Sous nos yeux – Petit manifeste pour une révolution du regard – Iris Brey et Mirion Malle

Lutter contre le sexisme est l’affaire de tous. Et pour cela il faut surtout passer par le cinéma et les séries car se sont des vecteurs de normalité. On part de loin donc les champs d’amélioration ne manque pas.

Iris Brey est journaliste et auteure et s’intéresse à un thème très particulier : les représentations de genre et de sexualités. Son angle de prédilection d’étude s’oriente vers le cinéma et les séries. Une véritable chance pour elle car le secteur ne manque absolument pas de sexisme et de misogynie dans sa foisonnante production. Il n’est pas nécessaire de creuser loin pour trouver les éléments qui malheureusement construise un imaginaire commun. On commence par exemple par la manière dont sont filmés les femmes avec 3 plans récurrents. Déjà le panorama vertical, la caméra fait un plan en commençant pour remonter progressivement jusqu’à son visage. Ainsi monsieur prend le temps de mâter la femme souvent très séduisante et peu vêtu. Une James Bond girls qui sort de la plage avec un petit maillot deux pièces, cela vous rappelle quelque chose? Puis le ralenti avec la jolie nana qui arrive dans la pièce avec les cheveux au vent. On pourrait presque entendre le tissus de certains pantalons se tendre sous l’effet d’érection bien souvent prépubère. Et enfin, le gros plan, très courant, sur les lèvres, les fesses, le décolleté… juste pour montrer les parties intéressantes. « Dans la majeure partie des films et des séries, ces plans sont exclusivement utilisés pour des femmes qui renvoient à un certain type de beauté : (très) jeunes et (très) minces. Tu remarqueras que la caméra ne fait jamais sur les femmes de plus de cinquante ans ou sur les filles considérées en surpoids ».

Ainsi on forme aussi bien les hommes que les femmes sur ce qu’est la beauté et que doit être la norme. « Le centre Geena Davis analyse la manière dont les femmes sont représentées au cinéma. Selon une étude de ce centre : il y a dans les films pour enfants un personnage féminin pour trois personnages masculins, les trois quarts des personnages qui ont la parole dans ces films sont des garçons, 83% des histoires sont racontées du point de vue d’un personnage masculin. Alors rien d’étonnant à ce que dès le plus jeune âge, on s’habitue à voir au cinéma les garçons d’exprimer et les filles rester silencieuse ». C’est un fait indiscutable que l’on voit la non-représentation d’équité sociale. On pourrait croire que l’on veut nous faire penser que les hommes ont plus de choses à dire, des choses plus importantes à faire et qu’ils sont tout simplement important, eux. Les plus jeunes intègrent que cette discrimination est normale et construisent la relation aux autres. Le « male gaze », le regard masculin qu’il pose sur les femmes pour son plaisir. « Dans les films, les héros sont actifs : c’est eux qui font avancer le récit, et c’est eux qui regardent. Les femmes sont passives : elles se laissent être regardées. Comme les spectateurs s’identifient au regard de la caméra, qui est souvent le relais du regard du héros, la star féminine s’offre en spectacle à la fois pour les autres personnages du film et pour l’ensemble des spectateurs. » En plus, le regard de monsieur est souvent considéré comme un voyeur qui souvent observe à travers un appareil photo, des jumelles, un trou de serrure…

La femme repose presque toujours sur des archétypes : la badass, très belle, forte, intrépide à l’aspect un peu virile (sinon elle ne pourrait pas être autonome); la Manic Pixie Dream Girl, la femme-enfant un peu fantaisiste comme Joey Deschanel dans New Girl; la girl next door (la fille d’â côté) assez banale, sans intérêt, gentille puis un jour elle devient sexy et un mec s’intéresse à elle et enfin la femme fatale, très sexualisée, rousse ou brune et on voit souvent un peu de sa poitrine… Rassurez-vous on ne peut pas réduire ainsi les personnalités des hommes qui sont elles plus larges et plus nuancées. Vous doutez de la véracité de ça? Que diriez-vous de faire passer un petit test aux films grâce à trois questions? Le test de Bechdel repose sur trois interrogations : Y-a-t-il au moins deux personnages féminins et connaît-on leurs noms?, ces deux femmes se parlent-elles? leur conversation porte-t-elle sur un sujet autre qu’un personnage masculin? Evidemment, le test de Bechdel ne sert pas à mesurer la qualité d’un film, ni son degré de féminisme. Par contre, il est très utile pour comprendre à quel point les personnages féminins sont peu développés dans nos fictions ».

Pourtant les femmes ont été des pionnières dans le cinéma comme Alice Guy, première réalisatrice au monde de fiction, Lois Weber, Frances Marion, Mabel Normand, Dorothy Arzner… Elles ont été pendant très longtemps devant que derrière les caméras et cela revient. Les femmes cinéastes ont une autre approche des femmes qui ne sert pas de faire valoir à un homme ou qui ne pensent pas qu’aux hommes. On trouve quelques héroïnes (très sexualisé comme Wonder Woman) mais cela reste mal vu pour un homme de leur admirer. Comme dans la littérature jeunesse, les garçons évitent d’admirer les héroïnes car sinon on les considère comme faible. Femme = sexe inférieur et admirer le sexe faible veut montrer son infériorité. Ce problème se retrouve même dans les entreprises quand des hommes soutiennent des femmes victimes de discrimination. Dans l’esprit commun, c’est tout à fait normal ce rapport de force. Ce qui explique aussi pourquoi la culture du viol semble aussi ordinaire. On fait croire que quand une femme dit non, cela veut dire oui. Et puis si elle est jolie ou porte des vêtements courts, tout cela perturbe ce pauvre monsieur qui ne peut pas contrôler ces érections. Il n’a pas d’autres choix que de violer. Il a des besoins lui et les femmes le tentent. On veut nous faire croire que c’est lui la victime? Il existe des traitements chimiques que l’on donne aux pervers, vicieux et pédophiles. Si c’était un vrai problème, il y a des solutions et cela peut même aller jusqu’à des opérations physiques.

On ne parle pas ou ne montre pas les règles qui pourtant occupent une grande partie de la vie d’une femme. On voit peu de femmes qui n’ont pas d’enfants par choix, de vrais amitiés ou des couples qui ne sont pas hétérosexuels. On va éviter de parler de la diversité car cela prendrait trop de temps. Par contre, on peut évoquer les ravages du porno. C’est 12 ans l’âge moyen du premier visionnage du porno. Qu’est-ce qu’un enfant de cet âge peut comprendre à ce qu’il voit? Et dans les images, on constate encore des hommes qui dominent, qui violentent, qui agressent… Ils croient même que leur sperme à des pouvoirs magiques à vouloir les forcer à avaler ou étaler sur le corps. Par contre, ce n’est pas assez exceptionnel pour qu’il mange le leur. Etrange! Petit pas après petit pas, les choses changent et pour cela il faut sensibiliser, discuter, échanger tout le monde même ces messieurs vicieux et narcissique. Mirion Malle insuffle grâce à son dessin de la rébellion, de l’investissement, du peps, de la colère et de la hargne… Une artiste de conviction qui met son talent au service du féminisme et de la lutte contre le sexisme.

Un ouvrage percutant qui vous fera regarder les films et les séries autrement. Prêt à relever ce défi?

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