Les cinq vies de Lee Miller – Eleonora Antonioni

Etre une femme libérée et une femme artiste n’est pas de tout repos. Mais en suivant son cœur et ses envies, cela peut mener vers des chemins surprenants. Lee Miller a toujours fait ça ainsi.

Nous avons d’un côté, Théodore Miller, directeur des établissements de Laval à Poughkeepsie et de l’autre Florence de Mac Donald, infirmière qui se marièrent en 1904. Tous deux aimaient l’art avec un intérêt plus particulier pour la photographie, dont celle de nu. Très vite, des naissances vont se succéder avec John en 1905, Elizabeth en 1907 et Erik en 1910. Tous les trois mènent une vie pleines d’aventures à la campagne. Pour la demoiselle, c’est un peu différent. Elle doit suivre les enseignements dignes d’une jeune fille de bonne famille et calmer le côté sauvageonne. Le père lui inculquait une passion pour les sciences. Pour canaliser sa désinvolture, on l’envoie en France où elle s’adapte très vite, peut-être trop. L’excès lui voudra un retour à New-York où elle deviendra artiste. Le destin la mettra sur la route de Condé Nast qui l’affichera en couverture du Vogue de mars 1927. Cette expérience lui permet de travailler avec Man Ray qui partage ces connaissances avant de se mettre à son compte. L’amour lui ouvre les portes du mariage pour de nouvelles aventures en Egypte. Puis retour à Paris en 1937 où elle rencontre Max Ernst, Roland Penrose, Pablo Picasso… Ces artistes lui insufflent une nouvelle énergie qui l’emmène en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, à Monaco… Roland Penrose et elle entretiennent une relation plus profonde, plus intime. La peur s’installe avec la guerre où elle devient photojournaliste et les images trouvent place dans Vogue. Le sentiment d’horreur la touchera d’autant plus lorsqu’elle va à Dachau. Et cette sensation ne la quitte pas même dans l’appartement d’Hitler ou d’Eva Braun. Le retour à la vie ordinaire n’est pas si aisé. Elle se marie avec son amant et devient une cuisinière hors pair. Une façon élégante de tourner la page.

Bien souvent, le nom de Lee Miller (1907 – 1977) est rattaché à cette photo, prise David E. Scherman, où elle se lave dans la baignoire d’Hitler. Mais cette femme est bien plus qu’une simple modèle sur une photo mémorable. On peut y voir ces boots pleines de terre qui ont foulé Dachau et Buchenwald. Elle a été à la fois une fille à son papa, un modèle de mode, muse de Man Ray, une photographe, une photojournaliste de guerre, une voyageuse, une maman et une cuisinière audacieuse. Elle a connu la douceur de l’enfance, la tendance un père un peu pervers qui l’a prenait en photo nue, une agression sexuelle jusqu’à devenir une femme libérée, artiste. Une personnalité inspirante qui a donné envie à Eleonora Antonioni de raconter sa vie. Surtout que l’on oublie souvent que les femmes étaient présentes partout alors qu’on les omet volontairement dans les traces historiques. Consacrer une bande dessinée à une telle égérie est bien plus que lui rendre hommage. C’est permettre au monde de remettre une personne à sa place et d’éveiller les consciences. Elle nous emporte avec son trait dynamique, grave qui joue avec des hachures et des nuances de jaune. La mise en page s’adapte à chaque période de vie avec le style Art déco et du texte en barbelé pendant la période de conflits. La forme et l’épaisseur des cases varient au fur et à mesure ce qui induit de l’énergie. Le plaisir de lire se poursuit du début jusqu’à la fin. Cela donne une furieuse envie d’en savoir plus et de voir son travail.

Une immersion réussi aux côtés d’une femme qui en avait dans la culotte.

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