Hel – Philippe Scherding

Quand l’heure est venue, il faut y aller. Le chemin n’a pas l’obligation d’être paisible et sans danger. Toutefois, cela permet de faire face à ces choix passés et d’en faire de nouveau qui peuvent tout changer.

Maintenant qu’il est en retraite, Victor veut profiter du temps et du silence pour écrire ces mémoires. Mais rien n’y fait. Entre les croassements de ces maudits corbeaux et les propositions diverses à des activités, il n’est jamais tranquille. Il change un peu d’attitude quand une charmante adolescente frappe à sa porte et l’invite à le suivre. « Je ne fais que mon travail ». Sans grande réticence il marche dans ces pas. Cet escalier qui semble infini l’intrigue et interpelle son accompagnante. Sa réponse sera des plus vive : « Je suis une psychopompe. Je vous amène dans l’autre monde. C’est tout sauf un jeu! ». Comment croire à la vraisemblance d’une telle information surtout d’une enfant? Il rebrousse chemin et là il fait face à l’improbable. Un autre phénomène modifie sa vision de l’évènement qu’il vit et reste tout de même dubitatif. C’est difficile d’accepter qu’il soit mort et qu’il se balade dans les limbes. Alors il décide de se rebeller et cette action met en péril la vie de Hel. En attendant la nouvelle lampe presque détruite, l’ancien professeur doit veiller sur elle. Ce qu’il ne fait pas et rejoint Hadès, qui veut revenir dans le monde des vivants. Vont-ils pouvoir déjouer le destin et écrire une nouvelle histoire?

La mort reste un sujet assez sensible et tabou à aborder dans les sociétés occidentales. Cela n’a pas l’air du tout de déranger Philippe Scherding. D’ailleurs, il nous fait rentrer directement dans le sujet à travers son personnage. M. Huysmans possède un sacré tempérament, très loin du papi tout mignon et gentil. Même face à l’évidence de son décès, il refuse de ce laisser faire et de ne rien dire. Progressivement, l’attention à l’autre et l’écoute va le changer. Et s’il n’avait pas fait les bons choix de vie? et s’il n’était pas trop tard pour en faire un bien? Malgré le thème, l’espoir est le maître mot. Le scénariste sort l’artillerie lourde avec des références culturelles à l’univers de la mort. Il y a déjà le vocabulaire avec la psychopompe, un guide des âmes ou les limbes, un lieu intermédiaire. On trouve aussi des grands noms comme Hadès, le dieu des enfers ou Lovecraft, le maître du fantastique. L’image du corbeau est très intelligemment utilisée. Une dualité de perception dans le temps avec d’un côté l’accompagnant vers l’au-delà et de l’autre le symbole du morbide. L’imagerie populaire du 19ème siècle l’a représenté en dévorant les yeux des soldats décédés au combat. Par contre côté graphique, il nous plonge dans un camaïeu de bleu, vert où seule Hel rayonne d’un blanc majestueux et rassurant. Le trait reste marqué ce qui accentue le côté dramatique du récit même si au final, tout se finit bien. Pour son première travail complet au dessin et à l’écriture, on sent un potentiel que l’on prendra plaisir à retrouver.

Une façon original d’aborder la fin de vie mais aussi le début d’autre chose.

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