projet de loi pour l’IVG, elle se prépare à faire à ces bonhommes d’un autre temps. Ils dressent la morale et autre connerie du genre tout en allant aux prostitués ou couchant à droite à gauche sans se préoccuper s’ils engrossent ou pas leurs partenaires éphémères. Cela se cultive l’hypocrisie en politique.

Elle évoque aussi son passage dans la gestion des prisons. Son épouvante est de taille lorsqu’elle visite ces lieux de très grandes promiscuités, sales, violents… Comment ne pas y faire un rapprochement avec les baraquements dans les camps. Des conditions inhumaines pour traiter des citoyens même s’ils ont été reconnus coupables. Par conséquent, il faut changer les choses en profondeur.

Les dessins d’Étienne Oublie sont très réalistes et détaillés. Son trait est fin ce qui rend les choses plus vraisemblables et les personnes plus humaines. Les couleurs sont douces pour que le lecteur reste focalisé sur le récit. C’est ça le principal. La collaboration entre Annick Cojean et Xavier Bétaucourt est pleine de respect, d’écoute et de bienveillance. L’autobiographie ne prend pas le dessus sur la vie de Simone Veil. C’est cette dernière l’héroïne. Une approche originale pour raconter l’air de rien à travers le témoignage. Le tome se conclut avec l’article rédigé le 2/3 juillet 2017 dans le « Monde ». Comment vouloir en rester après ça? Impossible, on veut en savoir plus sur ces dames combattantes.

Une bande dessinée audacieuse et passionnante. Quel bel hommage à une femme incroyable.

L’avis de Light and Smell : « Simone Veil ou la force d’une femme est une BD passionnante et instructive que je ne peux que vous recommander pour en apprendre plus sur cette femme bien plus accessible que ce qu’une apparente austérité ne laisse présager. Et c’est probablement le tour de force d’Annick Cojean qui, en partageant ses souvenirs, a réussi à rendre Simone Veil aussi inspirante et humaine que touchante. »

L’avis de Mes échappées livresques : « Un bel hommage rendu et un joli portrait qui constitue une première approche idéale pour découvrir Simone Veil. Une lecture agréable qui ne manque pas d’intérêt et qui retrace avec efficacité le destin exceptionnel de cette icône courageuse et engagée qui a tant œuvré pour les femmes. »

14 réponses à « Simone Veil ou la force d’une femme – Annick Cojean, Xavier Bétaucourt et Etienne Oburie »

  1. Avatar de belette2911

    Lui, je veux le lire !!

    Passe de bonnes fêtes :*

    1. Avatar de noctenbule

      C’est une très bonne bd. Je vais essayer de lire les portraits de femme incroyable en 2024. Je vais essayer.

      1. Avatar de belette2911

        Oui, on devrait les mettre plus à l’honneur plutôt que de perler de mecs qui ne le méritent pas 🙂

      2. Avatar de noctenbule

        A partir des années 2000, les bd de portraits de femmes émergent. Il y a aussi Gisèle Halimi. qui a deux albums. J’en parlerais sur mon blogounet. On va essayer de mieux mettre en valeur ces dames de qualité 🙂

      3. Avatar de belette2911

        J’en ai lu un sur Gisèle, j’ai été soufflée de ce que j’y ai lu, notamment avec le procès de la pauvre fille violée et qui avait avortée, de sa mère et de ses collègues qui l’avaient aidées et de femmes homo violées… pire, un juge qui demande si l’avortement se pratique par le bas… non, non, par la gorge, pauvre abruti ! :/

      4. Avatar de noctenbule

        Quelle femme incroyable. J’ai vu une pièce de théâtre sur sa vie, c’était bluffant une telle volonté et le courage qu’elle avait.

      5. Avatar de belette2911

        un courage de fou ! Une femme dont on devrait plus parler, elle a fait plus qu’un footballeur !

      6. Avatar de noctenbule

        Le footballeur est le culte du narcissisme et de l’individualisme une Simone Veil est se bat pour une société, pour une mémoire, pour des valeurs. Deux poids deux mesures.
        La plupart rêve plus du footballeur car cela à l’air plus facile, plus rapide et juste pour soi. Le reste demande demande de la gestion de conflit, de l’affrontement, de la peur, de la bravoure.

      7. Avatar de belette2911

        Le footeux, c’est le guerrier qui se bat pour son équipe, son pays, remporte des trophées, c’est la virilité, l’Homme fort, le culte du sport (pour les autres, pas pour soi), bref, plus mieux que les autres qui se battent pour le féminisme, l’exclusion, le racisme…

      8. Avatar de noctenbule

        Je n’ai jamais l’impression que le footballeur se bat pour son équipe et son pays. J’ai toujours l’impression qu’il court après son chèque et des primes éventuelles pour but ou passage de ballon. Et les soirs de match avec les mecs bourrés dans les transports en commun ne donne pas une image plus valorisante.

      9. Avatar de belette2911

        Oui, je pense comme toi, mais pour le téléspectateur lambda, pour le public, pour l’image qu’on se fait de lui, il se bat pour son pays, son équipe… la preuve, quand un joueur quitte un club pour aller dans un autre, genre de PSG à Marseille ou du Standard à Anderlecht chez nous, les supporters des deux club hurlent à la trahison… :/

      10. Avatar de noctenbule

        qui n’irait pas là où tu gagnes ne plus de fric? Surtout que ce n’est pas négligeable les montants.

      11. Avatar de belette2911

        Je ne m’étonne plus que les footeux, en fin de carrière, partent jouer au Japon ou au Qatar, pour gagner plein de fric ! Si le Dynamo Donetsk payait bien, ils iraient tous !

      12. Avatar de noctenbule

        Il y en a aussi qui interviennent dans l’entreprise pour dire que l’individualisme c’est cool et ça gagne du fric. Les footballeurs me sortent des yeux.

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