La mode déshabillée – Zoé Thouron et Frédéric Godart

Comment est née la mode? Comment se définit les nouvelles tendances? Zoé Thouron et Frédéric Godart vont mener l’enquête pour nous en montrer les dessous.

4ème de couverture
Une autrice de BD, Zoé Thouron, et un sociologue, Frédéric Godart, se prennent la tête pour comprendre la mode dans tous ses paradoxes. Entre amour, frustrations et défis éthiques plus qu’indispensables à relever aujourd’hui, cette enquête vous fera voyager dans le temps et l’espace pour vous aider à mieux appréhender cette industrie créative complexe. Si vous voulez tout savoir sur la tendance claquettes-chaussettes, la différence entre mode et style, la manière dont Platon et Aristote pensaient la mode, la garde-robe de Marie-Antoinette, la mode éco-responsable ou encore la petite robe noire, ce livre est fait pour vous !

Mon avis
Les bande dessinée qui allait un chercheur et un.e dessinateur.rice arrivent à mêler le sérieux d’une démarche et l’humour pour la rendre accessible à tout à chacun. Et le duo autrice de BD, Zoé Thouron et le sociologue, Frédéric Godart ne déroge pas à cette règle et avec un sujet des plus sérieux et surprenant à la fois : la mode. Qui n’a jamais été victime de la mode? On ne parle pas du nombre d’adolescent qui veulent porter la même chose que les autres et de gens populaires. Les adultes sont aussi touchées par ce phénomène comme toutes ces personnes prêtes à payer 70€ pour avoir juste un tee-shirt avec le nom d’un joueur de foot. L’appartenance sociale doit-elle forcément en passer par là? Pour mieux rentrer dans le sujet, dans le dur, l’histoire débute avec deux personnes qui ont été des figures de la mode de leur époque avec la Reine Marie Antoinette et Rose Bertin. Des figures tutélaires de ce qu’il fallait porter et toujours à la pointe de l’innovation. Et puis quand on a un budget illimité, il est possible de travailler en plus avec les plus belles matières. Une façon pour une femme de pouvoir de s’imposer en société et l’air de rien de faire fonctionner l’économie. Toutes les autres femmes passaient leur temps à la copier. Ainsi va la mode et ainsi elle prend son essor. Dessinatrice et sociologue s’invitent tels des figurants dans le récit et peuvent alors voyager dans le temps et l’espace. Il faut dire que la mode a de très nombreux représentants. Toutefois, il ne faut pas confondre style et mode qui se rapproche beaucoup. « La monde impose son pouvoir au style, c’est en quelque sorte son antithèse. Mais alors le style, c’est quoi? Pour se rapprocher de la mode, voyons déjà ce qu’elle n’est pas! Pour comprendre, on va aller voir ce que faisait les dandys au début du 18ème car ils ont articulé la question du style opposé à la mode ». Ces hommes allaient contre la mode avec beaucoup de couleurs et d’extravagances. Ils étaient assez sobre avec une sorte d’écharpe blanche autour du coup, une veste assez ouverte devant et courte et assez longue derrière, qui arrivait au genoux. Une identité quand on est connu ou que l’on fait parti d’une communauté, le style compte.

Pourquoi la mode existe? « Et bien, on peut trouver plein d’explications, mais les sociologues te diront qu’au coeur de la monde, il y a une tension entre distinction et imitation. ». On veut être comme tout le monde tout en essayer d’affirmer son identité. La tension entre les deux termes va faire part de théorisation par le sociologue allemand Georg Simmel et l’économiste américain, Thorstein Veblen qui vont la formaliser. L’exemple est ces fameuses chaussettes blanches de sport portées avec des claquettes. Au départ, elles étaient portées par des simples ouvriers pour aller travailler et c’est devenu le must du style à l’allemande avant d’apparaître même sur des podiums. Certains disent que les romains le faisaient déjà de leur temps. Quand c’est validé par les pontes de la mode alors on se distingue des autres. Des histoires semblables se trouvent dans des vêtements comme le tee-shirt blanc. Grand classique de la marine américaine en 1910 avec un col échancré, manches courtes qui a été approprié pour mettre d’un côté des supports à messages publicitaires et de l’autre un vêtement cultes pour des artistes comme Marlon Brando ou James Dean. Même constat avec la fameuse petite robe noire de Coco Chanel. La robe noire était l’élément indispensable dans toutes les armoires des femmes puisque c’était un vêtement de deuil, très porté après la guerre. La couturière l’a transformé en vêtement élégant qui reste encore un must à posséder. Elle même popularisé la marinière, d’origine militaire également, qui a été réapproprié par beaucoup dont Jean-Paul Gauthier. D’ailleurs, même la loi française en a défini le nombre de rayures.

