Chroniques de la fruitière – Voyage au pays du Comté – Fred Bernard

Pour beaucoup, tous les fromages se valent. Pourtant en disant ça, c’est dénigré le travail que fournissent certain.e.s. Pour en être convaincu, rien de tel qu’un voyage au pays du Compté en compagnie de Fred Bernard.

4e de couverture
Savez-vous ce qui fait qu’un bon Comté est certifié AOP ? Ou de quelle vache provient le lait dont il est issu ? Fred Bernard non plus. Mais en grand curieux de nature – et amateur des bonnes choses –, il décide avec ces Chroniques de la fruitière de répondre à ces questions dans un voyage au pays du Comté. Ainsi, par le biais d’anecdotes historiques, de témoignages et d’observations personnelles, l’auteur, en reporter candide, relate les secrets de ce fromage emblématique du massif du Jura, de son histoire collective et solidaire à ses techniques d’affinage, en passant par ses critères d’appellation ou ses multiples occasions de consommation… De rencontre en rencontre, il nous rappelle que ce sont des hommes et des femmes qui travaillent chaque jour à l’élaboration de ce fromage authentique et unique.

En bref, après Chroniques de la vigne, un nouvel ouvrage rafraichissant qui nous permet de découvrir, avec tendresse et humour, un autre fleuron de notre patrimoine gastronomique.

Mon avis
Fred Bernard a connu un succès avec sa bande dessinée « Chronique de la vigne ». Son éditeur lui a proposé de reprendre le principe avec un met de choix : le comté. Comment refuser cette aventure? Surtout que vin et fromage forme un délicieux duo. A peine a t’il accepté le défi gourmet, que son imaginaire s’est mis en marche. Pouvait-on espérer un meilleur ambassadeur pour parler de ce fromage si singulier? Je ne pense pas. Car il est impossible de ne pas avoir envie de déguster des délicieux morceaux de Comté? Par contre, nous regarderons mieux le produit proposé.

Déjà en terme de vocabulaire, l’ouvrage se nomme « Chronique de la fruitière » qui se définit comme la coopérative formée pour l’exploitation du lait et la fabrication des fromages. C’est mieux de commencer avec les bons mots. Puis nous allons à la rencontre de ceux qui élèvent des vaches, de celles qui récoltent le lait, de ceux qui le transforme en fromage sans oublier ceux qui l’affinent. Une chaîne complète qui souligne l’implication, la passion, l’amour du terroir de l’ensemble de ces parties prenantes. L’AOC est très exigeante pour garder la qualité d’un produit exceptionnel. On a envie d’aller sur place, d’aller rencontrer en vraie tous ces individus et bien entendu déguster. Comment ne pas percevoir l’agriculture et l’élevage sous un autre regard? A force d’entendre qu’il faut de l’intensif et des pesticides, on pourrait omettre qu’il existe des alternatives. Le lavage de cerveaux des politiques et des lobbys à encore de très beaux jours devant eux. Les acteurs locaux entame également une réflexion en rapport avec l’environnement. « Par conviction, par nécessité, par obligation ou pour faire comme le voisin, en Bourgogne les vignerons bio n’étaient d’abord qu’une poignée. Ils sont chaque année de plus en plus nombreux et se voient de moins en moins comme des irréductibles Gaulois. Petit à petit, un pas en arrière, deux pas en avant, les mentalités changent et la révolution verte fait son nid. »

Une bande dessinée peut faire de la différence pour créer du lien, du concret, du vrai entre un produit et un consommateur, entre une matière première et une personne à part entière. Tout est expliqué de façon claire, limpide et pédagogique. Fred Bernard n’oublie jamais de faire des petits apartés avec « Le saviez-vous? ». Par exemple, « L’affinage en cave s’est étendu dans les années 1860-90 en France avec l’arrivée dévastatrice du terrible phylloxéra qui libère de la place dans les caves des vallées jurasiennes. » L’apprentissage pour le lecteur se fait tout en cour de l’album. J’ai appris par exemple que le goût se fait à travers trois sensations : l’odeur, la mâche et l’avalage; que la couleur de la bande qui entoure la meule définit sa qualité (verte note au dessus de 14, marron note entre 12 et 14 et pas de bande, note en-dessous de 12). Et tellement d’autres choses, ce qui m’indique qu’il faut que cette bd intègre ma bibliothèque personnelle. D’autant plus que graphiquement, c’est un vrai régal ce travail très ponctuelle, avec des crayons de couleurs qui fait penser aux livres d’illustrations jeunesse anglaise. Les touches d’humour se font autant dans les mots que dans les dessins. Les vaches sont adorables et sont douées de parole. Aucun doute que vous ne verrez plus jamais un crémier sous le même regard. Et attention, le Comté vous fera dorénavant souvent des appels du pied.

Un vrai régal de lecture qui nous fait rire, sourire, réfléchir, penser et surtout nous mettre en appétit. Prêt pour une aventure sur le terroir à la rencontre de passionnés avec des convictions et des valeurs?

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