Une immense sensation de calme – Laurine Roux

La mort d’un proche est un pas vers une autre vie. Une jeune femme doit maintenant affronter le monde autrement. L’amour pourra t’il lui insuffler une nouvelle dose d’espoir ?

Elle vivait heureuse auprès de sa grand-mère, Baba. Mais un jour, ce qui devait arriver arriva : elle mourut laissant l’enfant seule. Les quelques économies ont été utilisées pour l’enterrement traditionnel où le mort est enseveli en terre dans son lit avec les plus beaux draps. Un rite qui perd de sa pratique car le lit avec tout ce qui va dessus est un des biens les plus précieux dans une maison. Peu de gens ont les moyens de pouvoir refaire un lit et/ou de faire un trou nécessaire pour le cadavre avec ce dernier dedans. La demoiselle a respecté les dernières volontés de sa Baba adorée. Maintenant, elle part avec ces affaires dans un sac pour une autre vie. Ces pieds l’amèneront bien quelque part mais le froid a eu raison d’elle avant. Par chance, quelqu’un l’a trouvé avant son dernier soupir. C’est ainsi qu’elle intègre une nouvelle famille et apprend de nouvelles choses. Très vite, elle se fait accepter et justifie sa présence dans le quotidien précaire. Un jour, un homme passe dans la maison pour prendre le poisson qui va être vendu aux maisons reculés, aux vielles femmes solitaires. Igor possède un magnétisme qui la laisse toute chose. D’ailleurs, quand il lui prend la main pour lui faire l’amour, à aucun moment elle refuse. Maintenant, elle est à lui. Dans un silence presque religieux, elle le suit dans chacun de ces pas. Le mutisme devient leur moyen de communication. D’où vient-il ? Depuis quand fait-il se métier ? Et puis tout, est-ce important de savoir cela ? Elle l’aime et apprécie vivre à ces côtés. L’équilibre de vie qu’elle finit par trouver va de nouveau connaître un bouleversement. Personne n’a le temps de s’apitoyer ou de pleurer, de toute façon les cœurs sont secs. Le cycle de la vie continue, impassible à tout ce qui se passe. On vit, on meurt et on naît.

« Jusqu’à ce qu’elle apparaisse. La mer. Noire et offerte à la nuit, livrée à la lune et au vent, vaste étendue frangée de montagnes, théâtre de la rencontre des colosses, du choc des titans, la mer venant incessamment frapper la pierre, les murs de roche s’opposant à ses attaques tels des gardiens de terre élevés au-dessus de l’eau. Et puis il y a ce ruban de sable, petits grains insignifiants qui crépitent au passage des vagues, millions de minuscules témoins du travail immémorial de l’eau sur la pierre, de ses coups de langue insistants qui érodent petit à petit la forteresse, la réduisant en poudre à force de constance et d’opiniâtreté, la plage couchée en signe de soumission. »

Pour son premier roman, Laurine Roux mêle les mythes et légendes au quotidien d’une culture reculée mystérieuse. On y trouve une nature foisonnante à la limite du surnaturel avec animaux sauvages. Les esprits, l’environnement, la peur et la bêtise humaine se côtoient dans une harmonie fragile qu’un rien effondre. Il en faut peu pour qu’une femme connaissant les plantes deviennent une sorcière, pour que des orphelins deviennent des pestiférés. Un choix de construire un avenir meilleur en oubliant le passé avec ces bombes, ces morts et les souffrances. Mais est-ce pour faire mieux par la suite ? Les craintes, les jugements hâtifs, la colère et la haine restent tapis en chacun. Des gens du voyage s’installent et un rien enflamme la méchanceté qui habite en chacun de nous. La vérité des êtres se révèlent et les suiveurs sont nombreux. La raison ne vaut rien face à une foule de mouton voulant expurger leurs souffrances dû à leur situation. Tout prétexte est bon pour se lâcher même si cela veut dire des morts innocents. L’Histoire est remplie de ces choses et partout dans le monde. L’Homme ne naît-il pas mauvais en soit ? Ce n’est pas Schopenhauer qui aurait pu dire le contraire. Bref, l’auteure nous écrit un conte assez inhabituel où l’on se laisse porter par ces paysages assez froids, faussement inhospitaliers où tous les espoirs meurent aussitôt qu’ils naissent. La magie plane sur ce récit où l’on veut nous faire douter de la réalité. Une fiction dans une fiction et on s’interroge quand même. On se laisse prendre tel un poisson devant un appât qu’il gobe goulument. Les mots simples et efficaces nous bercent dans ce monde étrange et fantastique où rien ne peut éclore. C’est à l’homme de s’adapter à la nature et de faire avec.

Vous suivrez avec curiosité et appétence la douce voix de la narratrice qui vous guidera au-delà de l’ordinaire. Saurez-vous vous ouvrir au sublime pouvoir de la nature simple, rugueuse et âpre ?

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