« En général, quand on parle des styles (en tant que références stylistiques) dans la mode, on distingue quatre dimensions : les couleurs, les motifs, la matière et les « looks ». Pour chacun, on retrouve le mouvement de légitimation qu’on a vu. Et on trouve deux phénomènes intéressants… L’hybridation et la transformation de sens. » Par exemple, les punks étaient des rebelles pas très appréciés du grand public avant d’être repris par des créateurs comme Vivienne Westwood et Malcolm McLaren. Les innovations technologiques ont également permis d’invention. Ainsi les femmes sont passées de la gaine au soutien gorge. Le rapport aux corps féminins changent aussi tout comme l’état d’esprit d’une société. Déjà, il a fallu que les hommes trouvent leur place dans la mode. Charles Frédérick Worth fut le premier à proposer avec sa femme, Marie Vernet, utilisée comme mannequin, pour convaincre l’impératrice de lui créer des vêtements. Avant uniquement les femmes habillaient les femmes. « Mais Worth réussit à s’imposer, et en plus à transformer la mode en industrie dominée par les hommes ». La création n’a pas tellement changer avec le temps. « Il faut visualiser trois points : amont, marché, aval. » Et c’est un travail très difficile car il faut connaître et créer les futurs tendance au moins 1 an à l’avance. En plus, il faut éviter les erreurs surtout pour les créateurs car leur travail coûte vraiment très cher. « En sociologie, on appelle ce besoin d’être à la fois semblable aux autres, mais différent quand même, la « distinction optimale. Beaucoup d’études montrent que ceux qui suivent cette voie ont plus de succès ».

Ce qui induit d’actualiser régulièrement ce que l’on porte. Il faut acheter encore et encore des vêtements. « La mode est souvent montrée du doigt comme étant la matrice historique de cette obsolescence programmée qui sévit dans tous les domaines… » Une mode plus éthique et durable commence doucement à se mettre en place. « Tu savais que la consommation de vêtement à doubler en 15 ans? Quadruplé en 20 ans? Ca fait plus de 100 milliard de vêtements vendus par an… » Un autre constat se rajoute « et 1/3 des vêtements produits qui ne jamais vendus, oui… 15% de la population totale va à la benne… On jette 12kg d’habits par an, parce que ne porte qu’1/3 de notre garde-robe! ». Une industrie très polluante qui change ces pratiques. Des créateurs travaillent sur de la récupération ou de la modification d’invendu. Des labels valorisant ces initiatives peuvent-ils vraiment changer les choses et faire évoluer les mentalités?

Dans la diffusion de l’image de la mode, il faut aussi tirer le signal d’alarme avec des femmes avec des morphologies assez maigres. Ainsi se crée une fausse idée de la normalité. Tout comme ces images de mode dans la presse, dans la rue, sur les réseaux sociaux qui sont retouchées. Cela contribue d’ailleurs à la grossophobie ambiante. Même si maintenant la mode se vent aussi via des youtubeuses et instagrammeuses, l’image de la femme reste très stéréotypés. Le métier de mannequin a beaucoup évolué car au début c’était assez dégradant, c’était un peu mieux que prostitué. Maintenant, les adolescentes et très jeunes femmes rêvent de devenir femme objet pour faire fantasmer les autres. Cela reste un métier difficile avec une concurrence très rude et sans pitié.

Une bande dessinée intelligente, drôle et qui incite à poser un autre regard sur la mode. J’aurai aimé en savoir plus et c’est bien dommage qu’une sélection d’ouvrages, films, documentaires ne nous soit pas proposé à la fin. On peut se plonger dans les ouvrages de sociologie de Frédéric Godart. On peut voir des créations via des expositions au MAD ou au musée Bourdel par exemple. Une question bien souvent ma taraude. Qui porterait ces vêtements bien souvent inconfortables, immettable voir immonde? J’ai vu une robe pour homme où il y a un trou juste au niveaux de son service trois pièces. Le mettre dans l’espace public est même illégal. Ou encore une robe avec de l’isolant de maison pliée en deux avec un trou pour la tête et les bras. On parle aussi des sacs Tati transformer en robes sur le même principes de cinq trous pour la tête, les bras et les jambes. Là, j’ai l’impression que c’est du vrai foutage de gueule quand des gens crient au génie. Je voudrai comprendre ces choses là. Et aussi pourquoi on ne valorise pas plus le travail de celui qui traduit le gribouillis du créateur en quelque chose de compréhensible et portable. Je vous invite à regarder les dessins de Margiela lorsqu’il collaborait chez Hermès avec le produit fini. Vous ferrez le très grand fossé entre les deux. Une choses est certaine, cette bd donne envie d’en savoir plus, d’en connaître plus et surtout de plus jamais être une victime de la mode.

Une excellente bd qui fait réfléchir à des réflexes d’achat et de choix de vêtements. Quelle image voulons-nous donner de nous? Le vêtement va tout dire.

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